LA PRIMAIRE POUR FAIRE GAGNER NOS IDÉES

Les primaires sont devenus un sujet majeur de notre vie politique, mais les citoyens restent trop souvent étrangers aux débats qui les concernent directement. Les adhérents de Nouvelle Donne ont fait le choix de s'intéresser à cette procédure de sélection, ils sont prêts à y participer mais pas à n'importe quelle condition. Alors qu'attendons-nous de la primaire et de quelle primaire parlons-nous?

Depuis quelques semaines la France citoyenne se passionne pour la primaire, et Nouvelle Donne n’y a pas échappé. Le débat interne qui vient d’avoir lieu a dégagé un projet qui fait référence à la priorité donnée à sa participation.

Soyons clairs… Nous sommes favorables à une primaire car nous considérons que c’est un pansement incontournable face à une Vème République devenue incapable de faire vivre un réel exercice démocratique. Jusqu’à une période récente celle-ci ne s’imposait pas, le 1er tour suffisait à départager les candidats(es) qui se situaient sur le même segment politique, vie politique française qui se complaisait dans le bipartisme. Il se trouve que le Général de Gaulle et Michel Debré n’avaient pas imaginé il y a bientôt soixante ans qu’un troisième larron viendrait mettre le feu à cette belle composition. La présence du Front National bouleverse la donne, ni le parti issu du gaullisme ni le parti socialiste sont assurés de se retrouver au second tour de la présidentielle, élection qui organise notre vie politique. En 2011, les socialistes s’étaient déjà convertis, aujourd’hui rejoints par la droite.

Nous sommes donc, en tant que militants de Nouvelle Donne, favorables à la primaire, mais pour quoi faire ? La question que nous devons nous poser est de savoir si la primaire n’a que cette raison d’être, un 1er tour présidentiel avant l’heure en raison du tripartisme. Certains pensent que non et considèrent que c’est une occasion unique de donner la parole aux sans voix, aux citoyens qui ne font pas partis du microcosme politique qui nous dirige avec les résultats que l’on connaît. D’où l’émergence d’initiatives internet sympathiques et courageuses, comme laprimaire.org, mais qui n’ont aucune chance d’aboutir seules dans un système institutionnel cadenassé. Il faut rappeler que pour être candidat à l’élection présidentielle, il faut réunir 500 voix d’élus et disposer d’un budget de plusieurs millions d’euros. Dispositif qui élimine de manière irréfutable tout potentiel candidat hors du sérail politique. Seul un tsunami citoyen pourrait influencer des élus non encartés à prendre le risque d’apporter leur voix à un candidat provenant d’une primaire pleinement citoyenne en dehors de la présence des partis. Et la mobilisation démocratique actuelle ne permet pas de croire à cette alternative.

Il nous reste par conséquent les projets de primaire impliquant des formations politiques (primairedegauche.fr, notreprimaire.fr). Nouvelle Donne peut-il se permettre de participer à une telle initiative sans perdre sa spécificité ? Dans le cadre de la consultation des adhérents en ce début d’année, il a été très clairement édicté que nous voulions faire gagner nos idées en 2017 car la situation du pays est catastrophique et nécessite un projet présidentiel de transformation de la société. La primaire est par conséquent un espace privilégié pour faire connaître au pire notre projet et influencer la plateforme présidentielle que nous soutiendrons, au mieux être présent au 1er tour de l’élection.

Faut-il participer à une primaire de toute la gauche et des écologistes et quelle position adoptée face à la participation éventuelle du PS ? La logique politique de la primaire veut que les différents candidats s’entendent sur les points suivants : un socle idéologique commun (un candidat social-libéral serait par conséquent exclu), un soutien présidentiel au vainqueur, une présence dans la majorité présidentielle en cas de victoire et une organisation équitable, en particulier en terme de prise de parole. En s’engageant dans une telle compétition, Nouvelle Donne devra accepter ces conditions sachant que ses chances de victoire sont actuellement réduites. Cependant la situation politique de la France peut réserver de réelles surprises. Nous, adhérents de Nouvelle Donne devons être conscients des conséquences de notre accord mais aussi comprendre que c’est une chance unique de peser idéologiquement sur la prochaine mandature.

La situation politique est complexe et ne manquera pas d’évoluer avec encore quelques bouleversements, aussi nous ne chercherons pas ici à la décrypter, mais si le gouvernement ne redresse pas la barre du chômage, maintient son projet de modification de la Constitution au sujet de la déchéance de nationalité, prolonge l’état d’urgence et s’arcboute sur la réforme du code du travail, il est difficile d’imaginer qu’il puisse être encore considéré comme de gauche.

Nous ne croyons pas que François Hollande, président social-libéral, puisse être un candidat socialiste à la primaire de la gauche et des écologistes. Comment François Hollande pourrait-il se présenter au vote des  Français en ayant échoué sur ce qui était sa priorité et renié ses promesses électorales ? Les dernières projections pour 2016 de l’Unedic sont explicites moins 20 000 chômeurs catégorie A mais plus de 50 000 pour les autres catégories, sans parler de tous ceux qui auront disparu des statistiques. Les tensions et mêmes les ruptures à gauche risquent soit de faire définitivement basculer le pouvoir hors de la gauche, soit de faire chuter le gouvernement et de voir une démission de Manuel Valls afin de préparer sa candidature à l’élection présidentielle en dehors du parti socialiste. Cette nouvelle situation remettrait en cause les modalités d’organisation actuelle de la primaire.

La question qui se poserait alors serait la capacité d’un PS fracturé et du reste de la gauche de constituer un bloc politique de transition sociétale et de se mettre d’accord dans le cadre d’une primaire. Nous ne devons pas tomber dans le piège de la personnalisation et nous devons revenir à un débat politique serein sur le type de société que nous voulons présenter aux Français.

 Ce n’est pas l’éventuelle candidature de François Hollande ou d’un candidat socialiste qui poserait problème mais la présence d’une ligne politique qui soit incompatible avec nos valeurs et notre projet. Le débat de la primaire ne peut pas voir s’affronter des projets de société qui s’opposent, mais simplement des feuilles de route différentes pour franchir l’obstacle et convaincre la majorité silencieuse de nous rejoindre.

Nouvelle Donne aurait alors toute légitimité à participer à une primaire de toute la gauche et des écologistes, libérée d’une tendance sociale-libérale incompatible, en présentant un candidat ou en soutenant un candidat(e) plus médiatisé qui aurait intégré nos propositions. Nous avons le printemps pour développer notre projet politique, nous mettre en ordre de marche et combattre la politique gouvernementale de Manuel Valls.

Une victoire de Nouvelle Donne à cette primaire peut paraître prétentieuse, mais au-delà du fait que se présenter à une élection indique une volonté de gagner, la situation est telle que tout peut arriver. Les Français veulent peut-être enfin sortir de ce piège démocratique qu’est le vote utile qui leur est tendu depuis tant d’années. Ils peuvent reprendre la main à l’occasion de cette élection présidentielle, mais aussi des élections législatives qui suivront. D’ailleurs l’assemblée qui sortira des urnes ne devrait-elle pas être une assemblée constituante ?

Fabrice Van Borren – Marc Boulangé

Adhérents de Nouvelle Donne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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