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Billet de blog 23 juin 2022

Hôpital public : lettre ouverte à Monsieur le Président

Nous sommes à la croisée des chemins. Depuis des mois l'hôpital public est sur le devant de la scène, après les 2 années de pandémie cet été s'annonce difficile. Nous adressons aux responsables politiques un point de vue de cadres et de soignants de proximité, investis dans l'hôpital, un bien commun, qu'il faut préserver, quoi qu'il en coûte.

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Monsieur le Président de la République,

A l’orée de cet été, la situation de l’hôpital public est critique. La problématique des urgences ne représente que l’arbre qui cache la forêt. Nous sommes à la croisée des chemins.
L’hôpital public doit avoir les moyens d’assurer l’ensemble de ses missions centrées sur les soins de qualité, la prévention, l'enseignement universitaire et postuniversitaire, la recherche et la sécurité sanitaire, telle que précisé dans la loi. La santé a un coût et pour contenir le niveau de dépense de santé la logique prônée a été de diminuer l’offre pour diminuer la demande. Donc il a été organisé une diminution du nombre de médecins, de lits dans les hôpitaux, de soignants. A aucun moment, loyalement, la réflexion ne s’est portée sur la notion de service public sensée répondre aux besoins de la population.

La fuite des professionnels de l’hôpital n’est que la conséquence de cette politique menée encore aujourd’hui. La gestion comptable de l’hôpital public a conduit à une déshumanisation des structures de soins publiques, une perte de sens des métiers du soin.

Il n’est plus question que de rentabilité, d’actes à réaliser, de « reporting », de tableau à remplir; de traçabilité, de « sachants » qui nous expliquent comment nous devons exercer nos métiers en faisant fi de nos valeurs soignantes. Toujours faire mieux avec moins de personnels car pour faire des économies il faut réduire le nombre de professionnels au lit du patient.

Cette pénurie organisée est un cercle vicieux car nous avons perdu à jamais ces professionnels. Cette logique a été la même dans tous les établissements publics: Hôpitaux, EHPAD, MAS...Les professionnels se sont épuisés, la crise COVID n’a fait qu’accélérer un processus enclenché par cette logique.

Le diagnostic est grave : comment allons –nous prendre en compte les besoins de santé de la population française?
Il n’y a plus de médecine de ville, plus de 5 millions de français n’ont pas de médecin traitant.
L’offre privée propose des dépassements d’honoraires qui ne sont pas adaptés aux moyens du plus grand nombre de nos concitoyens et pose le problème de l’égalité devant la maladie.

N’oublions jamais notre devise: liberté, égalité, fraternité.

Les soignants quittent l’hôpital désabusés, les contraintes sont trop fortes Un taux d’absentéisme à 12 % est du jamais vu. Des postes sont vacants depuis des mois, les futurs professionnels qui préfèrent abandonner le monde de la santé ou continuent leurs études au lieu d’exercer le métier qu’ils avaient choisi.

L’autonomie professionnelle est un leurre. Il n’y a plus de temps pour réfléchir sur ses pratiques, se former, former les apprenants. Comment allons-nous détacher des professionnels pour la mise en œuvre de la certification individuelle obligatoire pour les professionnels de santé soumis à ordre.

Dans ce contexte, depuis quelques mois, la politique de la prime, les récompenses ciblées vers certaines catégories de personnel, excluent les collaborateurs de proximité (aide-soignant.e), les collègues (puéricultrice.teur) et autres acteurs de la même équipe. Elles sont en contradiction avec l’égalité de traitement qui est la règle entre les fonctionnaires et génère de l’amertume.

A travers cette politique de la prime vous confirmez, monsieur le Président, que les revalorisations apportées par le
SEGUR n’ont pas été à la hauteur de l’investissement des personnels hospitaliers et nous partageons ce point de vue. Vous savez, pourtant, qu’il existe un fort esprit d’équipe dans les hôpitaux. C’est grâce à cette solidarité que l’hôpital a tenu dans la tourmente COVID. Une reconnaissance salariale claire, équitable, juste et pérenne est la seule façon de rendre leur place dans notre société à tous les personnels qui s’investissent dans l’hôpital publique.
Nous demandons :
 une revalorisation du point d’indice et une indexation sur le coût de la vie.
 une revalorisation des indemnités forfaitaires pour travail des dimanches et jours
fériés et une extension aux samedis.
 une revalorisation de l’heure de nuit.
 une réflexion sur l’organisation du rythme de travail permettant une meilleure
adéquation vie professionnelle et vie personnelle.
 un rééquilibrage des ratios soignants/soignés
 une participation des cadres de santé et cadres supérieurs aux décisions
institutionnelles
 une reconnaissance du rôle primordial des cadres de proximité dans la structure hospitalière

Les revalorisations salariales bien que nécessaires ne suffisent pas à améliorer les conditions de travail dans la Fonction Publique Hospitalière. Il est nécessaire de redonner aux équipes et aux cadres de santé (oubliés dans le SEGUR) la possibilité de réfléchir à une autre organisation de leur travail. Utiliser l’intelligence collective et les cadres de santé pour que les orientations de l’hôpital respectent les valeurs professionnelles et l’Art de soigner. Il est plus que temps de définir une réelle politique de santé en France. Nous vous remercions, Monsieur le Président de la République, de l’attention que vous porterez à ces revendications et soyez assuré de notre profond respect.

Fabienne DUBEAUX,
Sylvie DESSE,
Jacqueline LE PENNEC
sections Acteurs Santé CFE-CGC
CHU de RENNES et CHU de NANTES.

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