Bolsonaro encourage les massacres et l’holocauste écologique

Le Brésil peut avoir le dimanche 28 un president raciste, homophobe, misogyne, qui défend de la torture et la dictature, qui encourage de la violence et la destruction de l'Amazonie, classifié para beaucoup d'intellectuels comme néofasciste

L’assassinat du leader paysan Aluisio Sampaio par des hommes en armes {mercenaires} dans sa maison, à Castelo dos Sonhos, dans l’état du Para, le mardi 11 octobre 2018, représente l’annonce d’une explosion de violence dans les zones rurales. Membre du syndicat des travailleurs et des travailleuses de l’agriculture familiale, il était le meneur d’un combat contre des accapareurs illégaux de terre {« grileiros », terme brésilien désignant des personnes ou des entités qui fabriquent de faux documents pour prendre illégalement possession de terres, notamment des terres protégées pour des raisons environnementales}. Son assassinat commandité a été suivi de l’assassinat de Davi Mulato, du peuple indigène Gaviao, également dans la région amazonienne, dans l’état de Maranhao. Le meurtre a été dénoncé comme un crime de haine par le mouvement indigène.

Alors que les crimes de haine et le fascisme s’étendent au Brésil, il est notable de constater que la campagne de Bolsonaro n’est pas caractérisée par l’utilisation habituelle de stickers, de pins ou de T-ShirtS supportant ouvertement le candidat. Il s’agit en réalité d’une campagne plutôt discrète qui se déroule de manière cachée dans les chaines de chat des réseaux sociaux. Comme un rapport du journal Folha de S.Paulo le montre, l’usage abusif de Whatsapp par de riches soutiens de Bolsonaro afin de répandre des « fake news » revient à une manipulation criminelle des élections brésiliennes. La classe riche de Sao Paulo reste discrète. Elle ne montre pas de manière publique son intention de voter pour Bolsonaro. Il semble en effet que beaucoup des soutiens de Bolsonaro ne votent pas pour un candidat mais pour un mercenaire. Ils procèdent en cela de manière similaire aux riches fermiers de l’Amazonie, qui engagent des tueurs professionnels pour exécuter leurs concurrents politiques – de manière discrète mais déterminée, planifiant les moyens les plus cruels et les plus violents d’exécuter quelqu’un. Le candidat extrémiste qui défend le port du fusil pour les fermiers renforcerait en effet leurs milices rurales pour tuer les activistes et promouvrait ainsi un carnage dans les zones rurales brésiliennes. Exterminer les indigènes, exécuter les paysans, tuer les leaders des populations quilombolas {descendants d’esclaves fugitifs}, les peuples vivants dans les zones de réserves extractivistes {zones protégées au Brésil, appartenant au domaine public mais sur lesquelles les peuples traditionnels peuvent exercer des pratiques extractives anciennes comme pêcher, chasser ou cueillir des plantes} et les communautés rurales traditionnelles.

Par le biais de ses discours et de son programme de gouvernement, beaucoup d’innocents pourraient venir grossir les sombres statistiques du pays le plus violent du monde, notamment les défenseurs de l’environnement et les défenseurs des droits de l’homme, d’après les données du Global Witness.

Les tueurs professionnels et les milices des zones rurales brésiliennes investissent maintenant dans les armes pour de nouvelles œuvres de mort. Leur business est en hausse puisqu’ils peuvent s’attendre à de nouveaux contrats pour tuer. Peu après le premier tour, Bolsonaro a déclaré qu’il en terminerait avec l’activisme dans les zones rurales, incitant à l’assassinat de militants du MST, de syndicalistes et d’indigènes et promettant que les fermiers pourraient bientôt acheter des fusils pour tuer. Dans ses discours vidéo récents, il en appelle à une purge de tous ses opposants politiques « rouges ».

Les promesses faites verbalement ou bien que l’on peut lire dans son programme de gouvernement sont terrifiantes. J’ai lu son programme et je l’ai comparé avec ses discours publics. Les promesses faites peuvent être interprétées comme un holocauste écologique et humanitaire. L’écocide et le génocide seront des mises en pratique de la politique de la mort et la matérialisation de la « nécropolitique » de Bolsonaro, pour utiliser un concept d’Achille Mbembe.  

Dans son programme de gouvernement, « la propriété privée » n’a pas une fonction sociale comme c’est le cas actuellement dans la constitution. C’est à peine un euphémisme pour légitimer le vol, la dépossession, la spoliation et l’accaparement illégal de terres (grilagem). De même, le mot « liberté », n’est pas lié à une garantie de droits, mais à une violation des droits : avec l’autorisation d’exercer la violence contre les autres, la liberté devient permission de tuer. Ces deux piliers du programme de Bolsonaro signifient la construction d’un ordre de violentes injustices, de retours en arrière et de sang. Il sera mis en pratique autant par des milices et des groupes de haine que par des moyens provisoires, des tractations avec le congrès, ou des normes d’exception comme la « garantie de la loi et de l’ordre ». Cela se surajoute à un projet de loi en cours visant à rendre légalement toute activité idéologique, politique et sociale « terroriste ».

Concernant les zones agricoles, cela représente la fin des réformes agraires et des démarcations {des terres indigènes notamment}, la légalisation de l’accaparement des terres sur les territoires indigènes, quilombolas et paysans. Le ministère de l’environnement sera purement et simplement supprimé et transformé en un secrétariat du ministère de l’agriculture, dont il promet de donner la direction au président du l’Union Démocratique Rurale {UDR}, d’après le journal l’Estadao, (et non de favoriser seulement une fusion comme l’écrit le journal pauliste). Cela revient à donner aux tortionnaires de l’écologie le pouvoir de promouvoir l’écocide. Nabhan Garcia, l’actuel directeur de l’UDR déclare publiquement que le réchauffement climatique est un mythe et que le changement de climat a été crée par une conspiration de gauche pour conquérir le monde. Il propose également que toute personne qui achète une terre au Brésil ait le droit de la déforester.

Avec cette nomination, l’institut Chico Mendes pour la conservation et la biodiversité (ICMBio) pourrait être sous le commandement du chef de l’organisation justement responsable de l’assassinat de Chico Mendes : l’UDR. Il y a un long historique de l’implication des membres de l’UDR dans l’assassinat des leaders ruraux. Marcos Prochet, ex-président de l’entité, fut condamné pour l’assassinat du sans-terre Sebastiao Camargo, au Parana, en 1998. En 2016, il a été condamné à 15 ans de prison. Ibama et ICMBio sous commandement ruraliste représenteraient un banquet pour les nantis.

Contacté pour devenir ministre des transports, le chef de la construction de l’infrastructure dans le pays, le général Oswaldo Ferreira s’enorgueillit de dire que de son temps, sous la dictature, « il n’y avait pas Ibama ou MP pour nous casser les pieds ».

Et le général de s’enorgueillir : « J’ai rasé tous les arbres qui étaient devant moi sans que personne ne vienne m’embêter ».

Sans ministère de l’environnement, sans Ibama et sans ICMBio, avec des milices armées et libres de raser les arbres qui se trouvent sur leur chemin, le pays s’isolera de la pression et du cadre international. Or la pression internationale a été responsable des compromis pour contrôler la déforestation qui impacte le climat du monde entier.

 

Bolsonaro promet de sortir de l’accord de Paris, il promet la fin du compromis de contrôle de la déforestation mais également de sortir de la convention 169 de l’Organisation internationale du travail et de sortir de la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples indigènes. Si après la seconde guerre mondiale et la barbarie du nazisme, l’ONU a approuvé la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, c’est seulement en 1989 que l’OIT a approuvé la convention 169. Promue au Brésil le 19 avril 2004, elle a une force constitutionnelle. C’est elle qui est responsable de la reconnaissance de l’existence des peuples indigènes dans le monde et qui donne la responsabilité aux gouvernements de défendre leurs droits. La convention 169 a donné naissance à la déclaration des droits des peuples indigènes, dont le Brésil a été l’un des principaux acteurs.

 

Bolsonaro promet de sortir de la convention 169 afin de mettre en œuvre sa politique de déforestation de l’Amazonie et d’appliquer sa fameuse phrase qui affirme que « les indiens n’auront plus un centimètre de terre pour les terres indigènes ». Il s’agit également d’en finir avec les procédures de titrage des terres des quilombolas qui « ne servent même pas à procréer » et d’arriver à « un octroi de licences environnementales dans les trois mois » c’est-à-dire l’approbation automatique, sans aucun critère, de projets qui détruisent l’environnement et affectent les communautés indigènes, quilombolas et traditionnelles. « Les minorités doivent se plier aux majorités. Elles s’adaptent ou elles disparaissent » dit Bolsonaro.

 

Dans un discours au congrès national, Bolsonaro a attaqué la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples indigènes. Il a répété être contre la démarcation de la terre indigène Raposa Serra do Sol à Roraima. Les terres indigènes Raposa Serra do Sol, Vale do Javari et Yanomami sont dans son viseur. Il accuse les indigènes de vouloir se séparer du pays et considère les démarcations de leurs terres comme un « crime de lèse-patrie ».

L’élection en tant que représentante fédérale au congrès brésilien de la députée fédérale Joenia Wapichana (REDE), avocate indigène qui a gagné de la notoriété en défendant la démarcation de Raposa Serra do Sol au STF est en effet actuellement un élan pour la résistance contre Bolsonaro et pour le mouvement indigène. Pourtant, le scénario actuel prévoit une explosion de conflits. Sonia Guajajara, leader politique indigène de grande envergure aujourd’hui au Brésil dit que Bolsonaro souhaite « légaliser le génocide des peuples indigènes au Brésil et ouvrir un précédent pour un retour en arrière en Amérique du Sud ». Comme me l’a récemment déclaré l’intellectuelle indigène et la brillante avocate Eloy Terena, « Bolsonaro représente tout ce qui est une menace pour la vie des peuples indigènes. En plus d’être contre nos droits, il est l’expression portée à son intensité maximum d’une grande part de la population brésilienne qui ne reconnait pas la diversité humaine. Les gens qui le soutiennent révèlent cette opinion et tout son racisme sous-jacent ».

 

La violence sociologique que le candidat prétend utiliser est tellement forte que les producteurs ruraux les plus sensés sont préoccupés de l’impact que cela aura sur le commerce. Il n’y aura pas de marchés pour manger le sang de ces zones agricoles. Ni ici, ni à l’extérieur. Les négociants agricoles, écrit la Folha de Sao Paulo, « ont peur du radicalisme ». Le mal qui sera causé pour en finir avec la préservation de la forêt amazonienne, du Cerrado et d’autres biomasses brésiliennes sera irréversible d’après Luiz Marques, historien du Unicamp. « Si cela se passe, si nous continuons à perdre la couverture végétale naturelle de ces biomasses, une politique économique qui viserait à améliorer les standards de vie de la société brésilienne ne sera plus possible, peu importe laquelle, », écrit-il dans un échange de courriels. Les vies perdues seront également irréversibles.

Traduction d’Oriane Petteni. Les explications entre crochet sont de la traductrice.

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