Comparaison n'est pas raison, dit-on.
Il y a vingt ans, quasiment jour pour jour, les Bleus d'Aimé Jacquet faisaient vibrer la France "black-blanc-beur". L'équipe de France de football, sortie contre quasiment toute attente victorieuse de la Coupe du monde, se voulait alors représentative d'un pays désormais multicolore.
Hier soir, comme à l'issue de la demi-finale cinq jours plus tôt, j'assistai, depuis un bar de Seine-Saint-Denis (département où je réside), à l'explosion de joie d'une jeunesse bigarrée, prenant certes quelques libertés avec le code de la route. C'était un défilé incessant de voitures, surchargées pour certaines d'entre elles, concert de klaxons et étendards tricolores au vent (on put, soit dit en passant, relever la présence d'un petit nombre de drapeaux algériens et marocains, dont je me garderai de tirer une conclusion trop hâtive). Bref, ambiance festive, sans incident majeur à déplorer, semble-t-il.
Mais la comparaison me semble devoir s'arrêter là.
En effet, en 1998, la victoire par K.O. de l'équipe de France de football face à son adversaire brésilien, sur la pelouse du Stade de France fraîchement inauguré, était à certains égards une divine surprise. Elle s'inscrivait en outre dans une vague d'optimisme que favorisait une conjoncture économique et sociale relativement bonne. Enfin, la société française de l'époque était bien moins taraudée par les problématiques de la sécurité et du terrorisme qu'elle ne l'est actuellement.
Vingt ans plus tard, le fossé social qui sépare les "inclus" (qu'ils appartiennent à la caste des super-riches ou à celle des vrais bourgeois, faux bohèmes) du reste de la population semble devoir être de plus en plus béant. Aucune perspective d'amélioration de la situation des petites gens et des classes moyennes ne se dessine. Il est enfin à craindre que la litanie des actes terroristes (principalement le fait de l'islamisme radical) qui ont endeuillé le pays ne soit pas achevée.
Dans ces conditions, sans minimiser l'exploit des Bleus de la nouvelle génération, au demeurant anticipé sitôt l'hypothèque belge levée, je suis tenté d'y voir un événement qui aura redonné un peu de baume au cœur d'une nation meurtrie. Il en eût assurément été de même en cas de victoire à la finale du Championnat d'Europe, il y a deux ans, d'autant qu'une telle victoire sur le sol national aurait revêtu une dimension symbolique évidente.
Cependant, n'en déplaise aux commentateurs de tout poil, tout porte à croire que, passé l'euphorie, la morosité ambiante reprendra rapidement le dessus.