Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République

St Hilaire, le 21 juillet 2015

 

 

Monsieur le Président,

 

Je suis tellement stupéfait de tout ce que je vois depuis plus de trois ans que je ne peux rester silencieux. Toutefois, considérant qu’il ne faut pas être simplement dans la critique je serai force de proposition. Je publierai ce courrier sur ma page Facebook et sur différents blogs d’information (éventuellement avec votre réponse).

 

Ancien Directeur de la communication de la Ville de Saint-Etienne et à la recherche d’un emploi depuis plus de trois ans, j’ai soutenu votre candidature. Je vais depuis de déceptions en déceptions, d’incompréhension en incompréhension. Je n’ignore pas la très mauvaise situation dans laquelle vous avez trouvé notre pays, mais votre politique ne l’a pas améliorée. Tous les indicateurs économiques et sociaux sont au rouge, la France est au bord de l’explosion et sans des régimes sociaux de qualité, les Français auraient déjà cédé à leur juste colère. Le patronat que vous avez soutenu avec la politique de l’offre pratique la surenchère sans retour. Les Français ne vous croient plus capable d’être un Président utile. Quelle vision avez-vous de l’avenir ? Quelles politiques mettez-vous en place pour que je sois assuré que mes deux filles (16 et 13 ans) ne se retrouveront pas dans ma situation ?

Votre majorité présidentielle est divisée, elle ne vous suit plus. Vous reculez systématiquement devant toute opposition et la classe politique (dont vous êtes le premier représentant) est décrédibilisée par les affaires et son aveuglement à maintenir une politique qui ne donne aucun résultat.

 

Pouvons-nous rester sans réaction ? Devons-nous attendre le chaos par une révolte citoyenne ou la prise de pouvoir de la famille Le Pen ? Je m’y refuse. Je crois à la démocratie, je crois à l’action politique qui se construit à partir d’une vision de la société et par conséquent avec un autre logiciel. Je crois à l’innovation disruptive. J’appelle, avec beaucoup d’autres Français, à une nouvelle donne.

Au cours de votre intervention télévisée du 14 juillet, vous auriez dû appeler à LA MOBILISATION GENERALE.

Ce n’est pas une question de communication mais d’engagement politique. Oubliez le François Hollande de la synthèse et du compromis, de l’énarchie et du microcosme élitiste. Faites-en sorte que vos visiteurs du soir ne soient plus quelques patrons d’entreprise qui s’arcboutent sur un système capitaliste à son apogée et par conséquent prochainement en déclin. La mutation technologique qui s’est engagée va transformer le système économique. Nous allons assister à la juxtaposition de l’économie de marché et de l’économie collaborative. L’emploi industriel et de service va continuer à s’étioler pour laisser la place à un nouvel artisanat numérique. Les perspectives économiques et environnementales sont telles qu’il n’est plus possible de fermer les yeux et de se rassurer en se disant qu’il sera toujours temps de prendre les décisions qui feront mal plus tard.

Annoncez que vous ne serez pas candidat à votre succession, sans la démonstration éclatante, que vous avez engagé un processus de refondation validé par les Français à travers un référendum. Cessez la langue de bois destructrice de crédibilité et favorisant les populismes. Il est temps de prendre la parole devant la Nation pour révéler quelques vérités difficiles à admettre lorsque l’on est de Gauche mais qui sont incontournables.

La croissance ne peut plus atteindre un niveau capable de relever économiquement la France et l’Europe. La situation en Grèce est explosive et peut très bien être propagée dans d’autres pays de la zone euro. L’accord trouvé à Bruxelles est insupportable pour les grecs, et comment les rendre responsables de l’immoralité des uns (les banques européennes) et de l’incompétence des autres (les gouvernements grecs successifs) ? Nous avons rêvé d’une Europe des peuples et la classe dirigeante nous a produit une Europe de la finance. Comment un Président de la République de Gauche peut-il se satisfaire d’un tel diktat anti-démocratique ? Dans une économie mondialisée, nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une Europe rattrapée par ses nationalismes. La perception technocratique que nous en avons est destructrice, et pourtant l’Europe est la seule qui a les moyens financiers et politiques pour engager le défi de la IIIème révolution industrielle décarbonée et d’abondance. Le plan du Président Juncker n’est qu’un ersatz  libéral de ce qu’il faudrait entreprendre pour engager réellement une transition profitable au plus grand nombre et non à une minorité financière qui dicte sa loi aux Etats.

 

Le plein emploi est un concept dépassé. Des millions d’actifs sont sacrifiés, et leur nombre va encore s’accroître, par une société en mutation qui ne leur donne aucun espoir de retrouver un emploi. Vous le savez, alors ne feignez pas de l’ignorer. Naturellement que la Nation tout entière devra trouver une véritable compensation devant cette situation cruelle et inhumaine. Le revenu universel est une solution technique parmi d’autres.

Le déficit budgétaire de l’Etat peut être plus important si il est tourné vers une véritable politique d’investissements en matière d’éducation, de recherche et d’innovation. Une politique de la demande, défendue par votre Gauche, n’est plus suffisante car elle maintient le dogme de la croissance productiviste comme la seule arme menant au bonheur. Il est temps d’élaborer un nouveau discours pour construire du bien commun, pour retrouver une conscience collective.

Dans quelques mois aura lieu à Paris la conférence sur le climat, or tous les indicateurs sont au rouge. Si des mesures draconiennes ne sont pas prises, nos écosystèmes sont en grave danger et la survie de l’humanité sera compromise. C’est une raison supplémentaire pour accélérer la sortie de cette économie productiviste. Je ne veux pas que mes enfants payent le prix de notre incompétence, de notre insouciance et de notre égoïsme.

Il vous est possible aujourd’hui de raconter une nouvelle histoire en sortant des sentiers parcourus par le microcosme politique de Droite comme de Gauche. Les transitions numérique et énergétique à laquelle nous assistons doivent être la trame de cette histoire, en insistant sur les concepts d’économie collaborative et non plus capitaliste, d’altruisme et non plus du chacun pour soi et de l’innovation ouverte et partagée et non plus profitant à quelques multinationales.

Pour conclure, je reprendrai une phrase de Gandhi : « La Terre fournit assez pour les besoins de tous mais pas assez pour la cupidité de tous ». Il faut sans cesse le rappeler.

Gandhi aurait sans doute mené ce combat pour une société de liberté, de durabilité, d’intelligence collective et de laïcité. Vous ne pouvez peut-être pas sauver votre quinquennat mais vous pouvez encore mettre la France sur le chemin de l’espoir et de la confiance en l’avenir. Vous et moi, chacun à notre place, nous avons la responsabilité de transmettre à mes filles une société plus juste et plus pacifique, où le progrès ne se mesurera plus en points de croissance mais en épanouissement autant individuel que collectif.

 

Restant à votre entière disposition pour être un visiteur d’un soir,

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, mes sentiments les plus respectueux.

 

 

Fabrice Van Borren

 

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