Au Cours Julien, la fête laisse place au silence

Le Cours Julien, quartier marseillais qui vit la nuit, est désert après 18 heures depuis la mise en place du couvre-feu fin novembre. De quoi surprendre les habitants, habitués au bruit et à la fête.

19 heures. Le soleil est train de se coucher sur le Cours Julien. Le couvre-feu est entré en vigueur il y a une heure. Quelques rayons oranges illuminent encore les bâtiments roses et blancs de la grande place. Les terrasses des restaurants, habituellement noires de monde, n’ont que les couleurs vives de leurs chaises et leurs tables pour briller dans la pénombre de la nuit tombante. Les visages tagués sur les murs, icônes de ce quartier nocturne, sont figés. Seul Monsieur chat, personnage le plus célèbre des murs du « quartier bobo », n’a pas perdu son sourire. « Ces tags, c’est la marque de fabrique du quartier, mais plus personne n’est là pour les voir », regrette Samira, qui discute avec une voisine sur le palier de son appartement. « J’ai vraiment hâte que l’ambiance de notre Cours Julien revienne ». Ici, la police ne contrôle que très peu. Depuis la mise en place du couvre-feu à 18 heures, une petite de dizaine d'amendes ont été dressées par la police. « Des fois, les agents passent, voient quelques personnes dehors, mais continuent leur chemin », sourit Samira. Un sourire jaune.

Soudain, le sol se met à trembler. Un hurlement strident brise le silence assourdissant qui règne. C’est le métro. L’un des derniers de la journée. Seuls quatre marseillais sortent rapidement de la station. Masques sur le nez, têtes baissés, ils marchent vite. Ils traversent la place et disparaissent dans les petites rues parallèles.

20 heures. L’obscurité de la nuit a pris le dessus sur les derniers rayons de soleil. Les rats, eux, ont pris possession du quartier. On entend encore quelques cris lointains. Des bris de verre, aussi. Une femme, grande et mince, au visage caché par un masque noir, s’élance dans la rue Bussy l’Indien. « Je sors car j’ai besoin d’acheter du lait », bredouille Méryl, qui vient d’arriver sur Marseille pour le travail. « Je vais à l’épicerie du coin, c’est tout. » Mais ce soir, il faudra s’en passer : le Carrefour City du Cours Julien est fermé depuis 18 heures. « À Bordeaux, des boutiques restaient ouvertes pourtant », bougonne la jeune femme.


« On découvre un nouveau visage du quartier »


Vers 20h15, une porte grince puis claque. Eric, qui habite dans le quartier depuis 10 ans, vient de sortir de son appartement. Il déambule Rue Pastoret, passe devant Steel Percing, le célèbre perceur du quartier et salue un voisin sur son balcon. Crâne rasé, pas très grand, quelques tatouages dans le cou, il se dirige vers la fontaine, qui coule seule depuis maintenant deux heures. Il sort sa cigarette et l’allume. « Le Cours Julien, d’habitude, c’est la fête tous les soirs », regrette ce vendeur de vêtements, non sans un air de nostalgie. « Depuis l’arrivée du virus, on découvre un nouveau visage du quartier. Plus calme, bien sûr, mais un peu plus glauque, aussi. » Eric sort tous les soirs sur la place depuis la mi-novembre. Un petit quart d’heure en général, parfois un peu plus. « Vu qu’il n’y a pas grand monde dehors, je peux un peu enlever le masque, fumer ma cigarette, profiter de l’air frais du mois de mars », sourit-il. « J’ai hâte de retrouver les restaurants et bars du quartier. Le Cours Julien, c’est comme un petit village dans Marseille ».


21h30. Cette fois-ci Marseille se vide pour de bon. La Canebière ne tonne plus comme la journée. La place Jean-Jaurès, derrière le Cours Julien, est déserte. Depuis la fontaine, on distingue seulement quelques sirènes de police et un crissement de pneu, au loin. Trois adolescents se sont réunis près du parc pour enfant, une bière dans les mains. Ils discutent bruyamment. C’est un peu comme si tout le quartier participait à la conversation. Au menu de la discussion, soirée à venir, alcool à acheter et playlist à préparer. Pas très Covid, c’est sûr.

Fabio Marletta

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