Variant delta, vaccination, passe sanitaire : que faire (quand on est de gauche) ?

Depuis qu'Emmanuel Macron, le 12 juillet, a annoncé vouloir généraliser l'usage du passe sanitaire aux lieux culturels ainsi qu'aux bars, restaurants, transports, etc., toute une partie de la gauche semble, une nouvelle fois, ne plus savoir quoi penser.

Depuis qu'Emmanuel Macron, le 12 juillet, a annoncé vouloir généraliser l'usage du passe sanitaire aux lieux culturels ainsi qu'aux bars, restaurants, transports, etc., toute une partie de la gauche semble, une nouvelle fois, ne plus savoir quoi penser. Chez certain.e.s, on ne cache pas son envie d'aller manifester aux côtés des pires réactionnaires contre le passe sanitaire (les gilets jaunes sont passés par là...). Pour d'autres, c'est la vaccination obligatoire qui serait la solution. Enfin, d'autres demandent qu'on se concentre sur la seule annonce de la réforme des retraites, mère de toutes les batailles, quand le reste ne serait que diversion.

Ce gouvernement et ce président n'ont plus la confiance et la légitimité dont ils auraient besoin pour mener à bien une politique de santé publique efficace. Mensonges, manipulations, répression... ; depuis le début de cette pandémie, le gouvernement aura tout fait pour rendre sa parole inaudible. Emmanuel Macron a même réussi à conclure son discours sanitaire, qui aurait dû être rassembleur, par des attaques contre notre système de protection sociale en annonçant vouloir réformer l'assurance chômage et notre système de retraite ! Comment pourrait-il maintenant convaincre que ce qu'il décide est bon pour nous ? Pourtant, et alors que nous avons désormais tous les moyens à notre disposition pour combattre ce virus, l'arrivée du variant Delta rend à nouveau la situation sanitaire préoccupante.

Après avoir réfléchi et échangé toute la semaine, j'ai essayé de poser noir et sur blanc une série de propositions qui seraient, à mon sens, des propositions de gauche pour répondre à la situation actuelle. A la fois une approche d'urgence et une approche de plus long terme. J'oublie certainement beaucoup de choses. Ces propositions n'ont pas vocation à devenir quoi que ce soit, si ce n'est peut-être une base de discussion entre nous, militantes et militant, pour essayer de retrouver une approche commune de la situation. Je vous les livre donc ; n'hésitez pas dans les commentaires à les critiquer, les améliorer, en proposer d'autres... C'est fait pour ça !

  • Notre premier combat est pour la santé des travailleuses et des travailleurs et, de manière générale, des classes populaires. La vaccination est à ce jour le moyen le plus sûr de nous protéger efficacement, il faut donc la généraliser le plus rapidement possible.

  • Dans la population générale, il faut développer extrêmement rapidement des centres de vaccination et des centres d’information de proximité, quartier par quartier, associer la médecine du travail, la médecine de ville, proposer spontanément des rendez-vous par courrier (comme cela avait été fait, par exemple, pour la vaccination contre le H1N1, sans passer par les plateformes privées type Doctolib), vacciner dans les universités, les lieux touristiques, etc. Faire appel à l'expertise d'associations comme ActUp, qui ont déjà organisé des opérations de prévention au plus près des publics qui en avaient besoin (pour la prévention du SIDA).

  • Mettre en place une journée de congés payés pour la vaccination (ou indemnités de sécurité sociale pour les non salarié.e.s), voire plus si effets secondaires. Cette mesure est importante pour toutes celles et ceux qui ont du mal à trouver du temps, c'est à dire les précaires, les femmes qui ont charge d'enfants, celles et ceux qui cumulent des contrats à temps partiel, etc.

  • Se donner quelques semaines pour mettre en œuvre et observer les résultats de cette campagne de vaccination et dans le même temps lancer un débat démocratique, transparent, sur l’opportunité d’une obligation vaccinale.

  • Le COVID19 est devenu la première maladie nosocomiale à l’hôpital. Il est donc très important que les soignant.e.s soient vacciné.e.s, comme elles et ils le sont déjà de manière obligatoire avec 4 autres vaccins. Plutôt que de les menacer de licenciement, envisager des reclassements si les personnels ne souhaitent pas se faire vacciner.

  • Face à la circulation extrêmement rapide du variant delta, des mesures de freinage sont nécessaires si l’on veut éviter à nouveau un nombre important de personnes hospitalisées, de “covid long” et de décès. Ces mesures de freinage impliquent forcément de restreindre l’accès aux lieux où l’on se contamine le plus (bars, restaurants, etc.). En limiter l’accès aux personnes immunisées (vaccin ou contamination) ou ayant réalisé un test PCR permet de ne pas fermer totalement ces secteurs pendant l’été, alors qu’ils sortent déjà de plusieurs mois de fermetures. Cette situation devrait durer un temps relativement court (quelques semaines) si la campagne de vaccination porte rapidement ses fruits.

  • Ce n’est pas aux gérants de ces établissements de contrôler l’état de vaccination (ou le résultat des tests de dépistage) des clients, car comme le recommandait la CNIL “l’usage de ce pass [devrait être] limité aux évènements impliquant de grands rassemblements de personnes, à l’exclusion notamment des activités de la vie courante (lieux de travail, restaurants, commerces, etc.), [pour permettre] de limiter les atteintes au droit à la protection des données et au respect de la vie privée des personnes.” C’est donc à des agents formés par les Agences Régionales de Santé de réaliser ces contrôles, de manière aléatoire, sans que la responsabilité des gérants de ces établissements puisse être engagée.

  • L’objectif de ces contrôles serait avant tout de faire de la prévention et non pas de punir.

  • Pour les professions de santé, pour lesquelles la vaccination serait obligatoire, les contrôles ne doivent pas être fait par les employeurs mais par la médecine du travail.

  • Mettre en place en grand plan d'équipement des écoles et des lieux rassemblant du public de systèmes de renouvellement de l'air et de détection de CO2 (permettant de lutter contre l'aérosolisation du virus).

  • Renforcer le droit du travail sur l'interdiction des discriminations "en raison de l'état de santé et en raison du profil vaccinal".

  • Lever les brevets sur les futurs vaccins français pour permettre leur fabrication à peu de frais pour les pays du sud et œuvrer au niveau international pour faciliter la distribution équitable des vaccins actuels.

  • Donner les moyens au CSA de lutter efficacement contre toute forme de propagande mensongère en matière de santé publique.

Merci à toutes celles et ceux avec qui j'ai eu le plaisir de discuter (en particulier Marion Alcaraz) et qui m'ont aidé à me remettre les idées au clair.

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