Y a-t-il un droit à l'antisémitisme?

Après plusieurs dénis et mensonges, Yann Moix a finalement avoué être l’auteur des articles du journal Ushoaia, un journal étudiant antisémite. Outre l’affaire en elle-même, ce qui frappe surtout c’est le nombre de soutiens et de tribunes qui lui ont été apportés par certains médias et quelques journalistes et personnalités.

Après plusieurs dénis et mensonges, Yann Moix a finalement avoué être l’auteur des articles du journal Ushoaia, un journal étudiant antisémite. Outre l’affaire en elle-même, ce qui frappe surtout c’est le nombre de soutiens et de tribunes qui lui ont été apportés par certains médias et quelques journalistes et personnalités comme on a pu le voir lors de l'émission On n'est pas couchés, ou avec les prises de position de Bernard Henri-Lévy ou Eric Naulleau.

Il serait aussi facile de comparer ce traitement bienveillant à celui réservé à d’autres personnalités comme l'auteur Mehdi Meklat ou la chanteuse Mennel obligée de quitter le télécrochet The Voice après avoir vu une poignée de tweets complotantes exhumés sur les réseaux sociaux mais ce n’est pas notre propos ici.

Entendons-nous bien, le racisme, l’antisémitisme ou encore l’islamophobie doivent être combattus à chaque occasion et ce, quelle que soit la personne qui tient des propos de cette nature.

La notion de pardon est louable, l’opinion ou plutôt le monde médiatique a décidé que cette offense était non avenue et de ne pas en tenir rigueur au coupable Yann Moix. 

Ce qui interroge dans cette histoire est l'identité de celui qui a tenu ces propos antisémites. Sans tomber dans les cliché, il est difficile de ne pas remarquer qu'il s'agit d'un homme blanc, cultivé, célèbre et que de fait il bénéficie d'un passe-droit. On note qu’on lui a laissé une tribune pour s’expliquer mais pas n’importe laquelle, une tribune dans l'émission dont il a été salarié et produite par la même personne que l'émission qu'il anime sur Paris première. On n'est pas couchés est aussi une émission dont il connaît tous les rouages car il en a été l’acteur principal des années et durant, au cours desquelles il n’a pas hésité à mettre à mort plusieurs invités pour des faits nettement moins répréhensibles.

Nous n’avons pas vu d’appels à boycotter son livre lui-même en proie à une polémique familiale d’un autre genre. 

Est-ce qu’aujourd’hui en France lorsqu'on dispose d’un réseau, on a le droit de tenir des propos antisémites abjects en se dédouanant sous couvert de sa jeunesse et en affichant un air contrit, les larmes aux yeux et s’en sortir sans conséquences? 

La réponse est oui si l’on en croit BHL qui se pose comme toujours en roi Salomon et qui a tranché en le soutenant, qualifiant son repentir de sincère. À ses yeux, le jeune antisémite a réussi à combattre ses démons en empruntant un long cheminement intellectuel. 

Il convient donc de lui tendre la main. Mais alors pour tous ces autres antisémites, a-t-on essayé de les comprendre, de faire évoluer leur pensée par la lecture d’ouvrages par exemple ? 

L’égalité des chances, comme dans le système éducatif, ne semble pas tout à fait être être une réalité pour tous. Soit vous êtes soutenus par les bonnes personnes et tout vous sera pardonné, soit vous ne l’êtes pas et la moindre incartade, fut-ce quand vous étiez mineur, sera condamnée par la morale sur le champ. Sans espoir de pardon. 

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