Théâtre de rue d’Aurillac: quel monde voulons-nous?

Après avoir envoyé une lettre ouverte adressée aux responsables politiques mais aussi aux responsables du Festival International de Théâtre de rue d'Aurillac il y a près d'un mois, la Fédération nationale des arts de la rue alerte quant aux dispositifs sécuritaires envisagés pour l'édition 2017 qui, durcis depuis l'édition 2016, induiront à coup sûr à une édition conflictuelle.

Les réponses reçues suite à cette lettre sont loin d'être convaincantes. Le ministère de l'Intérieur évoque ainsi “un dispositif de sécurité inhérent à ce type de manifestation“.

Pour rappel, les 500 ans de commémoration de la Ville du Havre, le Festival d'Avignon sont le reflet des possibles du maintien d'évènements culturels et artistiques de grande ampleur dans le respect de la rencontre entre les œuvres et les spectateurs, la joie et le bon sens, le tout dans des conditions de gestion de la sûreté acceptables et non contraignantes.

L'espace public est notre terrain de jeu, de réflexion, d'exploration, de création de lien social. La rue doit être un espace de création et de rencontres, et non pas un lieu privatisé, stérile de toute manifestation citoyenne, artistique, militante.

La préservation de l'espace public de toute dérive sécuritaire et privative de libertés est la seule réponse au long terme qui nous parait être acceptable face à la situation actuelle.

Nous sommes citoyen.ne.s, face à un tournant historique. Laisserons-nous réduire nos biens communs à un usage unique et entraver durablement notre liberté d'expression et de circulation pour vivre dans des villes devenues privées ? Devrions-nous accepter de vivre dans un dispositif de sécurité anxiogène pour notre public ?

Notre métier, c'est d'assembler le puzzle de tout ce qui compose l'espace public en un temps donné, de savoir créer ou adapter notre création in situ, sans l'assagir ni l'aseptiser. De jouer sans cesse collectif, avec les gens, les éléments, les contraintes, le cadre urbain pour des propositions pertinentes et sensibles.

Nous demandons un dispositif de sécurité adapté pour l'édition 2017 du Festival International de Théâtre de rue d'Aurillac. Nous souhaitons que cette édition soit l'exemple d'un évènement rassembleur, vivant et porteur d'espoir. L'art dans la rue est créateur de sens pour notre société.

Les arts de la rue résisteront et continueront de défendre la vision d'un espace public partagé, libre et accessible à toutes et à tous.

 
La Fédération nationale des arts de la rue

 

LETTRE OUVERTE       

A Monsieur le Premier Ministre, Monsieur Edouard Philippe,

A Monsieur le Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur, Monsieur Gérard Collomb,

A Madame la Ministre de la Culture, Madame Françoise Nyssen,

A Monsieur le Préfet de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Monsieur Henri-Michel Comet,

A Madame le Préfet du Cantal, Madame Isabelle Sima,

A Monsieur le Maire d'Aurillac, Monsieur Pierre Mathonier,

A Monsieur le Directeur Régional des Arts et de la Culture, Monsieur Michel Prosic,

A Monsieur le Président du Festival d'Aurillac, Monsieur Philippe Meyer,

A Monsieur le Directeur du Festival d'Aurillac, Monsieur Jean-Marie Songy,

Citoyennes, citoyens,

 

QUEL MONDE VOULONS-NOUS ?

Les 500 ans de commémoration de la Ville du Havre, le Festival d'Avignon sont le reflet des possibles du maintien d'évènements culturels et artistiques de grande ampleur dans le respect de la rencontre entre les œuvres et les spectateurs, la joie et le bon sens, le tout dans des conditions de gestion de la sûreté acceptables et non contraignantes.

C'est pourquoi le modèle sécuritaire d'enfermement proposé pour l'édition 2017 du Festival d'Aurillac est incompréhensible. Les violences lors de l'édition 2016 face à ce dispositif nous ont enseigné qu’il n’est pas la réponse adaptée à la vie partagée dans l’espace public. Le Festival d'Aurillac au rayonnement national et international qui n'est plus à démontrer, est également un évènement fondateur du mouvement artistique dit des arts de la rue, vitrine d'une pratique artistique spécifiquement française qui a su s'exporter à travers le monde.

Enfermer le festival d'Aurillac c'est donc enfermer ses habitant.e.s, les spectateurs, spectatrices, c'est enfermer les artistes oeuvrant dans l'espace public, mais c'est aussi réduire les droits des citoyen.n.e.s, empêcher les rencontres de tous les enfants de la République. Que voulez-vous montrer ici ? Quel monde proposons-nous ?

Nous sommes citoyen.ne.s, face à un tournant historique. Laisserons-nous réduire nos biens communs à un usage unique et entraver durablement notre liberté d'expression et de circulation pour vivre dans des villes devenues privées ? On ne peut pas négocier avec les droits de l'Homme, fondateurs de notre République française.

Nous vous interpellons aujourd'hui pour vous demander de réviser le dispositif envisagé pour le Festival d'Aurillac 2017 qui au-delà des symboles et de l’entrave à la libre-circulation pourrait engendrer une fois de plus des débordements.

Nous ne pouvons accepter la privatisation et la normalisation des espaces publics et de circulation. Nous ne capitulerons pas, et continuerons de défendre l'ensemble de nos libertés, continuerons de créer, de rêver, de nous rassembler, pour notre humanité.

Nous nous adressons à vous toutes et tous en vos charges et responsabilités pour que la création en espace public continue d'exister dans le respect et pour la défense des valeurs que porte notre Pays.

 

Lucile Rimbert,

Présidente,

Fédération Nationale des Arts de la Rue

 

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