Urgences sanitaire et climatique: même combat ?

Les grandes crises semblent s'enchaîner, parmi celles les plus médiatisées du moment, le coronavirus et le réchauffement climatique. Les mesures politiques et économiques prises en urgence sont-elles de nature à faire évoluer nos sociétés? Ou révèlent-elles l'urgence d'un changement systémique? Nombre de questions sont posées...

Le gouvernement devra rendre des comptes et / ou prendre des mesures économiques fortes pour enfin prendre en compte durablement ce que la crise sanitaire révèle, et que le secteur hospitalier réclame à tous les niveaux professionnels d'intervention depuis des années.

Les moyens financiers étaient là mais l'urgence de mesures radicales à prendre visiblement pas intégrée pour faire face aux difficultés déjà connues (manque de personnels et de moyens, vétusté, fatigues extrêmes) .

Une fois encore, des décisions essentielles qui auraient pu être anticipées, sont prises dans l'urgence face à un danger immédiat.

La "guerre" ou la pandémie se révèlent à nouveau déclencheurs d'évolutions scientifiques, technologiques mais aussi sociétales et idéologiques.

Ce processus de déblocage massif de moyens est en effet très concret face au Covid-19, mais d'autres urgences se profilent déjà et ne pourront se satisfaire de mesures de dernière minute, même massives...

L'urgence climatique, environnementale, l'impact de nos activités et de nos consommations (1) et leurs conséquences désastreuses sont connues et identifiées (chute de la biodiversité, migrations climatiques, autres pandémies,...).

On essaie bien de dépasser le catastrophisme ambiant pour être mieux entendu, sensibiliser autrement l'opinion et les politiques: la dégradation écologique est mise sous les projecteurs sous sa forme la plus douce (Greta Thunberg) mais l'urgence absolue est bien là et elle réclame des décisions radicales d'ampleur pour y faire face mais aussi pour en limiter les effets...

Nous prenons des décisions dos au mur, situation qui met en évidence un problème de sagesse de nos institutions diluées dans du court-termisme électoral, préoccupées prioritairement par la croissance économique, peu importe la nature des productions envisagées pourvu qu'elles répondent à l'urgence des chiffres financiers visés.

Ce système économico-financier nous protège-t-il ou assure-t-il sa pérennité en protégeant ses organes de production?
L'un ne va pas sans l'autre me direz-vous?
Pourquoi ne pas avoir anticipé la rupture de soins au regard de la souffrance des milieux hospitaliers?
Pourquoi faire de l'indice de croissance l'indicateur essentiel d'une société en bonne santé ?

Même processus constaté dans le déni écologique: quelles raisons justifient d'ignorer les alarmes environnementales multiples ?
Pourtant l'opinion publique évolue: les quelques personnalités scientifiques ou politiques encore climato-sceptiques sont en effet aujourd'hui considérées comme corrompues et dangereuses; mais pas de déblocage de moyens tant que le bateau ne coule pas...

Force est de constater que nos sociétés occidentales sont bridées par une réflexion dans l'urgence qui ne leur permettent plus de prendre profondément soin d'elles.

A défaut de Conseils de Sages si chers aux cultures traditionnelles, j'espère que nous trouverons la force de redonner leur place aux Lumières dans notre réflexion et notre fonctionnement.

Une réflexion spirituelle débarrassée de dogmes est également souvent souhaitée par des personnalités éclairées. Mais pouvoir y accéder demande du temps d'étude, d'expérimentation, de réflexion, de décantation...

Parmi de nombreuses voies d'évolution, je crois aussi à la force des initiatives personnelles (enrichies de lectures, questionnements, échanges horizontaux un peu plus souvent libérés de toutes formes d'urgence).

Comment trouver ce temps au milieu de toutes nos contraintes?
Comment rencontrer et éduquer nos enfants ou nos élèves ?
Comment rencontrer nos proches, nos conjoints, nos collègues, nos voisins?
Quels projets partager, autres que des pratiques de consommation, véritables antalgiques à nos problèmes quotidiens?
Quel temps s'accorder mais aussi qu'en faire?

Cette pandémie donne du temps à beaucoup d'entre nous: allons-nous prendre de la hauteur intellectuelle, gagner en sagesse et en réflexion individuelle et collective, ou nous enfoncer en productivisme passif pour les uns (consommations de masse: 10h de tv par jour,...) ou en productivisme actif (télétravail en urgence et adaptation des compétences et des flux internet)?

A 20h, les journaux télévisés mettent en scène les applaudissements nourris dédiés aux acteurs des services de soins, mais qu'en était-il et qu'en sera-t-il une fois la crise sanitaire passée ?

Devrons-nous nous limiter à l'urgence émotionnelle de communier notre inquiétude relayée par les medias pour prendre conscience des précarités professionnelles, que des syndicats à bout de souffle et de notoriété peinent à faire entendre ?

Le combat n'est pas gagné, peut-être même pas encore identifié...

Une phrase stéréotypée quasi pavlovienne tourne en boucle: "prenez soin de vous".

Et si nous commencions à prendre soin de Nous ?

Avec toute ma considération
Fabien Goblet

(1) Pour aller plus loin sur les liens entre l'existence du coronavirus et nos modes de vie, analyse de l'économiste écologiste Laurence Tubiana sur Ouest France: https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/entretien-laurence-tubiana-le-coronavirus-est-lie-l-ecologie-nos-modes-de-vie-6786251?fbclid=IwAR3Zh50_Rca8a4Ad9JzcWmUI5M4aD9Cq6q0K3fqWCqTYF6v9FaLZ1OCwmr0

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