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Billet de blog 24 février 2016

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Primaires, mode d'emploi (France, États-Unis: regards parallèles)

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Ce n'est un mystère pour personne: la campagne présidentielle bat son plein aux États-Unis tandis que l'élection du prochain Président de la République française, prévue pour avril-mai 2017 (autrement dit, demain) est dans toutes les têtes (à tout le moins, celles des politiques de tous bords et commentateurs de tout poil).

Aux États-Unis, des primaires, dont les modalités varient selon les États, sont en cours pour désigner le ou la candidat(e) de chacun des deux grands partis. Hillary Clinton, pour le Parti démocrate, et Donald Trump, pour le Parti républicain, font figure de favoris, même si une surprise est toujours possible. Le rapport de force devrait apparaître plus nettement après les deux Super Tuesdays (1er, puis 15 mars prochains). Seule certitude à ce jour: Barack Obama aura rendu les clés de la Maison Blanche le 20 janvier 2017.

Contrairement à une idée répandue (et à ce que prévoient, chez nous, les statuts du parti "Les Républicains"), la candidature du Président sortant à sa réélection ne fait pas obstacle à l'organisation de primaires par le parti dont il est issu. Dans les faits, les primaires en question mobilisent peu, le Président bénéficie d'un réflexe légitimiste et doit rarement affronter une concurrence sérieuse.

Les derniers cas de véritable compétition entre un Président sortant et un outsider de son parti remontent à 1976 et 1980. En 1976, Gerald Ford, Président républicain (et seul Président non-élu de l'Histoire des États-Unis), s'imposa de peu face à Ronald Reagan. L'ancien acteur de cinéma et gouverneur de Californie, qui incarnait l'aile droite du Parti républicain face à un Président plus modéré, l'avait emporté dans la quasi-totalité des États du Sud et de l'Ouest. Son discours à la tribune de la convention républicaine éclipsa même celui du Président-candidat investi, lequel s'inclina, lors de l'élection de novembre, face à Jimmy Carter.

En 1980, Jimmy Carter, Président démocrate empêtré dans la crise économique et dans l'affaire de la prise d'otages à l'ambassade américaine à Téhéran, fut défié par Ted Kennedy. Le sénateur du Massachusetts et benjamin de la fratrie, qui, après avoir vu ses ambitions présidentielles contrariées, était déterminé à tenter sa chance, l'emporta dans 11 États et se rallia sans grand enthousiasme à Jimmy Carter lors de la convention démocrate. Jimmy Carter fut sèchement battu par Ronald Reagan lors du scrutin présidentiel de novembre.

En France, la pratique des primaires est beaucoup plus récente qu'aux États-Unis. L'idée émise par Charles Pasqua dans la perspective de l'élection présidentielle de 1995 s'était fracassée contre les ambitions d'Édouard Balladur et de Jacques Chirac et c'est en 2009 que le Parti socialiste reprit l'idée de primaire ouverte pour la désignation de son candidat à l'élection présidentielle de 2012.

Pour la prochaine élection, on sait déjà que les postulants membres du parti "Les Républicains" (et de l'obscur Parti chrétien-démocrate) devront, en principe, se plier à l'exercice. Le doute subsiste quant à l'attitude de l'UDI: participera? partira de son côté? soutiendra le candidat LR? François Bayrou conserve, quant à lui, sa liberté; il se positionnera en fonction du résultat de la primaire.

Au Parti socialiste, les grandes manœuvres sont en cours (et à peine cachées) pour contourner les statuts et éviter à François Hollande une compétition interne qui, compte tenu du rejet de sa personne dans le pays, a toutes les chances de lui être fatale. Le fantôme du 21 avril 2002 est opportunément ressorti du placard et les appels à l'union sacrée fusent. Un panel de personnalités a appelé, pour conjurer le mauvais sort, à une primaire commune à l'ensemble des forces dites de gauche ou de progrès. Cette option est de toute manière rejetée par Jean-Luc Mélenchon, pour des raisons qui semblent claires.

En tout état de cause, les appels à l'unité à gauche comme à droite, éventuellement par le biais de primaires dont le résultat s'imposerait à tous, font fi d'une réalité de notre pays. En effet, si le système politique de la Vème République favorise la bipolarisation, les Français demeurent rétifs au bipartisme à l'anglo-saxonne.

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