Mes conditions au féminisme (je veux bien être féministe mais à condition que...)

Mes conditions au féminisme (je veux bien être féministe mais à condition que...): Sur l’application de l’analyse intersectionnelle (race/classe/genre) à la question du patriarcat, de #MeToo à l’affaire Tariq Ramadan en France en passant par R Kelly and co aux USA :

Comme l’avait analysé Emmanuel Todd (je crois, pardon d’avance pour mes références de mémoire dans cet humble message de blog libre de tout copyrights), dans les théories complotistes, les élites de pouvoir (au sens large, membres des autorités de puissances publiques, de trusts financiers, des médias mainstream plus ou moins indépendants, membres du star-système intellectuel, cinématographique, littéraire, politique, bref culturel …) sont vus comme un ensemble dont les membres seraient parfaitement solidaires.

Or, cela, de facto est faux, puisqu’on voit tous les jours, des membres de cette élite sacrifier certains de leurs membres pour les besoins de la cause d’intérêts divergents qui co-existent à l’intérieur même de cette élite ; mais ces sacrifices ponctuels n’entravent en rien le pouvoir de celle-ci, elle lui permet même de se renforcer, par une sorte de saignée qui la purifie.

Cela étant constaté, sur la question du patriarcat au regard du mouvement #MeToo et de ses suites en France jusqu’à l’affaire Tariq Ramadan qui a plongé dans l'ombre, par sa surmédiatisation (cf. l’article d’Houria B. l’affreuse sorcière dans le muslimpost), toutes les autres dénonciations de viols et abus sexuels que des femmes blanches ont subis et qui ont été commis par des hommes de pouvoir blancs, certaines personnes (souvent trolls anonymes sur twitter) qui se revendiquent féministes intersectionnelles ont commencé à ressortir précisément au moment de l’affaire Tariq Ramadan d’anciennes propositions venant de milieux féministes blancs classiques mais marginaux comme celle de l’inversion de la charge de la preuve sur le consentement pour des plaignantes majeures (la question pour les mineures se posant dans d’autres termes bien évidemment).

Lorsque certain-e-s dénoncent le traitement différencié de l’affaire Tariq Ramadan par l’élite précitée, ces mêmes intersectionnelles opposent souvent le fait que Tariq Ramadan, la star intellectuelle des musulmans européens, a du pouvoir (tout relatif qu’il soit) sur ses fans… et le placent ainsi sur le même plan que d'autres accusés tels que Darmanin, Hulot, Baupin, Tron, Baylet et j’en passe forcément (pour ceux-là, préservons aussi leur présomption d’innocence et surtout pour eux, hein ou pas ?)…

Sauf que toutes intersectionnelles qu’elles, certaines, se revendiquent, elles éludent ainsi totalement que nous vivons dans un système raciste où les membres indigènes blanchis par le pouvoir et l’argent de l’élite (Cf. Peau noire, masques blancs de Fanon) sont et seront toujours les premiers à être sacrifiés et rétrogradés par la majorité blanche de cette même élite pour les besoins de la cohésion globale de l’élite blanche au pouvoir, laissant dans l’ombre toutes les victimes blanches ou non-blanches de ces hommes blancs de pouvoir.

Concernant l’affaire hautement médiatique R. Kelly aux USA, le problème me semble se poser dans les mêmes termes que celui de l’affaire hautement médiatique Tariq Ramadan en Europe. Me-trompe-je ?

Enfin, je rappelle cette évidence qui semble pourtant échapper à certain-e-s : lorsqu’une femme blanche est violée, toute libérée qu’elle est supposée être du fait de sa condition de blanche, elle souffre dans sa chair et dans son âme au même degré d’intensité qu’une non-blanche supposée être soumise, le but du violeur étant précisément d’humilier et maîtriser sa victime en l’atteignant dans son intimité la plus profonde.

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