Ville de Paris: nouveau scandale sexuel ou vaste malentendu?

La municipalité parisienne est de nouveau dans la tourmente après la révélation sur Twitter des frasques supposées d'un de ses membres. Si la réalité des faits allégués n'est pas encore établie, cette nouvelle affaire apporte un témoignage éclairant sur la force de frappe des réseaux sociaux, face auxquels les pouvoirs institutionnels semblent de plus en plus désemparés.

À bien des égards, Maxime Cochard incarne l'apparatchik new look du PCF.

Jeune, bon chic bon genre, homosexuel affiché, ce diplômé de Sciences Po fut successivement assistant du groupe communiste à l'Assemblée nationale et collaborateur de Ian Brossat à la mairie de Paris, avant d'être élu conseiller de Paris lors des dernières élections municipales.

Un cursus honorum conforme à l'air du temps, en somme.

Et patatras! Voilà qu'un grain de sable est venu enrayer cette belle mécanique.

Une bien sombre histoire, à la vérité.

Le 21 janvier dernier, dans une salve de tweets, un certain Guillaume T., étudiant âgé de 20 ans, a accusé l'élu et son compagnon (lui aussi militant communiste) d'avoir, deux ans plus tôt, exploité la précarité de sa situation pour lui imposer des rapports sexuels.

Aussitôt, les réseaux sociaux se sont enflammés: les messages de soutien à la jeune et innocente victime ont afflué en même temps que les réactions outrées, voire vindicatives, face au cynisme du couple nomenklaturiste.

L'annonce par Maxime Cochard de sa décision de porter plainte pour diffamation a également suscité un déluge de propos incendiaires, les gardes rouges de la twittosphère y voyant certainement comme un aveu.

La cause est entendue: le crime est établi, les coupables connus, l'heure est donc pour eux à l'autocritique, prélude de l'expiation.

Voilà qui nous ramènerait, toutes proportions gardées, au bon vieux temps des procès de Moscou ou de la Révolution culturelle.

Le PCF, sans doute échaudé par la polémique qui avait accompagné, quelques mois auparavant, le tonnerre d'applaudissements à l'adresse de Christophe Girard (autre élu parisien alors mis en cause dans une affaire d'agressions sexuelles), a prié sans tarder ses deux camarades d'adopter profil bas et Maxime Cochard s'est vu retirer, séance tenante, ses délégations par le conseil d'arrondissement dont il est membre.

Rebondissement tragique de l'affaire: le 9 février, celui par qui le scandale est arrivé a été découvert pendu dans sa chambre d'étudiant, sur le campus de Nanterre.

Si l'hypothèse du suicide ne fait guère de doute, on ne sait pour l'heure, à supposer qu'on l'apprenne un jour, ce qui a pu conduire un garçon qui avait la vie devant lui à commettre l'irréparable: la souffrance engendrée par le préjudice qu'il prétendait avoir subi? le malaise d'un étudiant contraint, comme tant d'autres, par le contexte sanitaire de demeurer reclus entre quatre murs et, par conséquent, privé des joies que peut offrir la vie estudiantine? les deux, peut-être? ou autre chose, encore?

Toujours est-il que l'émotion légitime suscitée par ce drame a donné lieu à diverses manifestations; dans le même temps, les fauves étant lâchés, un tombereau d'ordures a été déversé, via Twitter notamment, sur le couple désigné à la vindicte populaire.

De leur côté, si les deux hommes sur la touche, qui depuis les révélations ne s'expriment que par l'intermédiaire d'une avocate (ce qui est leur droit au demeurant), ne contestent pas la réalité de rapports sexuels avec la victime autoproclamée, ils démentent formellement que ceux-ci fussent contraints.

Cela dit, peut-on affirmer avec certitude que ces rapports furent librement consentis ou, a contrario, qu'ils répondent à la qualification de viol ou d'agression sexuelle?

D'après les informations qui ont fuité, Maxime Cochard et son compagnon ont hébergé à leur domicile Guillaume T., qui se trouvait en galère à Paris, et c'est alors qu'une sorte de ménage à trois s'est créée.

Dans ces conditions, en admettant même que l'offre du couple incriminé fût guidée par une générosité dénuée de toute arrière-pensée, il est permis de supposer que le consentement apparent de Guillaume ait masqué un sentiment d'obligation à l'égard de ses hôtes, lesquels se seraient ainsi trouvés, consciemment ou non, dans une posture dominante.

Pour ma part, n'ayant jamais rencontré les protagonistes de l'affaire, je ne suis pas a fortiori au fait de leurs secrets d'alcôve.

Aussi, je me garderai bien d'endosser le rôle de défenseur, de procureur ou même d'enquêteur.

En définitive, même si les rumeurs ont toujours existé, cette nouvelle affaire est révélatrice, après d'autres, de la puissance de feu acquise, ces dernières années, par les réseaux sociaux, pour le meilleur ou pour le pire.

À ce propos, on pourra se reporter à la tribune publiée sur le site internet du Figaro par Benjamin Sire, le 26 janvier dernier.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.