Cachez cette religion que je ne saurais voir

L'Islam, sujet clivant dans notre société, est régulièrement traité, conspué au sein de nos médias. Quelle est la place qu'on lui accorde en France et au-delà de nos frontières? Qui sont ceux qui confisquent la parole sur ce sujet et s'érigent en fins connaisseurs, en donneurs de leçons? Comment les musulmans vivent-ils ce climat délétère? Autant de questions auxquelles je tente de répondre.

1- Quand l’histoire s’en mêle

L’Islam est apparu au VII siècle en Arabie. Portée par la voix de son prophète Mohammed cette religion s’étend à travers le monde jusqu’à être embrassée aujourd’hui par environ 2 milliards de fidèles.
Tout comme les deux autres religions monothéistes, le Christianisme et le Judaïsme, elle a ses particularités.

Elle se base sur ses 5 piliers, les commandements divins : La Shahada (profession de foi), la prière 5 fois par jour, la Zakât (l’aumône), le pèlerinage à la Mecque pour ceux et celles qui sont en bonne santé et qui en ont les ressources financières et enfin le jeûne du mois de ramadan pour ceux et celles dont la santé le permet. 

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L’Islam est resté pendant longtemps une religion connue mais dont on ignore finalement tout.
Elle
intrigue tout autant qu’elle inquiète et les récents événements de par le monde ont largement participé à la rendre équivoque, effrayante, dangereuse. Les attentats de New York en 2001 éclabousseront son image et la dénatureront de son essence.

L’image du musulman se dessine alors dans l’imaginaire collectif et devient cet homme portant une grosse barbe empêchant de deviner une partie de son visage, aux traits agressifs, au sourire absent et à l’air inquiétant. Il porterait de jour comme de nuit une longue djellaba blanche avec un pantalon au-dessous. Il aurait 3 voire 4 femmes qui vivraient toutes sous le même toit, partageant ainsi les corvées domestiques et l’éducation des nombreux enfants résultant de ses unions. Toutes ses femmes seraient voilées bien entendu, vêtues de noir, couleur de la discrétion, et soumises et obéissantes. Le chef de famille est physiquement violent quand il le juge bon et/ou nécessaire, et les femmes qui reçoivent ses coups ne mouftent pas pensant bien les mériter. Evidemment le chef de famille ne travaille pas mais bénéficie allègrement des allocations et autres aides versées généreusement par cet état qui pose sur lui un regard plein de jugement. Ses femmes ne travaillent pas non plus. Pas question de les mêler à la présence d’autres hommes. Elles vivotent, entre tâches ménagères et enchainement des grossesses.

Qui a fabriqué cette image ? Une image qui s’immisce doucement, dangereusement, insidieusement dans les esprits de ceux qui ne les connaissent pas, ne les côtoient pas, de ceux qui s’en méfient comme de la peste parce qu’ils jugent qu’ils vivent à un autre siècle, qu’ils sont rétrogrades et n’ont pas leur place dans la société française.

Qui blâmer ?
Les médias ? Les politiques ? Les terroristes ? Les musulmans eux-mêmes ?
La liste des coupables peut s’avérer bien longue.
Je ne nie pas le fait qu’il existe des
hommes polygames chez les musulmans, tout comme il en existe chez les mormons, ou chez d’autres personnes en France et ailleurs, et que la société nommera avec bienveillance les « poly-amoureux ».
C’est pourtant exactement le même principe. Les poly-amoureux, tout comme les polygames, vivent avec plusieurs partenaires, ont souvent des enfants avec chacun d’entre eux/elles et tout se passe exactement de la même manière sauf qu’ils ne sont pas musulmans. On dira donc d’eux que ce sont des poly-amoureux, des personnes qui s’aiment à plusieurs. La société a inventé un mot rien que pour eux, chanceux qu’ils sont. Le terme est doux, positif presque. Tout paraît sain, normal quand on change la sémantique. Mais alors pourquoi ce traitement de faveur ?
Pourquoi cette pratique très répandue chez les mormons aussi (branche de la communauté Chrétienne vivant principalement aux Etats-Unis mais pas que) ne soulève t-elle pas l’indignation dans un pays où pourtant la polygamie est o
fficiellement interdite ? Pourquoi le musulman polygame ne serait-il pas lui aussi considéré comme poly- amoureux ?

Certainement parce qu’il est musulman, reconnaissons-le.
Ah ! le musulman ! Souvenez-vous, c’est l’homme potentiellement violent, aux 4 femmes, à la barbe hirsute et à la djellaba blanche...
Celui qui marche systématiquement avec un Coran sous le bras et travaille à convertir tous ceux qu’il croise !
Inutile de souligner le caractère ironique de ces dernières phrases, vous m’aurez compris.

Pendant longtemps ce fut pourtant cette image du musulman, cette idée qui prédominait dans l’esprit de beaucoup. Peut-être que ça l’est encore dans une majorité d’esprit.
Je le sais car il su
ffit d’échanger avec les personnes qui sont dans votre quotidien pour en prendre conscience. Je me souviens qu’une fois mon bac en poche j’ai décidé de faire un emprunt bancaire pour poursuivre mes études à l’étranger. Je suis la procédure réglementaire et prends rendez-vous avec mon banquier (homme blanc d’une quarantaine d’années, il est bon de le préciser). C’est une petite banque de quartier donc les banquiers connaissent bien chacun de leurs sociétaires. Le mien sait que j’ai un grand frère qui suit des études dans le supérieur. Je lui explique mon projet et avant même d’arriver au bout il m’interromps pour dire « je vois, le garçon c’est papa qui lui paye ses études et vous comme vous êtes JUSTE (il insiste sur le juste) une fille vous devez vous débrouillez ! C’est comme ça dans les familles maghrébines, on donne tout aux garçons et rien aux filles ».
Sa conclusion m’a scotchée. Il a déduit de lui même que si je demandais un prêt c’est parce que mon père refusait de payer mes études, pour seul motif que je suis une fille, que ma place était sans doute, dans sa tête, à la maison. Cela n’avait évidemment rien de vrai. Il ignorait que mon frère cumulait les petits boulots parallèlement à ses études et que moi aussi je voulais, comme à mon habitude d’ailleurs, JUSTE me débrouiller seule.

A à peine 18 ans comment lui expliquer calmement qu’il est dans le faux, que son raisonnement est tellement erroné que je ne saurai même pas par où commencer pour lui ouvrir les yeux sur ses clichés, ses idées reçues, ses inepties ? Je ne dirais rien, emportant avec moi les insultes qu’il aurait méritées, et préférant annuler ma demande et quitter son bureau dont l’air m’était devenu irrespirable.

Pourtant je suis bien consciente que quand la réalité n’est plus réfutée elle devient un dogme mort. Mais est-ce mon rôle de faire son éducation, d’expliquer, de prouver, de justifier ? Cette énergie, est-ce vraiment à moi de la déployer ou est-ce plutôt à lui de s’ouvrir à l’extérieur, de retirer ses oeillères et de se laisser aller à la découverte de cette vie qui l’entoure ?

2- Silence, ici on tue !

En 2017 une partie du monde s’émeut de la situation des Rohingya, cette minorité musulmane, qui vit en Birmanie (aujourd’hui appelé Myanmar) et qui est victime de persécutions massives. La Tatmadaw (armée birmane) est actuellement accusée d’avoir commis des actes génocidaires contre cette minorité entre 2016 et 2017.

Point de départ supposé de cette histoire : une guérilla se revendiquant des Rohingya aurait attaqué des gardes frontières ainsi que des policiers birmans faisant alors une trentaine de morts. En guise de représailles, des centaines de milliers de Rohingya seront exécutés, violés, torturés par la représentation militaire. Pour fuir les massacres plus de 700 000 Rohingya se réfugieront au Bangladesh, pays voisin.

Ce peuple a été chassé de ses terres, torturé et assassiné dans des circonstances atroces, inhumaines et tout cela dans une impunité totale. Il faudra des années pour que les médias s’emparent de leur sort.
Entre temps des milliers de Rohingya ont été déplacés, forcés à l’exil pour les plus chanceux ou exterminés pour les autres, sans ménagement. Ceux qui prônent paix, amour et compassion sont les auteurs de cette campagne de désaffection des Rohingya menée tambour battant auprès du peuple, et souvent, ils en sont aussi les principaux meurtriers et/ou violeurs, avec l’aval des forces militaires et du gouvernement birman il va s’en dire.

Les moines bouddhistes, (leaders religieux très respectés dans le pays), à qui on aurait donné il y a quelques années encore, le bon Dieu sans confession, nourrissent une haine à l’égard de cette minorité. Ils mèneront sans relâche des actions de propagande dans tout le pays visant à provoquer peur et haine des musulmans. Le musulman devient donc un danger aux yeux de la population. On l’imagine voulant convertir de force les bouddhistes (majoritaires en Birmanie) à l’Islam et gare à ceux qui refuseraient cette conversion !

Au fur et à mesure des déplacements la propagande fait son chemin dans les têtes et pas question de se laisser faire ou de permettre aux bouddhistes d’épouser des musulmans, la mixité et le métissage étant les dernières choses souhaitées. La théorie du grand remplacement s’immisce peu à peu dans les esprits y provoquant, crainte, peur et consternation. La réponse du gouvernement et des leaders religieux : l’éradication totale par le génocide ou l’éloignement par la force.

ROHINGYA - BIRMANIE ROHINGYA - BIRMANIE

C’est la Gambie, petit Etat de l’Ouest de l’Afrique, qui déposera une plainte pour génocide en novembre 2019 devant une juridiction internationale et qui précipitera la représentante birmane à venir s’expliquer.
Aung San Suu kyi, Cheffe de l’Etat Birmane, prix Nobel de la paix en 1991, escroc parmi les escrocs n’évoquera même pas le sujet sauf quand la pression internationale sera trop forte et que la plainte déposée par la Gambie la contraindra à prendre enfin la parole sur ce sujet.

Les décideurs birmans, dont l’intelligence obtuse provoquera un véritable génocide, ne seront pas inquiétés, ni par l’état birman ni par la communauté internationale qui bien qu’au fait du drame qui est en train de se jouer ne prendra pas de réelles mesures visant à faire stopper sur le champ ces crimes et en punir de la plus grande sévérité leurs auteurs.

Cela ne vous rappelle t-il rien ? Les Ouïgours font depuis peu la une de l’actualité. Il s’agit de la minorité musulmane de Chine. A l’heure actuelle, hommes, femmes, enfants sont internés, enfermés dans des camps qu’aucun journaliste n’a encore réussi à infiltrer. Evidemment le gouvernement chinois est au courant puisque c’est lui qui diligente l’opération « redressons-les par la violence et façonnons-les à notre image ». L’objectif étant le suivant : Les « dé-musulmaniser ». Les faire embrasser par force la religion dominante en Chine et en faire de parfaits Chinois, citoyens obéissants et malléables, à leur image.

OUÏGOURS - CHINE OUÏGOURS - CHINE

Nous savons que les Ouïgours sont battus, dénutris et subissent un lavage de cerveau quotidien visant à les vider de leur essence, les priver de leur identité propre. Ils sont d’abord kidnappés, souvent sur dénonciation, et perdent ainsi logement, travail et biens personnels.

Les témoignages de rescapés sont encore rares mais beaucoup de ceux qui réussiront à en sortir, quitteront manu militari la Chine avec un traumatisme qui les poursuivra tout au long de leur vie.
Tancer le malheureux, l’humilier jusqu’à le dégoûter de sa propre identité, jusqu’à ce qu’il finisse par embrasser la leur, sans réelle conviction mais pour garder la vie sauve et recouvrer sa liberté physique. Le gouvernement chinois est dangereux, capable de manipuler, de décider pour chaque citoyen ne laissant aucune place au libre arbitre et privant ainsi chacun du droit le plus précieux, le plus inaliénable, celui à la liberté. Liberté de conscience, liberté de choix, liberté d’être. Tout cela n’a pas sa place dans l’Empire Céleste où chaque pensée semble dictée.

Pour les Ouïgours comme pour les Rohingya je n’entends pas les voix s’élevaient, les peuples se soulever, dénoncer, objecter, manifester. S’indigner derrière un écran est important, car cela permet de propager l’information mais les décisions et les sanctions ne relèvent pas du bon vouloir du peuple mais des grandes instances internationales. Si l’ONU, bien qu’ayant diligentée une enquête en 2018 sur la situation des Rohingya et obtenu toutes les conclusions confirmant le sort qui leur est réservé, reste mutique et fait preuve de la plus grande dissonance cognitive qui soit, ma question est simple : pour quelle raison ?

Deux minorités musulmanes sont persécutées et victimes d’un génocide, au XXIème siècle, et dont tout le monde connait désormais l’existence et le sort. Comment expliquer que leur situation ne provoque de sa part aucune réaction ? Serait-ce toujours aux associations et aux humanitaires de venir en aide aux peuples oubliés, aux minorités en souffrance ? Puis-je me laisser aller à imaginer que des victimes musulmanes auraient moins d’importance, de valeur, que d’autres victimes non musulmanes ? Que pour beaucoup leur génocide permet de rétablir une sorte d’équilibre dans la balance des crimes perpétrés partout dans le monde par Daech ?

J’essaie toujours de faire preuve d’objectivité, de me tenir éloignée de tout sentiment de victimisation et de ne jamais céder aux conclusions hâtives. Ceci étant, admettons que parfois la valeur d’une vie change selon l’oeil qui la regarde.
J’aimerais interdire à mon cerveau d’aller jusqu’à cette réflexion qui me déplait fortement mais c’est plus fort que moi, les faits lui donnent raison. Alors comme d’autres l’ont fait avant moi je les accuse. J’accuse car « Le silence est un aveu » comme le disait Euripide.

La France peut s’émouvoir durant des jours, voire des semaines, de la mort d’un Johnny Hallyday mais rester tout à fait stoïque face au sort réservé à des milliers de personnes dans un pays bien trop éloigné du sien. Elle peut aussi pleurer Jacques Chirac et voir ses sujets se recueillir sur sa tombe alors qu’ils ne l’ont jamais connu. Je ne dis pas que c’est insensé, juste surprenant. Comment l’esprit fonctionne t-il ? Pourquoi s’émouvoir plus du décès d’une personne qu’on n’a jamais connu personnellement que de celui de milliers d’autres, innocentes de surcroît ?

3- Deux poids, deux mesures

Le débat autour de : « doit-on donner une tribune médiatique à Eric Zemmour ? » m’amuse autant qu’il m’inquiète.

Il m’amuse car nous sommes dans une démocratie. Libre à chacun de prendre la parole publiquement, qu’elle soit nauséabonde, insultante ou même raciste. Il peut s’exprimer sous couvert de la liberté d’expression et je peux le poursuivre en justice sous couvert d’avoir jugé ses paroles racistes, diffamantes ou incitant à la haine. En revanche, j’attends alors de la justice qu’elle se montre juste et que les sanctions prévues par la loi s’appliquent.

Il m’inquiète parce qu’il est inéquitable. On interdit, depuis un certain nombre d’années, la parole publique à Dieudonné et à Alain Soral devenus les bêtes noires des plateaux télé. On leur reproche, à juste titre, d’avoir tenu des propos incitant à la haine vis a vis de la communauté juive.

E. Zemmour a quant à lui tenu maintes et maintes fois des propos incitant à la haine raciale, gravissimes, à l’endroit des musulmans, principale raison de vivre du garçon, et a été condamné par la loi. Pour autant il est toujours bien présent dans les médias.

Qu’est-ce qu’on peut en déduire ? Simplement que les prérogatives changent selon la personne ou la communauté attaquée.
C’est après avoir eu tout le loisir de vomir sa haine de l’Islam, en plein direct, sur la chaine d’information LCI, que RTL le remerciera. Il gardera néanmoins sa place sur Paris Première et pour le récompenser de sa sortie de route sur LCI on l’engagera même sur CNews, lui offrant ainsi une tribune quotidienne.

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Pourquoi pas ? Il faut reconnaitre qu’il représente un courant de pensée, qu’un certain nombre de personnes épousent ses idées et le considère comme un porte-voix.
Il su
ffit d’ailleurs d’un seul coup de pied dans la fourmilière pour s’apercevoir qu’il a déjà enfanté d’un Hossam (Jean) Messiha, d’une Elisabeth Lévy, d’une Zineb El Rhazoui et de bien d’autres, tous biberonnés à la haine du musulman et toujours prêts à investir les plateaux télé pour relayer et diffuser les mêmes discours de haine anti-musulmans.

Pour ma part rien ne me force à écouter Eric Zemmour ou à regarder son visage étrangement haineux. En revanche, face à lui je souhaiterais voir et entendre des contradicteurs plus incisifs, et surtout je pense indispensable que lors de ses interventions une équipe se charge sérieusement de vérifier ses propos, qui sont très souvent d’énormes fake news, (chacun sait que cet homme adore refaire l’histoire), et puisse ainsi apporter les précisions appropriées aux téléspectateurs, et ce, de manière systématique.

Quand on permet à des discours de haine ou visant à diviser nos concitoyens d’avoir pignon sur rue, pourquoi s’étonner ensuite d’apprendre qu’un homme se précipite aux abords d’une mosquée pour tirer sur des fidèles venus prier, laissant ainsi deux septuagénaires dans un état grave ? La haine appelle à la haine.

L’Islam, le voile, les musulmans, sujets omniprésents au sein de nos médias participent au matraquage médiatique dont les conséquences sont prévisibles, presque attendues.
Comment feindre l’étonnement quand un lavage de cerveau quasi quotidien s’opère en toute tranquillité au sein de ces mêmes niches informationnelles ?

Pour en revenir à Soral, Zemmour et Dieudonné je dirais que le deux poids, deux mesures prend tout son sens avec l’exemple de ces trois protagonistes.

Je suis sincèrement et profondément attachée au principe de liberté d’expression mais pas quand celui-ci s’applique à géométrie variable.

Ce traitement de faveur accordé à E. Zemmour soulève un problème d’iniquité dans le sort réservé aux « intellectuels » et autres leaders de courant de pensée.
Tout cela favorise donc un climat qui tend à accroître un sentiment de discrimination.

De deux choses l’une : soit nous permettons à chacun d’accéder à une tribune publique, quel que soit le discours, tout en étant conscients des risques juridiques potentiellement encourus, soit nous fermons définitivement cet accès à ceux qui ont déjà « dérapé » et ont été condamné par la loi pour des propos incitant à la haine.

Le constat amer que nous faisons aujourd’hui en France est le suivant : Selon la communauté ciblée le traitement réservé à celui qui tire les flèches diffère.
L’équité est un bien grand mot qui au regard des évènements récents a perdu son sens.

4- Maintenant quoi ?

Faut-il explorer les événements actuels et même passés comme fatalistes ? En finira t-on un jour avec le terrorisme, celui de Daesh, celui qui nuit à l’Islam, la fausse de sa véritable identité ? Ce terrorisme niais qui saborde l’identité musulmane et dont l’un des objectifs serait de créer des guerres civiles partout dans le monde et de prendre ainsi le pouvoir ? Diviser pour mieux régner, n’est-ce pas ?

Dans le cas du terrorisme religieux l’atavisme familial est parfois même questionné. Comme si on devenait terroriste de père en fils, d’oncle en neveu ou même de mère en fille. Une histoire qui se répéterait ad vitam aeternam.

LA RÉFLEXION APPELLE A LA RAISON - FEA LA RÉFLEXION APPELLE A LA RAISON - FEA

S’agirait-il là d’une espèce d’hérédité ? Une destinée à laquelle il serait difficile, voire impossible d’échapper ? C’est ce qu’on aimerait parfois nous faire croire.

Plions-nous un instant à un exercice en utilisant une uchronie.
Imaginons que les auteurs des attentats de 2015 ayant frappés notre si belle France soient Franco-français et athées. Imaginons qu’à l’instar des vrais auteurs ils tuent en masse, respectant eux aussi un agenda et des lieux bien déterminés. Seul le mobile change. Ils ne tuent pas par idéologie religieuse [en tout cas ce n’est pas ce qu’on essaie de nous faire croire]. Ils tuent pour créer le chaos, provoquer la peur, semer le trouble, détruire l’ordre établi. Comment seraient-ils perçus par l’ensemble des Français ? Oseraient-on les appeler terroristes ? Comment, dans ce cas précis, le cerveau comprendra et analysera les faits ? Qu’on l’admette, toute perception change selon l’identité de l’auteur. Par identité je veux dire origine et religion. Du malade aux troubles psychotiques appuyés on passe au terroriste fanatique selon son identité. Le traitement médiatique qui sera alors réservé aux coupables ne sera plus le même, la peine de prison non plus.
Qu’est ce que ça dit ? Simplement que de l’identité d’une personne découle tout un tas d’idées reçues, de certitudes. Qu’aujourd’hui il ne fait pas bon d’être musulman et que beaucoup garde cette information cachée, au travail notamment, et parfois même au sein de leurs propres cercles d’amis. La crainte d’être jugé, mal perçu, ou de voir les comportements changés avec soi, accentue la volonté de rester discret.

L’Islam, par la faute de certains médias, de leaders politiques et bien sûr par celle des terroristes qui tuent en son nom, a été sévèrement maltraitée au cours des dernières décennies.
Rendons-lui justement toutes ses lettres de noblesse.

Et si, malgré l’acharnement de ces derniers à tenter de la vider de son essence et à ternir son image, des milliers de personnes continuent à se convertir de par le monde et que l’Islam demeure la deuxième religion qui compte le plus de fidèles sur terre, c’est bien que l’homme est capable de réflexion.

Il est capable d’aller chercher l’information, de l’analyser jusqu’à la comprendre sans pour autant se convertir bien entendu mais pour être au moins en mesure d’avoir une opinion objective, qui lui est propre, dictée par personne d’autre que lui-même.

C’est en faisant preuve de curiosité, d’ouverture, en allant vers l’autre, en échangeant les uns avec les autres et en essayant de comprendre que l’on apprend et que l’on peut passer du « je pense » à « je sais ».
Préférer se convaincre de tout savoir en restant en réalité dans l’ignorance est l’un des pires dangers qui nous guettent.

Soyons attentifs et restons conscients.

Fatine El Asri

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