A l’université : harcèlement moral, harcèlement sexuel et sexisme n’existent pas ?

Après #Meetoo qu'est-ce qui a changé ... à l'université ? Rien, "pas de vagues" est le mot d'ordre. Les femmes sont tenues de se taire, étudiantes comme titulaires. Envoyez vos filles à l'université, elles y apprendront quelle est la place de la femme dans notre société.

L’université est le creuset du savoir, un lieu où les chercheurs et les enseignants travaillent avec la seule motivation de faire avancer les sciences et les arts, partager le savoir. Transmettre la connaissance aux étudiantes et aux étudiants, à la communauté scientifique.

Dans le monde universitaire tout le monde peut réussir, en fonction de ses seules compétences, quel que soit ses origines sociales, raciales, quel que soit son sexe. Pas de népotisme, pas de passe-droits, pas de privilèges. Le plafond de verre est le problème du privé... Au sein de l’université, le harcèlement moral, le harcèlement sexuel et le sexisme n’existent pas.

Et si des actes de harcèlements sur des femmes (étudiantes ou enseignantes) existaient, il est évident qu’un établissement public ayant pour rôle de former les citoyennes et les citoyens de demain, prendrait immédiatement des mesures fortes pour stopper de tels agissements. Voici donc le monde idéal de l’université, celui qu’on imagine de l’extérieur…La réalité est tout autre.

En réalité si les femmes parlent et dénoncent des faits, on essaiera de régler les affaires au niveau local avec au mieux une petite tape sur les doigts pour le "caractériel". On parlera de « propos maladroits » ou d’ « incompatibilité d’humeur ». Après une petite tape dans le dos, on se serre la main et on passe à autre chose.

Il ne faut surtout pas crier « haro » sur ces intellectuels à la carrière bien établie, après tout oui on sait que certains harcèlent, humilient, abusent de leur position et de leur pouvoir. Tout le monde le sait, mais…ils ne méritent pas qu’on jette un voile sur leur réputation. Alors sacrifions les femmes sur l’autel du mandarinat. 

Des femmes essaient de faire entendre leurs voix pour des faits de harcèlement moral, sexuel ou de menaces dans des universités Françaises. Mais on ne fait rien. On leur conseille "de faire avec", on leur dit "qu’on est toutes passées par là" ou encore "qu’il faut savoir serrer les dents". Conseilleriez-vous ça à votre fille ?

Ne pas faire de vagues, ne pas nuire à l’institution, à sa réputation. Ne pas nuire à la carrière d’un mandarin. Et perpétuer des traditions d’un autre âge. Voilà ce qu’on nous demande de faire au dépend de la carrière des femmes (étudiantes ou titulaires). Et voilà ce que nous ne voulons plus aujourd’hui.

Celles qui ne plient pas devant les mandarins sont priées de se taire et d’aller voir ailleurs. Si elles continuent de parler, elles courent le risque d’être ostracisées. Alors à quoi bon insister ?

Pour une raison : laisser faire, ne pas dénoncer de tels comportements, c’est donner l’autorisation de continuer. C’est donner l’autorisation d’aller plus loin que le harcèlement et le « sexisme ordinaire ».

L’université est un symbole. C’est le lieu où on apprend, où l’on s’émancipe, où l’on parle librement, où l’on débat, où l’on se construit en tant qu’homme, en tant que femme, de toutes origines sociales et ethniques. Quel exemple donne l’Université si elle reste muette face à des situations ou la « hiérarchie » autorise des comportements d’oppression ?  De discrimination ? De harcèlement ?

Mesdames et Messieurs les Présidentes et Présidents d’Université, Mesdames et Messieurs les Doyennes et Doyens de faculté, que faites-vous concrètement lorsqu’on vient témoigner auprès de vous de ces situations ?

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