Dépenses publiques vs. dette publique : article des "Echos"

Tiens ? Malgré l'inquiétude qu'éprouvent chaque jour en se levant nos concitoyens quant au montant de la dette (la pauvre, la malheureuse dette !), ceux-ci ne souhaitent pas réduire cette chose bizarre et toujours hypertrophiée que l'on nomme la dépense publique.

Je me réfère ici à cet article paru dans Les Echos, "Malgré l'inquiétude sur la dette, les Français ne veulent pas réduire les dépenses publiques" (19 avril 2021). L'auteur évoque un sondage récent et évoque par ailleurs les pistes envisagées, comme une taxation des hauts revenus.

Développons les termes du problème :

1- En pleine crise sanitaire, économique et sociale, politique (coucou le Conseil de Défense !) et environnementale, curieusement, les Français souhaitent que l'Etat continue à investir dans la vie de ses citoyens. Et parmi eux, une pensée spéciale pour :

- le million de nouveaux pauvres que comprend le pays depuis 1 an

- les étudiants faisant la queue devant les banques alimentaires

- les entrepreneurs en arrêt forcé (restauration, culture...)

- les salariés en chômage partiel

- les personnels médicaux catastrophés devant le manque persistant de moyens malgré les conditions de crise !

- idem pour ceux du secteur social

Quelle surprise !

2- Il y aurait par ailleurs une "inquiétude" au sujet de la dette. Inquiétude de qui ? A quel propos ? Quant à son existence ? Quant à son montant ? Ou quant à l'hypothèse de son non-remboursement ? Ou à propos du montant des intérêts de celle-ci ?

a) Pour rappel : dans la présentation de cette information, quasiment tous les journaux emploient depuis une éternité un biais intellectuel trompeur. Je m'explique.

- La dette est une somme globale dont le remboursement hypothétique est planifié sur plusieurs années.

- Le PIB, c'est-à-dire la somme des valeurs ajoutées créées dans un pays, est une somme concernant une année donnée.

Donc rapporter le montant d'une dette au montant d'un PIB, cela s'apparente à rapporter le montant d'un emprunt bancaire au montant de votre salaire annuel. Imaginons un salarié touchant 2000 x 12 = 24 000 € nets par an, ayant à rembourser un emprunt bancaire immobilier de 100 000 €.

100 000 : 24 000 =4,17 = 417%

Avec le même type de présentation trompeuse, on pourrait affirmer qu'il est "endetté à 417%". L'absurdité de cette schématisation apparaît déjà.

De plus, la différence entre la fortune et la dette d'un ménage ou d'une entreprise, et celles d'un pays, c'est qu'un pays n'est pas voué à disparaître un jour. Les rapports qu'entretiennent les premiers ou le second avec leurs créanciers ne sont donc pas exactement les mêmes.

Surtout si vous êtes la France, c'est-à-dire la 2e puissance de l'Union européenne après l'Allemagne, et non la Grèce des années 2010 qui était non seulement cernée de créanciers mais sous la pression énorme des pays européens (Allemagne, France, etc.) qui auraient dû être ses alliés au lieu de la trahir économiquement.

b) Ensuite, qu'en est-il du pourcentage de cette dette ? (données de 2015-2016)

- Ratio dette sur PIB de la France : 98%. Le montant total de la dette publique française équivaut à 98% de son PIB annuel.

Maintenant, attention :

- Moyenne mondiale : 64%.

Et d'autres exemples de pays du G8 :

- Etats-Unis : 74%.

- Royaume-Uni : 90%.

- Canada : 99%.

- Japon : 235% (le Japon n'étant pas l'exemple d'un pays en ruine)

 

Donc effectivement, pour revenir à cet article du journal "Les Echos", nous pouvons comprendre que malgré cette mystérieuse "inquiétude" à propos de la dette, les Français souhaitent que l'Etat continue à exister et à jouer son rôle, au moins encore un petit paquet d'années.

Et en plus, avec cette idée d'une taxe sur les plus hauts revenus... Nous allons de surprise en surprise (surtout quand on écrit pour "Les Echos").

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