Où va la CFDT ?

Pourquoi La CFDT choisit-elle Macron plutôt que Mélenchon aujourd'hui ? Pour permettre de comprendre son option syndicale je vais m'appuyer sur un texte d' Henri Desroche* publié par la revue Esprit d'octobre 1974 qui lui se réfère à un récit utopique anticipateur de Michael Young : "la méritocratie en mai 2033" publié en 1969, pour en réfuter la conclusion.

 

Le Revers de la médaille **

< Ed . Bellamy avait campé l'utopie méritocratique (cf.supra) Michael Young ** en prend le contre- pied .


Dans une Angleterre méritocratique du XXIe siècle, on a mis décidément un terme à l'inégalité des chances dans l'accès à la culture. Un siècle auparavant, la « Grande Bretagne […] gaspillait ses ressources en condamnant les gens de talent des classes inférieures au travail manuel, et en bloquant les efforts qu'ils faisaient pour obtenir la juste reconnaissance de leurs capacités » . Mais ne serait-ce que pour faire face à la compétition internationale « écoles et industries s'ouvrirent donc peu à peu au mérite, si bien que, dans chaque génération, l'enfant intelligent eut des possibilités toujours plus grandes de s'élever » (pp. 15-16) . Et ce quelque soit sa classe sociale et celle de sa famille. « Dès les années 1960 , les meilleurs enfants des travailleurs manuels n'étaient plus gravement handicapés par leurs origines. Grâce à leur seul mérite personnel, ils pouvaient grimper dans la hiérarchie sociale aussi haut que leurs dons le leur permettaient » (p. 180) . « Dès 1990 – ou environ – tous les adultes dont le Q.I. Dépassait 125 appartenaient à la méritocratie » (p. 225), et « la sélection remplaça largement l'élection » (p.177)... « Quand les droits successoraux, l'impôt sur le capital, l'impôt sur les dividendes et le super-impôt spécial sur les revenus non gagnés eurent fait leur office […], on s'aperçut que très peu de membres des classes inférieures s'opposaient à l'inégalité comme telle. Si un homme, après avoir grimpé à la force du poignet l'échelle de l'éducation obtenait un bon poste, et s'il recevait un gros salaire pour l'occuper, eh bien ! C'était probablement qu'il le méritait ; et bonne chance à lui » (p.197).


Revers de la médaille : « Pour la classe ouvrière dans son ensemble , la victoire valait ici une défaite […]. Un nombre de plus en plus grand de parents en vinrent à nourrir des ambitions pour leurs enfants plutôt que pour leur classe. Le culte de l'enfant devint l'opium du peuple » (p180)... « les écoles – un point c'est tout – se sont mises à remplir leur vraie tâche, celle de la sélection sociale. Une fois accomplies des réformes longtemps réclamées il n'y eut plus dans le pays d'enfant doué qui dût – sauf erreur malheureuse- prendre un travail manuel » (p.186). « Dès le début du dernier quart du siècle on ne trouvait plus d'ouvriers qui fussent vraiment capables d'occuper les postes principaux des syndicats » (p. 186). Ainsi put-on « comparer la méritocratie avec les Mohicans, qui enlevaient les meilleurs jeunes gens et jeunes filles des tribus soumises et les élevaient comme des membres de leurs propres familles. » (p.193). Réaction en chaîne d'ailleurs, car dès 1990, si les adultes méritocrates avaient tous un Q.I. Supérieur à 125, « une forte proportion des enfants qui avaient plus de 125 de Q.I. étaient les rejetons de ses mêmes adultes » (p. 225) . « L'élite est en passe de devenir héréditaire : les principes de l'hérédité et ceux du mérite sont en train de faire leur jonction. Une transformation vitale qu'il a fallu plus de deux siècles pour mener à bien est presque accomplie » (p. 225).


C'est pourquoi, en mai 2033, la méritocratie a été mise en question par une contestation populiste. Et la contestation va rebondir en mai 2034. « Néanmoins, j'exprime ici ma ferme conviction que mai 2034 sera au mieux un 1848, et encore sur le modèle anglais »(pp. 241-242). Certes, « si les espoirs des premiers dissidents s'étaient réalisés, et si les meilleurs enfants des basses classes étaient restés dans leur condition subalterne pour instruire, inspirer et organiser les masses, alors, j'aurais eu à conter ici une autre histoire » (p. 243). >

 

 Dans son article, Henri Desroche exprimait l'opinion selon laquelle nous étions alors, justement, dans "une autre histoire - c'était la période post-soixante-huitarde -  et la CFDT, alors, partageait cette opinion. 

Mais aujourd'hui ont peut dire que dans son récit anticipateur  Michael Young ne s'est  trompé que sur la rapidité de l'évolution sociétale.  La situation qu'il prévoyait  en Angleterre pour 2033,  nous y sommes, aujourd'hui, en France !

Dans ce contexte sociétal que peuvent faire les syndicats ?

Rester les défenseurs de  la classe ouvrière en perdition ?

C'est ce que voudrait faire la CGT,  mais comme elle a compris qu'elle ne peut plus changer la société, elle se contente de la contester.

La CFDT, elle, qui a aussi admis  qu'elle ne pourrait plus changer la société, négocie sa subordination à la société "du moindre mal" (Jean-Claude Michéa).

A ce niveau de fracturation syndicale  plusieurs questions ce posent

- la CFDT pourra-t-elle encore obtenir du grain à moudre quand la CGT ne sera plus capable de mobiliser ce qui lui restera de troupe si la société néolibéral  fini par épuiser les quelques contestataires, non violents, qui persistent à la suivre ?

- Oui,  peut-être, si une contestation violente prend la relève.

-  Alors, serait-ce la société qui nous attend ?

 - Michael Young  parle lui, pour l'Angleterre,  d'un 1848 sur le modèle anglais ( le Brexit ?) mais pour la France ? 

 

 

 

*      Henri Desroche sociologue, théologien et philosophe Français (1914-1994)
**    le texte qui suit est extrait de l' article d'Henri Desroche publié dans la revue « Esprit » d'octobre 1974
***  Michael Young (1915-2002) : La méritocratie en mai 2033 (Paris, S.E.D.E.I.S., 1969, coll. « Futuribles »)

 

 

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