Demain, les femmes #8mars

Partout dans le monde, demain, les femmes marcheront. Elles chanteront joyeuses des paroles détournées sur des hymnes trop connus pour traduire leur quotidien. Elles crieront entre copines des slogans ingénieux, et souriront en observant combien leur force collective est belle à regarder.

Demain, des femmes feront vivre, en rimes poignantes, les mémoires tues des peuples minorés, et feront entendre les voix occultées, les écrasées, les colonisées, les marginalisées, ou celles et ceux qui refusent justement de se plier à cette binarité imposée.

Demain, partout dans le monde, boudant les institutions ou les grandes marques stupides qui voudront leur vendre de la lingerie ou des séances de manucures à bas prix, des milliers de femmes dénaturaliseront en chœur les mythes des violences légitimes, celles de la domination masculine, hétérosexuelle, coloniale, capitaliste, et se moqueront aussi bien de la figure du père que celle du mari, du keuf, du mansplainer, du whitesplainer et du patron. Demain, des milliers de femmes se diront qu'elles ont le pouvoir réel de bloquer l'économie de marché en tant que consommatrices, et l'économie hétérosexuelle que produit quotidiennement leur force de travail à la maison.

Demain, les femmes par milliers écriront l'Histoire de notre immémoriale colère malgré les protestations sexistes et les lamentations racistes qui hurleront, affalés sur les plateaux, mauvais dans leurs éditos, à la théorie du genre, au grand remplacement ou à la chasse à l'homme blanc. Elles montreront qu'il peut y avoir une réelle alternative à l'extrême-droite face à la débâcle d'une gauche rance, libérale, démissionnaire, machiste et raciste, elle-même chapeautée par de vieux harceleurs décomplexés, des agresseurs multirécidivistes, des prédateurs impunis et bien terrés dans leurs partis, au nom de la cause ou de la camaraderie. Des milliers de femmes montreront aussi qu'il y a une alternative à l'extrémisme religieux, et que leur foi, leur spiritualité, leurs choix ne sont le jouet politique de qui que ce soit.

Demain, les femmes cesseront d'entendre partout des mots à l'envers, et mettront les mots à l'endroit : féminicide, viol, emprise, violences policières, violences judiciaires, pour rendre visible et lisible nos quotidiens. Elles seront créatives, drôles, menaçantes, et n'essaieront pas de flatter les pouvoirs avec un discours policé, un féminisme raisonnable, gentiment rigolo et sexy selon les règles. Elles sémeront d'outrages les rues et blasphémeront d'une voix ferme. Elles seront irrésistiblement grossières, incroyablement crues, crues dans tous les sens du terme. Elles affirmeront leur utopie pour une réelle citoyenneté, inclusive et émancipatrice, contre tous les petits rois, les petits chefs, tous les pygmalions autoproclamés, tous les vieux photographes pédocriminels, tous les cinéastes libidineux qui se croient tout permis face à une jeune actrice ou à une modèle qui a fait confiance à leur l'éthique et à leur professionnalisme.

Demain, avec toute l'acuité des analyses anticapitalistes que porte ce mouvement profondément contestataire de l'ordre établi, des milliers de femmes conspueront les politiques d’austérité imposées par les nouveaux petits marquis de la haute finance, qui dépècent le droit du travail, les services publics et les biens de nos États, dressant les classes ouvrières, les fonctionnaires, les étrangèr-es, les un-es contre les autres, de peur que les pauvres s'unissent et les montrent du doigt. Demain les femmes nommeront le néolibéralisme dévastateur qui écrase ces pauvres jeunes femmes qui cousent nos garde-robes jetables au Bangladesh, l'impérialisme guerrier armé de multinationales à implanter, et les violeurs ordinaires qui ont maintes et maintes fois transgressé notre intégrité physique et morale, à cause desquels nous sommes tant de fois rentrées chez nous humiliées, indignées, décontenancées ou terrifiées.

Demain, nul ne pourra agresser, ni contrôler, ni policer nos corps, que l'on soit grosses, trans, noires, poilues, voilées, mariées, divorcées, mineures, majeures, parce qu'on sera ensemble, et de là nous tirerons la force et l'énergie de nous défendre - comme on le peut - les jours suivants ! Et eux, soyons-en assurées, eux, malgré leurs sourires goguenards et leurs chroniques indignées, ont quand même les genoux qui tremblent depuis déjà quelques années.

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