"Retour à la normale" en Grèce

C'était prévisible: la "gauche radicale" a perdu les élections législatives qui se tenaient en Grèce ce dimanche 7 juillet 2019. C'est ainsi que, quatre ans après une espérance déçue, le principal parti de droite, Nouvelle Démocratie, pourtant coresponsable de la situation désastreuse dans laquelle se trouve le pays, effectue un retour en fanfare.

Avec l'accession au poste de Premier Ministre de Kyriakos Mitsotakis, rejeton d'une de ces dynasties qui ont dominé, quatre décennies durant, la vie politique hellénique, se ferme la parenthèse ouverte en janvier 2015 avec la victoire de Syriza.

Ce résultat attendu est présenté, dans l'éditorial du Monde, comme un signe de "maturité bienvenue de la vie politique grecque".

Bien sûr, tout humaniste qui se respecte ne peut que se féliciter que le mouvement néonazi Χρυσή Αυγή (Aube dorée) n'ait pas tiré les marrons du feu.

Autre motif de réjouissance, selon notre éditorialiste, Alexis Tsipras "peut mettre à profit cette période dans l’opposition pour construire un vrai parti de gauche moderne, structuré et solidement implanté, à partir de ce qui n’était à l’origine qu’un mouvement populiste radical. Syriza s’est assagi, a appris les nécessités de la gestion et du compromis, et occupe désormais l’espace du parti socialiste Pasok".

Car, pour qui ne l'aurait pas encore compris, la modernité consiste à épargner toute contrariété aux marchés financiers, quitte à pressurer au maximum les populations.

Et voilà, fermons le ban! TINA! TINA! TINA!

Ils nous avaient fait une belle peur, ces gauchistes fous à lier, avec leurs velléités de s'affranchir des canons de l'orthodoxie budgétaire.

Rappelons au passage que le Pasok d'Andréas Papandréou avait conquis le pouvoir en 1981 par des slogans comme "έξω από το ΝΑΤΟ", "έξω από την ΕΟΚ" ou encore "η Ελλάδα στους Έλληνες", soit respectivement "sortons de l'OTAN", "sortons de la CEE" et "la Grèce aux Grecs".

Bien entendu, ces discours, qui de nos jours vaudraient à coup sûr à leurs auteurs l'attribution de l'étiquette "fasciste", n'ont pas été mis en pratique par les gouvernements socialistes.

Si Alexis Tsipras déclarait, au cours de sa campagne pour les élections de janvier 2015, vouloir mettre un terme aux politiques d'austérité imposées par les mémorandums, il s'est cependant privé d'un levier d'action en écartant d'entrée de jeu l'éventualité d'une sortie de la Grèce de la zone euro.

La suite est bien connue: alors même qu'il venait d'obtenir le soutien franc et massif de son peuple pour refuser un nouveau tour de vis, le Premier Ministre Tsipras a capitulé en rase campagne, avalisant un programme plus draconien encore que les précédents.

L'intégrité de la zone euro était préservée (à quel prix!), l'expérience Syriza avait fait long feu; l'issue était dès lors écrite.

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