Le grand chambardement

Selon toute vraisemblance, l'outsider Emmanuel Macron, novice en politique et candidat "hors partis", sera le prochain Président de la République. Quitte à jouer avec les mots, une recomposition profonde du paysage politique français semble en marche. En outre, un bouleversement dans la pratique des institutions de la Cinquième République n'est pas à exclure.

Décidément, le peuple français a l'art de faire mentir les pronostics, de déjouer les scénarios écrits d'avance.

En effet, depuis l'instauration de l'élection du chef de l'État au suffrage universel direct, tous les scrutins présidentiels ont réservé leur lot de surprises, d'une ampleur variable.

De ce point de vue, l'édition de 2017 aura battu les records: de l'échec des favoris des sondages aux primaires de la droite et du PS à l'éjection, au premier tour du scrutin, des candidats des deux grands partis de gouvernement, par ailleurs vainqueurs desdites primaires.

Il n'est d'ailleurs pas certain que les deux partis en question survivent à ce mini-tremblement de terre.

Selon un vieil adage, impossible n'est pas français; la probabilité est cependant très forte, compte tenu de la configuration du second tour de cette élection présidentielle, qu'Emmanuel Macron s'installe au palais de l'Élysée dans les prochains jours.

Emmanuel Macron, le maître d'œuvre de la politique économique du quinquennat qui s'achève, de cette politique même qui a valu au futur ex-chef de l'État un rejet dans l'opinion sans précédent par son ampleur, aura ainsi réalisé l'exploit de se présenter comme un homme neuf et de se dissocier du bilan d'un gouvernement dont il était pourtant partie prenante, et ce malgré les tentatives désespérées de François Fillon de le faire apparaître comme l'héritier et le continuateur du Président sortant.

Sur ce point, un parallèle peut être établi avec le candidat Nicolas Sarkozy de 2007, mais la comparaison s'arrête là.

En effet, alors que la candidature de Nicolas Sarkozy était soutenue, portée même, par un bloc politique clairement identifié et relativement homogène, Emmanuel Macron a rallié à son panache un attelage hétéroclite de circonstance, allant de Robert Hue et Patrick Braouezec à Jean-Louis Debré et Dominique de Villepin en passant par Daniel Cohn-Bendit, Gérard Collomb, François Bayrou, Alain Minc, etc.

La jeunesse du candidat et son positionnement "hors partis" ont fait le reste, bien plus que son programme.

De cet attelage, émergera-t-il une majorité parlementaire (ou présidentielle) à l'issue des prochaines élections législatives? À ce jour, nul ne peut l'affirmer avec certitude.

Et si le Président fraîchement élu se voyait d'emblée contraint de s'accomoder d'une cohabitation (ce dont rêvent déjà à voix haute quelques "gueules cassées" du premier tour de la présidentielle, à l'instar de François Baroin ou Christian Estrosi)?

Voilà qui pourrait mettre à mal la "monarchie républicaine" et, qui sait, redonner quelques couleurs à un Parlement confiné depuis de longues années dans un rôle de chambre d'enregistrement.

Le champ des possibles semble donc plus que jamais ouvert.

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