Cannabis en Algérie (1934)

Extrait d'un rapport de l'Administration française envoyé à la Société des Nations en 1934. "Dans la région de Souk-Ahras, les indigènes fument un mélange de kif, de tabac et d'opium, connu sous le nom de "chira". Dans la région de Tlemcen, par contre, le kif est utilisé en infusion ou mâché..."

oc1542

ALGÉRIE.

     La législation relative à l'importation à l'exportation, au commerce, à la détention et à l'usage des substances vénéneuses en vigueur en Algérie est la même que celle existant dans la métropole. Le décret du 9 février 1917 promulguant le décret du 14 septembre 1916, qui est à la base de la réglementation française, a été complété par un décret du 12 janvier 1932 rendant applicable à l'Algérie le décret du 20 mars 1930, celui-ci interdit, par son article 31, à moins d'autorisations spéciales, toutes opérations industrielles et commerciales relatives aux stupéfiants.1 Pour éviter des erreurs d'interprétation qu'avait soulevées devant certains tribunaux le mot "haschisch", celui-ci a été remplacé dans le nouveau décret par les expressions : "chanvre indien, résine de chanvre indien, préparations à base de chanvre indien, extraits ou teintures de chanvre indien".

     La mise en vigueur de ce décret du 12 janvier 1932 et son application rigoureuse par le Service de la sécurité générale et par le Service des douanes ont réduit dans de fortes proportions en Algérie, sinon supprimé totalement, la culture et l'usage du chanvre indien.1

     Bien avant l'introduction de ces mesures législatives, les corps constitués d'Algérie avaient étudié la manière de réglementer en particulier la préparation, l'usage, la vente, la mise en vente et la circulation du "kif" (nom donné en Algérie au chanvre indien haché menu). Le Conseil général d'Alger et le Conseil départemental d'Hygiène, en 1881, le Conseil général du Département de Constantine, en 1915, statuant sur un voeu émis par les Conseillers généraux indigènes, et le Conseil de Gouvernement avaient, la même année, essayé d'enrayer la tendance des Musulmans à s'adonner au haschisch. Le nombre des intoxiqués qui trouvaient dans l'usage du kif un dérivatif à la défense de consommer des boissons fermentées allait en effet en augmentant.

     La culture du chanvre indien se pratiquait encore il y a quelques années dans certains douars situés au sud des Départements d'Oran et de Constantine. Elle constituait pour les indigènes, qui ne disposaient que de terrains assez limités, insuffisants pour la grande culture, une source de revenus importants. La vente de la récolte s'effectuait surtout à Biskra et dans les oasis voisines. Elle pouvait atteindre plusieurs quintaux par mois.

     La consommation se fait sous deux formes différentes: Dans la région de Souk-Ahras, les indigènes fument un mélange de kif, de tabac et d'opium, connu sous le nom de "chira". Dans la région de Tlemcen, par contre, le kif est utilisé en infusion ou mâché. Il est aussi mélangé à du miel, à de la poudre d'opium, à de l'huile, a des clous de girofle dans la composition d'une mixture désignée sous le nom de "madjoun".

     Une surveillance étroite exercée aux frontières a permis de saisir, en 1926, à La Calle (Constantine), 20 kgs de haschisch, en 1927, à Tebessa (Constantine), 80 kg. et a El Oued (Territoire du Sud) 18 kg. en avril 1928. En 1931, la quantité saisie pour l'Algérie entière ne fut que de 660 grammes.

     Au cours des deux premiers trimestres de 1933, aucune importation ou exportation n'a été constatée.


1 On peut se demander si ce décret vise formellement la "culture" du chanvre indien, qui n'est Pas mentionnée expressément dans le texte du décret visant la France, étant donné que le chanvre indien n'est pas cultive en France (Note du Secrétariat de la Société des Nations)

 


 

Source : Société des Nations, Commission consultative sur le traffic de l'Opium et autres Drogues Nuisibles (1934). Note préliminaire sur les aspects principaux du problème du chanvre indien et sur la législation y relative en vigueur dans certains pays. (O.C.1542) du 23 Mai 1934.

Voir pages 54 et 55.

Archivé sur : https://archive.org/details/LoN1934-O.C.1542

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