Singeries et conséquences

Une première observation sur la catastrophique situation de la politique américaine d’aujourd’hui pourrait amener chacun et chacune à penser que, enfin, la caricature étant poussée à son plus grand sommet d’humour et d’épouvante en la présidentielle personne qui siège au sommet de l’État, le voile tombe, la comédie est divulguée, les marionnettistes enfin révélés. Mais ce serait quelque peu naïf.

Singeries et conséquences

Une première observation sur la catastrophique situation de la politique américaine d’aujourd’hui pourrait amener chacun et chacune à penser que, enfin, la caricature étant poussée à son plus grand sommet d’humour et d’épouvante en la présidentielle personne qui siège au sommet de l’État, le voile tombe, la comédie est divulguée, les marionnettistes enfin révélés. Mais ce serait quelque peu naïf : que la star de télé-réalité censée présidée le fasse exprès ou non, que ce soit un plan ou une suite de réactions sans aucune préméditation, le fait est que nous vivons dans un état de constante diversion.

Bien sûr, les médias tombent dans le panneau. Pourquoi devrions-nous même espérer quelque chose de différent ? Souvenons-nous de l’invasion de l’Irak, par ses conséquences meurtrières le crime le plus important du XXIème siècle, et la manière dont les journaux et journalistes mainstream ont suivi les justifications pourtant si ridicules de l’administration comme le chien court derrière le nonos. D'ailleurs, pendant la campagne présidentielle, ces mêmes médias donnaient à notre agresseur sexuel en chef un temps d'antenne démesuré – ils ont en effet, selon une étude de Tyndall, passé plus de temps à filmer le podium vide de Trump dans l'attente d'un discours que retransmis les mots de Bernie Sanders lors des primaires républicaines et démocrates. Tout cela peut se résumer dans la phrase du patron de CBS en février 2016: Trump n'est peut-être pas bon pour les États-Unis, mais c'est foutrement bon pour CBS". Trump ne fait peut-être pas le bonheur, mais il fait de l'argent à certains (en l'occurence, à ceux qui en ont déjà beaucoup comme le parti républicain s'en réjouit). Aujourd’hui, les histoires courent derrière les derniers commentaires du clown en chef, la plupart du temps pour s’offusquer du dernier mensonge en date (au 14 novembre dernier nous en étions à 1628 en 298 jours), sans pourtant prendre quelques moments pour noter à leur auditoire que la plupart de ses dires sont littéralement des mensonges, et sans les nommer directement comme tels la plupart du temps.

Non, malgré l’indéniable progrès des idées socialistes parmi les jeunes et les gens en général, et bien que le politicien le plus populaire ici brandisse le drapeau du socialisme avec fierté (Sanders), je constate malheureusement que les dégâts sont bien réels. Pendant que l’on passe plusieurs fois par jour d’une affaire à l’autre, les élites du parti républicain – plus vraiment un parti mais plutôt une organisation extrémiste radicale qui s’est emparée du pouvoir – sont au travail. Derrière les singeries, les responsables opportunistes sapent droit du travail, environnement, éducation, santé, et en profitent pour faire un peu plus de cadeaux à l’élite de l’élite financière. Peu importe que le singe soit incontrôlable – ce n’est qu’une pièce dans l’échiquier et la mafia républicaine contrôle les organes du pouvoir.

Autre conséquence désolante que la mémoire courte facilite : la réintégration de personnes pourtant complètement illégitimes pour parler de justice, de racisme, de droits, d’égalités – en fait, des personnes objectivement responsables de millions de victimes de la guerre. les exemples les plus évidents sont ceux qui étaient au sommet de la hiérarchie. On voit désormais Bush numéro 2 devenir la coqueluche des libéraux. On croit rêver. Alors que l’on devrait se poser la question de savoir comment tous ces criminels de guerre devraient faire face à la justice – non mais Barack va s’en occuper, en bon ancien avocat constitutionnel qu’il fut, dès qu’il sera au pouvoir, il… Oh que le temps passe vite ! – et bien non, on fait du Bush un bon grand-père gentillet qui fait des peintures sympas de ses pieds dans le bain. Obama, d’ailleurs, lui-même coupable de nombres de crimes contre des milliers de civils, sans parler des lanceurs d’alerte dont il a bousillé les vies, est lui devenu un véritable héros. On le regrette, on le veut, on le voit comme un tribun des expulsés et des laissés pour compte. C’est encore pire que quand on était simplement séduit par ses discours sans regarder les faits, qu’on lui donnait lors de sa présidence des laissez-passer avec des explications pseudo-psychologiques à la « il voudrait bien mais il ne peut pas, c’est juste que… ». Sans les discours, sans les faits, il ne reste plus que la légende. Et lorsqu’en matière de droit et de justice le pire suit le mauvais, on pense au mauvais avec des sourires angéliques, oubliant tout le reste.

Bref, bienvenue dans le monde des légendes d’automne alors que l’hiver est, c’est clair, arrivé. Ça fait froid dans le dos.

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