Le gouvernement : à gauche ou à droite ?

Voilà une question un peu provocatrice, je l'admets car si l'on s'en tient aux appréciations des observateurs les plus influents (ce qui ne signifie pas qu'ils sont toujours les plus pertinents tant individuellement que collectivement) et à l'appréciation des intéressés eux-mêmes, c'est-à-dire les membres du gouvernement, il n'y a pas de doute : le gouvernement est à gauche.Une autre méthode pourrait consister, en mobilisant des chercheurs en sciences sociales, des intellectuels et des politologues (les vrais, ceux qui analysent les idées et les actes et qui vont au-delà des seuls commentaires des soubresauts politiciens), à analyser chaque action politique sur le fond et la forme et à s'appuyer sur l'histoire des idées politiques et sur ce qui se fait dans d'autres espaces politiques pour juger, de manière relative, si le gouvernement actuel est à gauche ou à droite (avec toutes les précautions qu'il faut prendre avec cette échelle qui ne suffit à elle seule à comprendre le spectre politique français et ses dynamiques).Enfin, il y a une autre solution

Voilà une question un peu provocatrice, je l'admets car si l'on s'en tient aux appréciations des observateurs les plus influents (ce qui ne signifie pas qu'ils sont toujours les plus pertinents tant individuellement que collectivement) et à l'appréciation des intéressés eux-mêmes, c'est-à-dire les membres du gouvernement, il n'y a pas de doute : le gouvernement est à gauche.

Une autre méthode pourrait consister, en mobilisant des chercheurs en sciences sociales, des intellectuels et des politologues (les vrais, ceux qui analysent les idées et les actes et qui vont au-delà des seuls commentaires des soubresauts politiciens), à analyser chaque action politique sur le fond et la forme et à s'appuyer sur l'histoire des idées politiques et sur ce qui se fait dans d'autres espaces politiques pour juger, de manière relative, si le gouvernement actuel est à gauche ou à droite (avec toutes les précautions qu'il faut prendre avec cette échelle qui ne suffit à elle seule à comprendre le spectre politique français et ses dynamiques).

Enfin, il y a une autre solution qui, fidèlement à l'objet de ce blog (la communication politique), repose sur le jugement et la perception des principaux intéressés dans le système démocratique qui est le notre, c'est-à-dire les électeurs.

Tiens oui, au fait, qu'est-ce qu'ils en pensent les citoyens, ceux qui in-fine ont le dernier mot ?

C'est précisément ce qu'a essayé - ma foi de manière originale et assez précise - de savoir l'institut Yougov France au milieu d'une pléthore de questions à propos du gouvernement à l'occasion d'un sondage réalisé pour Le HuffPost et Itélé.

Yougov a demandé à un millier de citoyens de situer de 1 (gauche) à 10 (droite) le gouvernement. Yougov a également eu la bonne idée de leur demander de situer où ils souhaiteraient que se situe le gouvernement.

Parmi les répartitions (on dit "ventilation" dans le jargon) proposées, il y a la proximité partisane ce qui est très intéressant pour ce type de question car cela permet de voir comment les soutiens supposés (ceux qui ont constitué la majorité de 2012) et les adversaires supposés situent le gouvernement.

Pour chacune de ces questions, Yougov a produit une moyenne pondérée (où le poids relatif de chaque réponse individuelle compte) pour chaque sensibilité.

Classiquement, avant de connaître les résultats, on s'attend à deux choses :
- les gens de droite devraient trouver le gouvernement trop à gauche et vice-versa (à l'exception habituelle du principal parti de gouvernement qui devrait proposer l'amplitude la plus faible entre situation constatée et situation souhaitée)
- on devrait retrouver l'image fidèle du positionnement de chaque sensibilité sur l'échiquier politique

Or, SURPRISE, rien de tout cela.

Pour vous l'illustrer, j'ai réalisé une petite infographie à l'échelle pour y voir clair d'un coup d’œil (cliquez pour la voir en grand).

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Que peut-on retenir de marquant ?

D'abord que sur une échelle de 1 à 10, toutes les sensibilités situent le gouvernement entre 4,78 (PS), c'est-à-dire à gauche de peu, et 5,65 (LO, NPA, FG), c'est-à-dire à peine à droite. Cela nous fait une amplitude assez faible (moins d'un point). Difficile de faire plus centriste. Il aurait été d'ailleurs intéressant, si une telle donnée avait été produite (ce n'est pas le cas à ma connaissance), de comparer avec l'époque Sarkozy. (A votre avis, cela aurait donné quoi ?)

Ensuite, il est surprenant de constater qu'à l'exception du bloc PS-EELV et de l'UMP (et encore, de justesse), la moyenne (pondérée) des sympathisants de chaque sensibilité situe le gouvernement à droite. Non seulement ceux qui se situent à la gauche du gouvernement (parce qu'ils ne le trouvent sans doute pas assez à gauche), mais aussi ceux qui se situent eux-mêmes à droite (et pourtant, on entend certains responsables de droite parler encore de socialo-communistes).

Par ailleurs, on remarque que les sympathisants du bloc PS-EELV et ceux du bloc LO-NPA-FG souhaiteraient un positionnement du gouvernement plus à gauche et autour d'un centre de gravité très proche les uns des autres (3,48 et 3,88). Autrement dit, les sympathisants de gauche sont très proches entre eux sur ce qu'ils attendent du gouvernement du point de vue du positionnement droite-gauche. Personnellement, je retiens que les socialistes et les écologistes souhaiteraient un gouvernement plus à gauche que ce que l'on aurait pu penser de leur part et que par ailleurs, ceux de LO-NPA et FG ne veulent pas forcément d'un gouvernement de "gauchistes révolutionnaires".

De la même manière, constatons que le FN, traditionnellement classé à l'extrême droite, veut un gouvernement moins à droite que ce que veulent les sympathisants de l'UMP. Cela correspond à l'idée que le FN chasse bien au-delà de la droite et se base sur une grille de lecture sensiblement différente que le seul critère gauche-droite (ce que confirment les chiffres détaillés). Ceci-dit, cela montre peut-être aussi un durcissement et une radicalisation des sympathisants UMP.

Enfin, dernier point : la sensibilité qui montre l'amplitude entre situation constatée et situation souhaitée la plus faible n'est pas le bloc PS-EELV mais le bloc UDI-Modem (avec à peine 0,42 pts sur 10). Cela signifie, en gros, que c'est les centristes qui sont les plus satisfaits du positionnement droite-gauche du gouvernement. Autant vous dire que si cette donnée est regardée dans les états-majors (notamment à gauche), il faut s'attendre à ce que cela nourrisse le débat de ce côté-là de l'échiquier.

 

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