Égalité des sexes: quand un juste combat dérape.

Depuis 44 ans, le 8 mars est la Journée internationale des femmes, occasion d'exprimer des revendications tout à fait légitimes pour bon nombre d'entre elles. Cela dit, depuis une vingtaine d'années, certains esprits prétendent faire de la langue française un terrain d'action pour promouvoir l'égalité entre hommes et femmes, ce qui confine parfois au ridicule. Halte au massacre!

Que l'on ne s'y trompe pas: l'auteur (sans e, je l'assume) de ce billet n'est ni un misogyne primaire ni un phallocrate aigri.

L'allégorie de la Liberté qui illustre ce blog peut en témoigner.

Mais la vérité m'oblige à le dire: je ne suis pas favorable au recours à l'écriture dite inclusive.

Premièrement, cette écriture que l'on nomme aussi épicène ou dégenrée (oserais-je insinuer qu'elle émane d'esprits dégénérés?) complexifie une orthographe qui déjà est loin d'être simple. Je plains les futurs écoliers des deux sexes si leurs premiers livres de lecture sont rédigés dans un tel volapük. Et que dire de la prononciation? Le risque de "mégenrage" (mais j'enrage!) ne s'en trouverait-il pas accru?

Deuxièmement, je doute que le recours systématisé à cette manière d'écrire, que certaines personnes seraient tentées de nous imposer, serve la cause de l'égalité entre hommes et femmes.

Troisièmement enfin, je trouve absurde que l'évolution de notre langue, qui est celle de la République (personnifiée par une figure féminine, d'ailleurs), soit imposée à coups de décrets.

La langue française telle que nous la connaissons est le résultat d'une longue évolution, qui n'est pas achevée.

Il n'appartient qu'à ses locuteurs et locutrices de décider de ses évolutions futures.

Ce principe vaut également pour l'adoption de noms féminins lorsque les métiers ou fonctions qu'ils désignent sont exercés par des femmes.

De ce point de vue, l'emploi au féminin de noms comme ministre, juge ou maire ne pose guère de problème et on peut considérer qu'il est passé dans le langage courant.

En revanche, les termes professeure, auteure ou défenseure sont impropres d'un point de vue grammatical, le féminin en -eure étant dérivé du comparatif latin de supériorité (on citera par exemple ultérieure, supérieure ou meilleure) ; il eût été préférable à mon sens, si l'on tenait à forger des noms féminins, d'opter pour professeuse, autrice ou défenseresse (sur les modèles de coiffeuse, directrice ou défenderesse).

Curieusement, nul ne semble s'émouvoir, a contrario, du fait que des noms comme sentinelle, vigie ou encore victime sont systématiquement employés au féminin.

En tout état de cause, c'est à l'usage qu'il reviendra de trancher le débat.

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