À Marseille, les commerçants soulagés mais pas rassurés

Les commerçants marseillais ont réouvert leur magasin ce samedi matin. Leur défi : s’adapter aux nouvelles règles sanitaires.

Jean-Marc Lagier, commerçant marseillais de 49 ans, ouvre le rideau de sa boutique de vêtements après 1 mois de fermeture. « On y est… enfin », murmure le père de famille, le visage marqué par le stress. « Ce mois sans travail a été éprouvant. J’ai reçu peu d’aides du gouvernement. Mais bon, cette fois-ci, c’est terminé ». Comme 200 000 commerçants français, Jean-Marc a pu rouvrir son magasin ce samedi matin. Le 28 octobre, il avait dû le fermer en raison du confinement.  « Quand Emmanuel Macron a annoncé les mesures, j’ai pleuré », se souvient le vendeur de vêtements, le regard vide. « On ne savait pas combien de temps on allait fermer, c’était le flou total ». 

Mais aujourd’hui, c’est un autre casse tête qui l’obsède. Jean-Marc doit réussir à adapter ses locaux aux nouvelles règles sanitaires. Dans sa boutique de 40 m2, il ne pourra accueillir que 5 clients à la fois. « Habituellement il y a assez de place pour 10 à 15 clients », assure l’ancien barman. « Pour faire du shopping, c’est mieux à 5. Mais moi, j’ai peur de perdre ceux qui ne veulent pas faire la queue ».

Le commerçant a aussi installé un distributeur de gel hydro alcoolique à l’entrée de sa boutique, et un second au fond du magasin. « Je demande à tous les clients de se désinfecter les mains avant de toucher les vêtements », explique Jean-Marc. « Je ne veux surtout pas créer un cluster dans mon magasin ».

« Je n’ai quasiment rien vendu »

Devant sa boutique de bijoux, Marion Renaud, une petite brune de 31 ans, a la mine des mauvais jours. « Madame, un petit bijoux pour Noël peut-être ? », lance-t-elle à une passante. Sans succès. « Depuis, ce matin, je n’ai quasiment rien vendu », déplore la mère de deux enfants, le regard inquiet. « Je crois que les français n’ont plus d’argent à dépenser. Ça va être dur pour tous les commerçants ». Son magasin de 15 m2 ne peut accueillir qu’un seul client à la fois. « Cette règle des 8m2, c’est beaucoup trop contraignant », estime la jeune femme. « Les marseillais ne perdront pas de temps à faire la queue devant mon magasin. Ils vont simplement se diriger vers de plus grandes enseignes qui peuvent accueillir plus de clients. Moi, dans tout ça, je perd gros ». 

Gel hydro alcoolique, désinfection de tous les bijoux touchés, vitre de protection à la caisse…. Marion avait pourtant tout préparé pour accueillir ses clients dans les meilleures conditions. « Je n’accepte pas les mesures du gouvernement, mais je suis obligée de m’y plier » se plaint la commerçante. « On va continuer dans ces conditions et on verra bien ».

La peur du virus

Christine Bertrand, libraire de 58 ans, se désinfecte les mains pour la 3ème fois en 5 minutes. « J’ai peur du virus, mais c’est ma survie qui est en jeu », se désole la commerçante, visière sur le front et masque sur le nez. « Sans cette librairie, je n’ai plus rien, plus d’argent. Il fallait que je réouvre ». Pendant le confinement, Christine n’a reçu qu’une aide de 1500 euros. « C’est bien en dessous de ce que je gagne habituellement », soupire la libraire en désinfectant une rangée de livres. « Je vis seule et je n’avais que très peu d’économies. Cette année, je dépenserais beaucoup moins pour Noël ».

Du côté des clients, on attendait la réouverture de la libraire avec impatience. « C’est un plaisir de revenir ici », assure Séverine Dumont, 34 ans, une habituée de la boutique. « Je ne crains pas plus le virus ici qu’ailleurs. Je mets mon masque, je me suis désinfectée les mains, et avec Christine, on garde bien la distance d’un mètre ».

Même son de cloche pour Loïc Place, un coiffeur marseillais de 31 ans. « Je n’ai même pas pu travailler à domicile », regrette le jeune père de famille. « J’ai ouvert mon salon de coiffure en septembre. J’ai vite failli mettre la clé sous la porte ». Pour se faire coiffer dans son salon, prendre rendez-vous est obligatoire. « Ça met permet d’accueillir qu’un seul client à la fois », explique Loïc. « Je ne fais jamais entrer deux clients en même temps ».

Désinfection régulière du matériel, masque et visière sur le front… Dans son salon, Loïc fait respecter les règles sanitaires à la lettre. « Un coiffeur et son client sont très proches, donc je fais très attention », assure-t-il en désinfectant sa tondeuse. « Je fais passer la santé des clients avant tout… et puis, je ne peux pas me permettre de refermer le salon ».

Si les commerces « non-essentiels » ont pu rouvrir, ce n’est pas le cas des restaurants et des bars. Dans son allocution du 24 novembre, Emmanuel Macron laissait entendre une possible réouverture des restaurants le 20 janvier. Pour les bars, il faudra sûrement attendre le 1er février, selon une information d’Europe 1.

Fabio Marletta

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