Farida Zerouala
Abonné·e de Mediapart

1 Billets

0 Édition

Billet de blog 2 sept. 2019

Y a-t-il un droit à l'antisémitisme?

Après plusieurs dénis et mensonges, Yann Moix a finalement avoué être l’auteur des articles du journal Ushoaia, un journal étudiant antisémite. Outre l’affaire en elle-même, ce qui frappe surtout c’est le nombre de soutiens et de tribunes qui lui ont été apportés par certains médias et quelques journalistes et personnalités.

Farida Zerouala
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Après plusieurs dénis et mensonges, Yann Moix a finalement avoué être l’auteur des articles du journal Ushoaia, un journal étudiant antisémite. Outre l’affaire en elle-même, ce qui frappe surtout c’est le nombre de soutiens et de tribunes qui lui ont été apportés par certains médias et quelques journalistes et personnalités comme on a pu le voir lors de l'émission On n'est pas couchés, ou avec les prises de position de Bernard Henri-Lévy ou Eric Naulleau.

Il serait aussi facile de comparer ce traitement bienveillant à celui réservé à d’autres personnalités comme l'auteur Mehdi Meklat ou la chanteuse Mennel obligée de quitter le télécrochet The Voice après avoir vu une poignée de tweets complotantes exhumés sur les réseaux sociaux mais ce n’est pas notre propos ici.

Entendons-nous bien, le racisme, l’antisémitisme ou encore l’islamophobie doivent être combattus à chaque occasion et ce, quelle que soit la personne qui tient des propos de cette nature.

La notion de pardon est louable, l’opinion ou plutôt le monde médiatique a décidé que cette offense était non avenue et de ne pas en tenir rigueur au coupable Yann Moix. 

Ce qui interroge dans cette histoire est l'identité de celui qui a tenu ces propos antisémites. Sans tomber dans les cliché, il est difficile de ne pas remarquer qu'il s'agit d'un homme blanc, cultivé, célèbre et que de fait il bénéficie d'un passe-droit. On note qu’on lui a laissé une tribune pour s’expliquer mais pas n’importe laquelle, une tribune dans l'émission dont il a été salarié et produite par la même personne que l'émission qu'il anime sur Paris première. On n'est pas couchés est aussi une émission dont il connaît tous les rouages car il en a été l’acteur principal des années et durant, au cours desquelles il n’a pas hésité à mettre à mort plusieurs invités pour des faits nettement moins répréhensibles.

Nous n’avons pas vu d’appels à boycotter son livre lui-même en proie à une polémique familiale d’un autre genre. 

Est-ce qu’aujourd’hui en France lorsqu'on dispose d’un réseau, on a le droit de tenir des propos antisémites abjects en se dédouanant sous couvert de sa jeunesse et en affichant un air contrit, les larmes aux yeux et s’en sortir sans conséquences? 

La réponse est oui si l’on en croit BHL qui se pose comme toujours en roi Salomon et qui a tranché en le soutenant, qualifiant son repentir de sincère. À ses yeux, le jeune antisémite a réussi à combattre ses démons en empruntant un long cheminement intellectuel. 

Il convient donc de lui tendre la main. Mais alors pour tous ces autres antisémites, a-t-on essayé de les comprendre, de faire évoluer leur pensée par la lecture d’ouvrages par exemple ? 

L’égalité des chances, comme dans le système éducatif, ne semble pas tout à fait être être une réalité pour tous. Soit vous êtes soutenus par les bonnes personnes et tout vous sera pardonné, soit vous ne l’êtes pas et la moindre incartade, fut-ce quand vous étiez mineur, sera condamnée par la morale sur le champ. Sans espoir de pardon. 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Aurélien Rousseau, l’autre caution de gauche de Matignon
Le nouveau directeur de cabinet d’Élisabeth Borne, Aurélien Rousseau, a été directement choisi par Emmanuel Macron. Sa réputation d’homme de dialogue, attentif aux inégalités, lui vaut de nombreux soutiens dans le monde politique. D’autres pointent sa responsabilité dans les fermetures de lits d’hôpitaux en Île-de-France ou dans le scandale du plomb sur le chantier de Notre-Dame.
par Ilyes Ramdani
Journal
Législatives : pour les femmes, ce n’est pas encore gagné
Plus respectueux des règles de parité que dans le passé, les partis politiques ne sont toujours pas à l’abri d’un biais de genre, surtout quand il s’agit de réellement partager le pouvoir. Nouvelle démonstration à l’occasion des élections législatives, qui auront lieu les 12 et 19 juin 2022.
par Mathilde Goanec
Journal
Climat : militer dans l’urgence
Une quinzaine de départements français sont touchés par la sécheresse, dix ont déjà dépassé le seuil d’alerte. On en parle avec Simon Mittelberger, climatologue à Météo-France, Cécile Marchand d’Alternatiba et Les Amis de la Terre, et Julien Le Guet, du collectif Bassines non merci.
par À l’air libre
Journal
Orange : la journée des coups fourrés
Redoutant une assemblée générale plus problématique que prévu, la direction du groupe a fait pression sur l’actionnariat salarié pour qu’il revienne sur son refus de changement de statuts, afin de faire front commun pour imposer la présidence de Jacques Aschenbroich. Au mépris de toutes les règles de gouvernance et avec l’appui, comme chez Engie, de la CFDT.
par Martine Orange

La sélection du Club

Billet de blog
Qu’est-ce qu’un premier ministre ?
Notre pays a donc désormais un premier ministre – ou, plutôt, une première ministre. La nomination d’E. Borne aux fonctions de premier ministre par E. Macron nous incite à une réflexion sur le rôle du premier ministre dans notre pays
par Bernard Lamizet
Billet de blog
Qui est vraiment Élisabeth Borne ?
Depuis sa nomination, Élisabeth Borne est célébrée par de nombreux commentateurs comme étant enfin le virage à gauche tant attendu d'Emmanuel Macron. Qu'elle se dise de gauche, on ne peut lui retirer, mais en la matière, les actes comptent plus que les mots. Mais son bilan dit tout le contraire de ce qu'on entend en ce moment sur les plateaux.
par François Malaussena
Billet de blog
De l'art de dire n'importe quoi en politique
Le problème le plus saisissant de notre démocratie, c’est que beaucoup de gens votent pour autre chose que leurs idées parce que tout est devenu tellement confus, tout n’est tellement plus qu’une question d’image et de communication, qu’il est bien difficile, de savoir vraiment pour quoi on vote. Il serait peut-être temps que ça change.
par Jonathan Cornillon
Billet de blog
par Fred Sochard