M. Macron aura produit le contraire de ce qu'il avait promis

Le gouvernement d’Emmanuel Macron propose trois mois de discussion et de concertation. Mais ce même gouvernement oublie que ces discussions ont eu lieu : ce sont celles qui ont précédé son élection, et dont il s'est largement vanté. Le temps est donc celui de l’action ou de la démission.

M. Macron semble oublier qu’un système démocratique repose sur des éléments simples inscrits dans le droit. Celui qui veut gouverner se présente avec un programme, qu’il propose aux citoyens, et ceux-ci, dans leur absolue souveraineté, décident s’ils adhèrent à ce programme, et votent en fonction. Bien sûr ce modèle peut être critiqué de diverses manières (manque d’offre politique etc.) ; cependant c’est non seulement la conception la plus répandue de ce qu’est un régime démocratique mais encore celle défendue par le pouvoir en place.

Or que proposait M. Macron ? Le site de campagne d’En Marche est encore actif et chacun peut s’y référer1. Le candidat parlait d’une « profonde refondation de la France », de 100 000 conversations recueillies lors d’un « porte-à-porte inédit autour du quotidien des Français », une Grande Marche, des experts, 300 ateliers, 3400 comités locaux aboutissant à la promesse suivante : « Le rôle de la politique est de déployer un cadre qui permettra à chacune et à chacun de trouver sa voie, de devenir maître de son destin, d’exercer sa liberté, de pouvoir choisir sa vie, puis de pouvoir vivre de son travail. C’est avec cette promesse d’émancipation que la politique doit renouer. »

Si l’on entre dans le détail du programme voici ce que l’on trouve : « bien vivre de son travail et inventer de nouvelles protections », « fiers d’être Français », « les mêmes règles pour tous », « une Europe protectrice », « faire plus pour ceux qui ont moins », « rendre la vie plus facile aux Français », « sérieux et responsabilité ». Ce sont les titres des chapitres. En gras, et en exergue, on relève aussi que « la France est une chance. Et chacun doit pouvoir y tenir ses promesses ».

Quand on entre dans le détail le candidat promettait notamment : amélioration du pouvoir d’achat (500 euros nets par an pour tous, 100 euros nets de plus par mois pour les ouvriers), un grand plan d’investissement de 50 milliards d’euros au service notamment de la transition énergétique, 10 milliards dans l’industrie, 1 million de logement mal isolés seront rénovés, mettre fin aux injustices du système de retraite, alourdissement des sanctions contre la fraude fiscale, imposition des grands groupes de l’Internet (les « gros », dans le vocabulaire des 42 propositions des Gilets Jaunes2), combat contre le travail détaché, priorité à l’éducation, 80 000 logements pour les jeunes, un Etat qui développe les emplois et l’économie, construire une Europe qui protège, augmenter le minimum vieillesse de 100 euros par mois (par mois!!), la création d’un « accélérateur » d’associations, 5 milliards dans un Plan santé, le doublement des maisons de santé pour lutter contre les déserts médicaux, 100 euros de plus par mois pour l’allocation adulte handicapé, des services publics tenus d’afficher leurs résultats en termes de qualité, une grande loi sur la moralisation de la vie publique (!), développer la participation citoyenne, exonération de la taxe d’habitation pour 80 % des Français, un Plan de Transition agricole de 5 milliards.

Au final que fait le gouvernement ? Il a simplifié la vie des riches et amélioré leur pouvoir d’achat : ce fait peut être facilement vérifié au travers notamment de la suppression de l’ISF3. Pour les autres les augmentations ont été un jeu de dupes : il leur a été repris d’une main ce qui leur avait été donné de l’autre. Loin de redonner du pouvoir d’achat la taxe d’habitation a asséché les ressources des communes, c’est-à-dire des services de proximité. La même logique a été appliquée dans le cas de la promesse de 100 ou 500 euros nets en plus par an : le financement par la réduction de « charges » c’est-à-dire de cotisations sociales revient à priver de ressources les organismes qui vivent de ces « charges » qui sont ceux précisément qui rendent service aux citoyens. Le Grand Plan d’investissement reposait sur deux pieds : l’allègement de « charges » pour les entreprises en échange de leur engagement. Ainsi par exemple la pérennisation du CICE qui pèse à lui seul 40 des 50 milliards promis. Donc non seulement ce n’était pas de l’argent neuf, mais du réemballage d’argent ancien, mais le dispositif était déjà connu des services de l’État pour être aveugle ou inefficace4, alors qu’il pèse très lourd dans les finances publiques. Et les entrepreneurs aidés ne se sont guère mobilisés : n’en jetez plus, échec total. Le gouvernement n’a rien fait non plus en matière de transition énergétique, ni dans le domaine des injustices concernant les retraités etc. Les maisons de santé ne font que regrouper les praticiens : elles ne luttent pas contre les déserts médicaux. Le dédoublement des classes de CP a souvent consisté à supprimer des enseignants dans d’autres niveaux. Parfois des actions sont menées mais le compte n’est pas le bon : le minimum vieillesse, par exemple, a bien été augmenté de 60 euros, mais il est encore largement en dessous du seuil de pauvreté perçu5.

Le problème central est qu’Emmanuel Macron promettait des mesures contradictoires, qui n’ont donc nullement atteint le but promis : réduire le coût du travail, simplifier la vie des entrepreneurs, abaisser la taxation financière, supprimer l’ISF, pérenniser le CICE etc. ont donné des marges de manœuvre aux plus grands investisseurs mais pas au pouvoir d’achat. Bref la seule « jambe » qui tienne fermement est la jambe droite. De son côté la transition écologique est une copie quasiment vide. Les lois annoncées avec fracas telles que la fin de l’exploitation des hydrocarbures sur le sol français sont sans portée dans la mesure où la France n’exploite rien sur son territoire. En se présentant comme le champion des promesses tenues M. Macron a considérablement aggravé son cas auprès des électeurs, qui n’ont pu que constater que ce candidat-là était décidément tout-à-fait comme les autres.

Quelle que soit l’interprétation finale du macronisme, sa position actuelle, qui consiste à proposer au public une concertation, au vu des difficultés, n’est pas tenable, dans la logique des institutions. Après avoir amplement mis en avant le fait d’avoir consulté jusqu’au fond des campagnes, soit Emmanuel Macron était conscient de ce que la discussion pré-électorale n’était pas suffisante et il fallait alors la continuer dès l’arrivée au pouvoir, soit il doit tenir ses promesses, qui sont intenables. M. Macron a fait pire que les autres avant lui dans la mesure où ses efforts sur le pouvoir d’achat ont sciemment consisté à vider l’un des comptes du pouvoir d’achat pour remplir l’autre, stratégie dont on savait par avance que le bilan serait nul. Il n’y a donc que deux solutions, en démocratie : soit le gouvernement tient ses promesses ici et maintenant, ce qui suppose changer de stratégie, (augmenter réellement le pouvoir d’achat, financer la transition écologique etc.), soit démissionner. S’il ne le fait pas il se place lui-même hors de la démocratie, non pas au sens légal (son mandat dure encore quelque temps) mais au sens moral, ce sens qu’il a tant mis en avant – à juste titre d’ailleurs.

1https://en-marche.fr/

2https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/baisse-des-taxes-referendum-populaire-zero-sdf-on-a-decortique-les-42-revendications-des-gilets-jaunes_3077229.html

3https://www.capital.fr/economie-politique/la-preuve-en-chiffres-que-macron-est-bien-le-president-des-riches-1299602

4https://www.alternatives-economiques.fr/maigre-bilan-cice/00080800

5https://www.secourspopulaire.fr/barometre-ipsos-spf-2018

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