A quoi sert la culpabilité coloniale?

L’idée de la culpabilité coloniale est intéressante, les politiciens français ne cessent de la remuer à chaque occasion. N'est-ce pas une manière de maintenir le déni des crimes coloniaux?

A quoi sert la culpabilité coloniale ?

  Lors de son dernier passage sur la chaine française Arte, Kamel Daoud ainsi que deux historiens français ont débattu sur la question coloniale en Algérie sous le titre : La France peut-elle regarder en face son passé colonial ? La question est revenue à l’actualité à l’occasion de la polémique suscitée par les propos de Macron qui a parlé de crimes coloniaux en Algérie dans le cadre de sa stratégie électorale. Comme prévu, ceci a provoqué un tollé, notamment chez les politiciens comme à chaque occasion. Une vidéo fut diffusée qui montre des français—il s’agit des rapatriés français d’Algérie—reprocher à Macron le fait de leur avoir attribués des crimes qu’ils n’avaient pas commis. Nul besoin de s’attarder sur les propos de Fillon qui dit que la France s’est suffisamment culpabilisée au sujet du colonialisme alors qu’elle n’a fait que « partager sa culture » avec les peuples d’Afrique et d’Asie. S’il y avait une quelconque culpabilité, on l’aurait poursuivi en justice pour de tels propos.  

L’idée de la culpabilité coloniale est intéressante et les politiciens français ne cessent de la remuer à chaque occasion. Elle est évoquée à chaque fois il s’agit de critiquer tout ce qui est en lien avec l’arabe ou le musulman comme ce fut le cas lors de la polémique sur l’affaire de Cologne où l’on a parlé d’une gauche figée dans sa culpabilité coloniale.

Nous sommes en droit de se demander ici de quelle culpabilité s’agit-il quand il a fallu des décennies pour reconnaître, dans un parlement pratiquement vide, qu’il s’agissait bel et bien d’une guerre ? Décidément, on est très loin de reconnaître les crimes commis par l’armée française. Mais encore de qui parle-t-on exactement quand on parle de culpabilité coloniale ? le peuple français ? Le peuple français reste très mal informé sur la guerre d’Algérie comme l’atteste l’historien Benjamin Stora qui dit « Qui en France sait que deux millions de paysans algériens ont été déplacés hors de leurs terres, les Français ne le savent pas ; que le napalm a été utilisé en Algérie, les Français ne le savent pas ; savoir qu’en moyenne (d’après les plus basses estimations) il y a eu environ 100 Algériens par jour qui ont été tués, qui le sait chez les Français ? » Il parlait notamment des jeunes français.

L’historienne invitée sur Arte n’a trouvé de meilleurs exemples pour illustrer la violence de la colonisation en Algérie que la violence de l’apprentissage d’une langue étrangère imposée. On se demande de quelle violence parle-t-on lorsqu’on sait que neuf algériens sur dix ne savaient ni lire ni écrire. Les exemples de violences subit par les algériens manquent-ils à ce point ? notamment quand on sait que la barbarie a été commise au cœur de la France, avec la noyade des dizaines d’algériens et d’algériennes dans la seine juste pour avoir manifesté. Il s’agit probablement de la répression la plus violente subit par une manifestation pacifique dans l’histoire de l’occident moderne. Mais le discours de cette historienne n’est pas très étonnant lorsqu’on sait que la chaine Arte elle-même n’a jamais fait un seul documentaire sur la guerre d’Algérie. Donc de quelle culpabilité s’agit-il au juste ?

 

Tout compte fait, et à part le fait de vouloir éviter tout dédommagements éventuels aux algériens notamment concernant les essais nucléaires, ce discours vise à faire des français des complices. Ce n’est pas le peuple français qui a ordonné les crimes et a créé la ségrégation. Il est vrai qu’il existe toujours une partie du peuple qui soutient de telles politiques, mais ils restent relativement minoritaire. Parler de culpabilité des français c’est faire d’eux des complices dans l’espérance de maintenir le déni des crimes coloniaux. C’est là que se situe le nationalisme pernicieux, celui de l’expression chauvine : « Qu’elle ait tort ou qu’elle ait raison, c’est ma patrie ! », Chesterton rétorque que cela revenait à dire : « sobre ou ivre, c’est ma mère ».  Le peuple n’a pas à se sentir coupable, mais il faut qu'il condamne tout politicien qui parle en son nom pour cautionner les crimes coloniaux ou toute autre injustice.

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