Au lendemain des orages en Corse, le 19Août, Macron déclare : "Nous devrons repenser nos systèmes d'alerte, de sécurité".
C'est le moindre que l'on puisse dire quand, quand on sait que l'alerte météo n'a été donnée qu'au moment où la tempête touchait l'île.
Il est bon de rappeler, que les défaillances majeures du système d'alerte ne datent pas d'aujourd'hui.
Dans un dossier du 28 novembre 2017, paru sur son site et intitulé "Conséquences des baisses de moyens : baisse de la place de Météo-France dans la diffusion des alertes météorologiques", le syndicat Solidaires-Météo, rappelle comment, sur le net, Meteo-France, est concurrencé par d'autres sites « météo ». Et il cite des exemples d'incohérences entre ces sites et Météo-France lors justement d'alertes météo.
Lors de la discussion de la commission sénatoriale le 22 septembre 2021 portant sur Météo-France, le sénateur de la Guadeloupe, Victorin Lurel rappelle : « En l'absence de pluviomètre, il n'a pas été possible de prévoir certains cyclones au sud de la Guadeloupe. ».
Quelle a été la réponse constante du gouvernement face à ces deux situations : la baisse des moyens alloués à Météo-France !
Rappelons que le ministère de tutelle de Météo-France est celui des transports. De 2017, à 2020, c'est Elisabeth Borne qui en a eu la charge !
Rappelons qu'il y a près d'un an, le 22 septembre 2021, Vincent Capo-Canellas (sénateur UDI de Seine Saint-Denis) a remis un rapport portant sur Météo-France que, fidèle à sa méthode de travail, le gouvernement a superbement ignoré.
Comme il a superbement ignoré le Rapport de Santé Publique France qui en mai 2019 préconisait l'achat de 1,5MM de masques pour refaire les stocks. Avec les conséquences que l'on connaît lors de la pandémie COVID en 2020.
La qualité des prévisions a baissé
Il ne suffit pas de parler des alertes, encore est il nécessaire de parler de la qualité des prévisions quotidienne.
S'il y a quelques années, Météo-France était parvenue à une quasi fiabilité des prévisions à 15 jours et une excellente prévision à trois semaines, force est de constater aujourd'hui, que la prévision au quotidien, même en dehors de tout phénomène exceptionnel, à moins de 24 heures est mauvaise, quel que soit le satisfecit, cité dans le rapport sénatorial, que se donne Météo-France.
N'importe qui peut faire la vérification sur sa commune, en période de temps changeant, c'est à dire hors période « beau fixe » ou « intempérie fixe ». Trop souvent, le constat est : temps sec annoncé, pluie constatée, ou vice-versa. Avec les conséquences que cela induit pour les professionnels concernés dans la gestion de leur plan de charge.
Le rapport du sénateur Vincent Capo-Canellas
Sur le site web du Sénat est accessible le rapport de Vincent Capo-Canellas portant sur Météo-France, ainsi que sa présentation devant la commission sénatoriale et la discussion qui s'en est suivie.
Certains aspects méritent d'être extraits de la présentation par Vincent Capo-Canellas devant la commission sénatoriale, le 22 septembre 2021. Ils soulignent parfaitement la problématique.
« Plusieurs raisons m'ont conduit à entreprendre un contrôle budgétaire de Météo-France.
Premièrement, les phénomènes météorologiques extrêmes se rappellent de plus en plus souvent à nous. Les dérèglements climatiques augmentent leur fréquence et leur intensité. Le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) est évocateur sur ce point. Il nous faut mieux prévoir et mieux anticiper ces phénomènes dangereux.
Deuxièmement, depuis dix ans, Météo-France met en oeuvre une succession de plans ambitieux de transformation et de rationalisation de son organisation dans un contexte de réduction régulière de ses moyens financiers et humains. Quelques chiffres en témoignent. Depuis 2012, le plafond d'emplois de l'opérateur a été réduit d'un quart tandis que la subvention pour charges de service public aura baissé de près de 20 % en dix ans. L'établissement a également considérablement restructuré son réseau territorial, avec la suppression des deux tiers de ses implantations entre 2011 et 2022. »...
... « J'en viens aux missions de l'établissement.
Météo-France assure d'abord la sécurité météorologique des personnes et des biens. Il joue un rôle central dans la chaîne d'alerte. Après la tempête de 1999, il a créé une carte de vigilance, qui a fait des « émules » à l'étranger. La prévention d'autres risques naturels, comme les avalanches ou les feux de forêt, fait également partie de ses missions.
En ce qui concerne la France, la récurrence d'épisodes dangereux, tels que les pluies cévenoles ou les enjeux spécifiques à l'outre-mer, notamment le risque cyclonique, ne semble pas compatible avec un scénario de suppression du réseau territorial. Ce scénario doit être écarté et la réduction du réseau en France a une limite. » ...
« Je voudrais lever une ambiguïté sur la première recommandation du rapport. Elle souligne qu'il est nécessaire de « stabiliser les moyens financiers et les effectifs sur la période du nouveau contrat d'objectifs et de performance. » Je considère qu'il faut mettre un coup d'arrêt aux trajectoires de rationalisation de l'opérateur et retrouver une vraie ambition à travers un cadre budgétaire qui lui permette d'assurer ses missions. Cela signifie qu'il faut aller à rebours de ce qui a été fait jusqu'à présent et arrêter la baisse, tout en rationalisant malgré tout certaines dépenses pour lesquelles il existe des marges de manoeuvre. . Mais mon propos est de dire qu'il faut renoncer à une logique de rationalisation strictement budgétaire car ça ne marche plus, nous sommes arrivés à une limite. Ou alors, il faut changer de modèle, renoncer au modèle de prévision à aire globale et arrêter de demander à Météo-France de prévoir les événements météorologiques les plus aigus à 500 mètres près... Je veux être clair, je plaide pour redonner une bouffée d'oxygène à Météo-France. »
Face aux journalistes et à destination des populations martyrisées, E Macron déclare :"Nous devrons repenser nos systèmes d'alerte, de sécurité".
La réalité, c'est qu'à la veille de la rencontre entre Macron et les élus Corse, le plan gouvernemental prévoit toujours pour Météo-France, côté effectifs, la suppression de 95 ETP( équivalent temps plein) fin 2022, la suppression de 44 ETP en 2023. Pour la SCSP, le plan prévoit la baisse de 2% en 2022. Pour les implantations territoriales, l'objectif est de passer de 51 en 2021, à 39 fin 2022. A ce jour, aucune indication n'est donnée quant à la remise en cause de ces objectifs.