Sincérité, politique et communication : l'équation impossible ?

L'affaire Cahuzac révèle à quel point il est difficile de concilier sincérité et politique. Qu'elles soient honnêtes ou pas, menteuses ou pas, de bonne ou de mauvaise foi, la parole des personnalités politiques est, plus que toute autre, suspecte.Cela n'est pas nouveau et est même devenu la règle, quasiment un paradigme, dans la sphère publique, règle avec laquelle chacun a appris à composer. La Faute à la défiance croissante envers les gouvernants ? La faute au déclin des institutions que pointait le sociologue François Dubet ? La faute à un système politique et institutionnel, la 5ème république, en décalage avec les attentes et exigences des citoyens ? La faute au "personnel" politique, c'est-à-dire aux hommes et femmes de notre temps ? La faute aux médias ? La faute aux communicants, tantôt incapables, tantôt corrupteurs ? La faute aux citoyens eux-mêmes ?Quand en plus on y mêle le concept de communication

L'affaire Cahuzac révèle à quel point il est difficile de concilier sincérité et politique. Qu'elles soient honnêtes ou pas, menteuses ou pas, de bonne ou de mauvaise foi, la parole des personnalités politiques est, plus que toute autre, suspecte.

Cela n'est pas nouveau et est même devenu la règle, quasiment un paradigme, dans la sphère publique, règle avec laquelle chacun a appris à composer. La Faute à la défiance croissante envers les gouvernants ? La faute au déclin des institutions que pointait le sociologue François Dubet ? La faute à un système politique et institutionnel, la 5ème république, en décalage avec les attentes et exigences des citoyens ? La faute au "personnel" politique, c'est-à-dire aux hommes et femmes de notre temps ? La faute aux médias ? La faute aux communicants, tantôt incapables, tantôt corrupteurs ? La faute aux citoyens eux-mêmes ?

Quand en plus on y mêle le concept de communication - souvent réduit à la publicité ou au marketing alors qu'elle est essentiellement et fondamentalement une médiation, une matérialisation de la relation humaine et une manifestation de l'altérité - et ses "outils", alors se renforce l'idée que tout n'est qu'artifice, mensonge et tromperie.

Évidemment, la tromperie de l'ancien ministre du Budget – qui n'est malheureusement que l'exemple récent d'une déjà trop longue liste de tromperies publiques depuis 1958 – n'arrangera rien et enfoncera, à raison vis-à-vis des personnes concernées mais à tord vis-à-vis de l'immense majorité des élus, un peu plus encore le clou dans la tête de nos concitoyens.

Le soupçon est une maladie très contagieuse et il est peu probable que l'épidémie s'arrête au seul ministre du budget, et ce, en dépit des efforts du monde politique et en particulier des personnes avec lesquelles il étaient politiquement lié (membres du gouvernement, Président de la République, majorité, etc.).

Un cas d'école en terme de communication de crise, me direz-vous. Or, et c'est là que le bât blesse : la tromperie s'est appuyée sur de la communication (« les yeux dans les yeux » en interview média, la prise de parole à l'Assemblée nationale, l'intervention d'agences de communication bien connues sur la place parisienne...) et les efforts fournis dans cette tourmente – qu'ils proviennent de la majorité comme de l'opposition - passent, fatalement, par des exercices de communication (communiqués de presse, interventions médias, 1er ministre au JT de 20h, allocution du Président de la République, messages sur les réseaux sociaux...).

En dehors de la méfiance suscitée par cette nécessaire « médiation », comment à partir de maintenant faire montre et preuve de sincérité ? Les réactions à l'intervention de Gérard Filoche (là aussi un exercice de communication perçu, celui-ci, comme sincère), cet inconnu du grand public mais bien connu du microcosme politique, démontrent à quel point ce sujet est central.

La réponse se trouve peut-être plus dans le système politique, institutionnel et médiatique que dans les qualités personnelles, réelles ou supposées, de tels ou tels responsables publics. Le problème n'est pas en effet qu'un individu ou plusieurs soient « pourris » mais plutôt que cette affaire fait écho à l'idée répandue dans la population que le système est « pourri » (c'est en réalité le système que critique les citoyens qui disent, en faisant ce raccourci terrible, « tous pourris »).

« Dire » c'est « faire ». « Faire », c'est « dire ».

On attend souvent des communicants des miracles par le « dire ». Si je devais être consulté et donner mon avis sur la communication de crise à mener, je dirais que, comme souvent dans ces situations là, nous devrions commencer par « faire ». En dehors du fait que c'est à mon sens ce qu'attendent les citoyens, c'est sans doute en « faisant », d'ailleurs directement avec eux, qu'un nouveau message et que de nouvelles relations ont des chances de naître et d'aboutir in fine à l'expression de la sincérité en politique. Par ailleurs, pour que cela soit visible (en témoigne l'oubli des mesures prises en la matière depuis mai 2012) et ait plus de chances de susciter de l'adhésion ou à défaut de la bienveillance, cela doit se faire non seulement sur l'idée d'un changement profond mais bel et bien par une rupture, que ce mot – banni il y a 11 mois en même temps que son promoteur – soit prononcé ou pas.

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