Mais à quoi donc joue Mélenchon?

Éclat de trop, esclandre, crise de nerfs, funeste colère, Jean-Luc Mélenchon vient de démontrer ses propres limites... C'est peu dire que presse, radio, télévision ne se sont pas privées de commenter, souvent de façon critique (et c'est leur droit, d'autant que «sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur»), le coup de gueule poussé par le leader de la France insoumise lors de la perquisition menée au siège de son parti. Ajoutons à cela les applaudissements, horreur absolue, des députés lepénistes qui contrastaient avec les réactions outrées du Premier Ministre entre autres. L'intéressé n'a pas tardé à réagir avec vigueur.

On connaît depuis longtemps déjà le tempérament impétueux de l'homme; ses relations tumultueuses avec les médias ne sont plus un mystère. Mais là, un palier a été franchi, qui en a assurément laissé plus d'un pantois.

Foire d'empoigne entre insoumis et force publique, noms d'oiseaux en rafale aux différents médias (Médiapart compris)... Faut-il y voir un nouveau pétage de plombs d'un individu décidément incapable de réfréner ses ardeurs et, de fait, disqualifié pour exercer les hautes fonctions auxquelles il prétend, ou une stratégie pensée visant à créer le buzz et, par la même occasion, jeter davantage le discrédit sur des politiciens et médias honnis de l'électorat cible de LFI?

Il peut être tentant, dans la seconde hypothèse, d'opérer un parallèle avec Jean-Marie Le Pen, dont les déclarations fracassantes avaient le don, souvent au plus grand bénéfice de leur auteur, de susciter les cris d'orfraie de la «caste politico-médiatique». On se remémorera aussi le menaçant «je m'en souviendrai, mon cher monsieur, je m'en souviendrai», grondé à la face d'un fonctionnaire de police.

Cela étant, si le leader d'extrême-droite, au charisme indéniable, est parvenu, en partie grâce à cette stratégie, à fidéliser un électorat dont le poids était loin d'être négligeable, il n'en demeure pas moins qu'il est resté cantonné dans un rôle d'opposant, comme on a pu le voir, par exemple, lors du second tour de l'élection présidentielle de 2002.

Au cas présent, la stratégie, si c'en est une, de Jean-Luc Mélenchon, s'avère risquée. Certes, l'indépendance des médias vis-à-vis des cercles du pouvoir (politique et financier) relève largement du mythe. Certes, on peut débattre de la légitimité de la procédure mise en œuvre, de l'ampleur des moyens déployés, de la subordination du parquet au ministère de la Justice.

Dans le même temps, les images filmées, que nous avons vues en boucle, ne sont pas du meilleur effet, y compris auprès de bon nombre d'électeurs séduits par le candidat Mélenchon en 2017. Que n'aurions-nous pas entendu du même Jean-Luc Mélenchon si une Marine Le Pen, un Nicolas Sarkozy ou un autre, vociférant, s'était permis, dans des circonstances similaires, de bousculer un policier ou un magistrat?  D'autant qu'il n'est pas établi, pour l'heure, que les militants insoumis présents aient fait l'objet de violences volontaires de la part des fonctionnaires de police.

Bien entendu, Jean-Luc Mélenchon bénéficie, comme tout justiciable, de la présomption d'innocence. À n'en pas douter, il pourra s'appuyer, tout au long de la procédure judiciaire qui le vise, sur une défense combative. S'il n'a rien à se reprocher au plan du droit et si, de surcroît, il parvient à prouver que ses assertions quant au complot dont il serait victime sont fondées, on peut raisonnablement supposer que l'effet désastreux de la séquence écoulée s'estompera et que LFI en recueillera quelques dividendes. Dans le cas contraire...

En tout cas, pour ce qui me concerne, revendiquant ma liberté, je reste abonné à Médiapart.

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