Algérie : Mort en prison d'un militant des droits de l'Homme.

"Tu étais seul dans cette prison infâme au milieu de tes bourreaux, mais tu es des millions au milieu des tiens!"

fekhar
Kameleddine Fekhar est mort en prison aujourd'hui après une longue grève de la faim pour dénoncer son incarcération et un acharnement judiciaire. Grève de la faim qu'il a souhaité suspendre pourtant. Ils l'ont laissé mourir pour faire taire cette voix humaniste, médecin des pauvres dans sa ville de Ghardaïa, leader charismatique du mouvement contre le racisme et la discrimination religieuse que subit la population de la région berbérophone du Mzab.
Kameleddine s'est retrouvé en détention provisoire le 22 mars 2019. Après avoir dénoncé dans une interview le traitement discriminatoire à l'égard des Mozabites, cette communauté du sud algérien qui a ses coutumes propres, son rite religieux différent et qui lui valent depuis toujours l'animosité du régime central arabiste et sunnite d'Alger, et une discrimination que le Dr Fekhar a plusieurs fois décrit comme un apartheid.
Plusieurs membres de cette communauté sont en prison sans jugement et certains d'entre eux y ont trouvé la mort après avoir subi des humiliations. "En détention, les détenus mozabites ont été dépouillés de leurs signes identitaires, pantalon et chéchia, en leur disant « vous êtes des arabes ». On les a même privés de papier hygiénique", témoigne M. Abdellah Zekri, le président du Collectif des mozabites d’Europe.
A cela se sont ajoutés, sous l'ère Bouteflika, la prédation des terres et la prévarication des autorités locales, judiciaires et administratives, qui ont spolié et chassé de leurs terres ancestrales des dizaines de familles. Poussant aux affrontements intercommunautaires afin de créer le chaos et de couvrir les affaires de corruption.
Dans une vidéo mise en ligne quelques heures après l'annonce du décès, l'avocat et militant des droits humains Salah Dabouze a déclaré qu'il avait à maintes reprises tiré la sonnette d'alarme sur la détérioration de l'état de santé du Dr Fekhar (et de celle de son codétenu Aouf Hadj Brahim) en vain. « J’accuse toutes les autorités judiciaires et administratives qui ont traité ce dossier. J’appelle les autorités centrales et onusiennes à examiner le dossier. Il n’y a que le dossier qui peut nous dire si Fekhar a commis des actes graves. Il n’a rien fait, il n’a fait qu’une interview sur ma page », a-t-il ajouté.
Ce soir Amnesty International dénonce une "honte" pour l'Algérie et exige l'ouverture d'une enquête.

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