Du consentement

Consentement et rapport sexuel dans le couple hétérosexuel : 90 % de femmes disent être sous pression ! Le collectif #NousToutes a dévoilé aujourd'hui les résultats d'un appel à témoignages sur le consentement auquel plus de 100 000 personnes ont participé.

“Le consentement”, c’est le titre du livre de Vanessa Springora, qui vient de prendre une place si particulière dans l’Histoire de la prise de conscience. Mais ce mot n’est pas qu’une histoire de viol et de pédocriminalité. Cette expression de l’approbation, de l’assentiment, est-elle toujours celle du désir, de la liberté de l’exprimer ? Jusqu’où est-il contraint par les préjugés sur les sexualités des femmes, jugées passives, cérébrales, romantiques, en attente des initiatives masculines, qui seraient elles actives, sur-hormonées, mécaniques, irrépressibles, désirantes, dominantes ?

En 10 jours, plus de 100 000 personnes, en très grande majorité des jeunes femmes, ont répondu à l’enquête en ligne sur le consentement dans les rapports sexuels entre femmes et hommes, lancée par #NousToutes. Un coup de pied dans la fourmilière qui montre que la jeune génération n’est pas épargnée par le poids d’idées que l’on pensait surannées, le devoir conjugal, celui d’avoir au moins un rythme de vie sexuelle significatif, une forme de minimum syndical en couple, des besoins masculins à satisfaire, des pratiques à accepter même si elles ne nous plaisent pas, pour qu’il n’aille pas voir ailleurs, pour qu’il ne cesse pas de nous aimer, parce que “c’est son anniversaire”.  

Nous avons pu, avec #MeToo, briser un peu l’omerta des violences sexuelles dans les milieux de pouvoir, le monde du cinéma, de la politique, du sport, de la littérature, des médias, et amorcer le sujet dans le couple. Des milliers de femmes ont battu le pavé en novembre 2019 à l’appel de #NousToutes pour lever le front, sortir du seul statut de victimes, réclamer la condamnation sans ambiguïté des violences que pérennisent une police et un système judiciaire mal formés et indifférents. Pour autant, le tumulte a-t-il franchi la porte des alcôves ? Est-ce aussi évident de dire yeux dans les yeux de son partenaire, de son amoureux, de son date, ce qu’on a clamé haut et fort et en slogans dans la rue ? Ce tête-à-tête est-il possible ?

Dans l’enquête en ligne, 9 femmes sur 10 déclarent avoir fait l’expérience d’une pression d’un partenaire pour avoir un rapport sexuel. Des proportions plus appuyées quand la première relation sexuelle a été non consentie et non désirée, notamment pour celles qui étaient mineures durant cette “première fois”. Ce résultat corrobore maintes travaux réalisés à ce sujet, montrant l’importance et l’impact de la première expérience. Une répondante sur 6 déclare que son premier rapport sexuel n’était pas désiré ni consenti ! De l’importance d’éduquer dès le plus jeune âge au consentement, au respect du “non”, d’apprendre à dire “non”. Et même quand les femmes disent non, elles sont trop nombreuses à avoir en retour des remarques dévalorisantes sur leur prétendue “frigidité”, de l’insistance pour obtenir d’elles un rapport ou une pratique particulière, sodomie, fellation, éjaculation faciale ou dans la bouche, retrait de la capote, autant d’éléments qui écrivent généralement le scénario classique d’un film pronographique, devenu aujourd’hui meanstream et à la portée de tous, si bien qu’il semble écrire le nouveau devoir conjugal sous la forme d’un tuto audiovisuel.

À la question “Après avoir vécu l’une des situations évoquées dans le questionnaire où votre consentement n’était pas respecté, vous est-il arrivé d’en parler à votre partenaire ?” un quart des femmes répondent oui, et dans ce cas, 42% des partenaires ont cessé ces comportements. C’est-à-dire que plus d’un homme sur deux n’a pas entendu, quand une femme a trouvé le moyen, pas si évident, de lui signifier qu’il y a un problème.

Au delà de ce qui est puni par la loi, le viol conjugal, les violences physiques, les “non” qui n’ont pas été entendus quand elles ont demandé d’arrêter, ou qu’une capote a été retirée en cours de rapport, il y a quelque chose qui relève plus de la culture, du système, des préjugés sur les sexualités féminines et masculines hétéronormées, du dénigrement, du chantage ou juste des a priori. Du bon vieux “L’homme propose, la femme dispose”. Tout ce que raconte ces 7 femmes sur 10 qui déclarent avoir eu des rapports sexuels sans envie... mais sans pression.

"Tu ne m’aimes plus ?", "Allez, l’appétit vient en mangeant", "Allez, ça fait longtemps", "Tu ne veux pas me faire plaisir ?"

Mais le désir d’une autre société se dessine et s’exprime ! Parmi les répondantes qui ont déclaré avoir déjà parlé du consentement avec leurs partenaires, le plus grand taux se trouve chez les 15-17 ans, quelle belle perspective ! Sans surprise, c’est aussi dans cette tranche d’âge qu’on trouve le plus grand taux de répondantes qui ont le souvenir que cette question a été abordée à l’école. Une corrélation encourageante. Elle montre que quand on en parle en milieu scolaire, l’impact est réel, il délie les langue, dans le meilleur sens du terme.

Faire l’amour pour faire plaisir, parce qu’on ne veut pas se lancer dans des justifications, parce qu’on culpabilise, ce n’est pas vraiment faire l’amour. Ça inscrit en nous une somme de petits dégoûts, de colères, de distanciation avec nos propres corps, notre propre plaisir, que le temps ne cessera de convertir en poison. Alors il est temps d’oser poser des mots sur ce qu’est le consentement, explicite ou implicite. Il est temps de se dire que cette discussion est légitime, fondamentale, une désintox que des partenaires devraient ingurgiter avec plaisir, au final, entre individus qui s’affectionnent, n’ont pas envie de se quitter, veulent abattre ce non-dit. 

“Bébé, faut qu’on parle !” 

 

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