En Birmanie, la répression s’accentue

Alors que les rassemblements de manifestants se multiplient au fil des jours en Birmanie, la répression s’accentue. Depuis le 1er février, 18 birmans sont morts pendant les manifestations contre le coup d’état.

La Birmanie tangue. Certains diront même, qu’elle a déjà basculé. Un mois après le coup d’état de l’armée qui a renversé la cheffe du gouvernement, Aung San Suu Kyi, la répression s’accentue jour après jour dans le pays du sud de l’Asie. Les manifestations, qui restaient jusque là pacifiques et sans incidents graves, prennent un tournant sanglant : selon les chiffres officiels, au moins 18 personnes sont mortes depuis le début du soulèvement populaire. Une situation « inhumaine », selon certains manifestants, qui ne peut plus durer. « Au début, je pensais que ça se terminerait rapidement, au bout de quelques semaines seulement », reconnaît Pann*, « je me suis trompée ». La jeune birmane observe une augmentation des violences ces dernières semaines : « Les militaires ont commencé à tirer sur des manifestants innocents. Ils sont rentrés chez les gens, ils ont pris certaines personnes et les ont envoyés loin de chez elles ».

Pour limiter les rassemblements, l’armée, désormais à la tête du pays, multiplie les coupures d’internet et a instauré la mise en place d’un couvre-feu quelques jours après avoir récupéré le pouvoir. « Ils essayent de bannir Facebook, Twitter, Instagram… même Wikipedia et l’App Store maintenant », explique Pearl*, un médecin birman, « Ils font tout pour qu’on ne puisse plus se faire entendre ». La jeune femme ne comprend toujours pas comment la situation de son pays a pu basculer ainsi, aussi rapidement : « Depuis le début, je me dis « pourquoi ? » : pourquoi maintenant, alors que la Covid-19 n’a pas encore été éliminée en Birmanie. Pourquoi maintenant, alors que notre pays commençait à prendre la bonne direction. Depuis le 1er février, j’ai tout ressenti : la peur, la colère, le désespoir… Je suis sûr que c’est pareil pour tout le monde ».

« Tout ça me fait peur, très peur »

« Mon père a 88 ans, il est effrayé aussi », se désole Hsu*, qui raconte de façon anonyme la situation en Birmanie sur son compte Twitter, quand elle arrive à y accéder. « Je sais que beaucoup de chaîne d’infos hors Birmanie nous soutiennent. Elles partagent les infos telles qu’elles sont. C’est de ça dont on a besoin », se réjouit la jeune manifestante. En Birmanie, cependant, la liberté d’expression est totalement bafouée : « Ils pourraient m’arrêter juste parce que j’ai répondu à votre message. Tout ça me fait peur, très peur ».

*Les prénoms de toutes les personnes interrogées ont été modifiés

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