J-27

Les sondages, notre bien commun, le revenu universel.

Depuis le premier débat entre les cinq candidats en tête dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon (14%) est passé devant Benoît Hamon (11,5%)1 dans ces mêmes sondages. Bien sûr il s'agit de considérer les sondages pour ce qu'ils sont, non pas une prédiction du résultat de l'élection, mais les réponses à un ensemble de questions à encore un mois du premier tour. Au-delà des intentions de vote, je trouve particulièrement intéressantes les questions portant sur les enjeux politiques. Quelles sont les questions que les électeurs jugent les plus importantes pour faire leur choix ? Dans ce sondage il s'agit : du chômage (90% des électeurs), l'avenir de la sécurité sociale (88%) et de la sécurité (86%). Le chômage est une thématique régulièrement évoquée dans la vie politique mais je suis assez agréablement surpris de voir à quel point l'avenir de la sécurité sociale semble être une question importante pour beaucoup d'entre nous. Permettez-moi d'être plus clair ; bien sûr que la sécurité sociale est une question importante pour chacun d'entre nous. Je suis simplement surpris de voir que le sujet semble préoccuper beaucoup de monde alors qu'il est peu souvent évoqué dans les articles et débats politiques. C'est justement sur ce thème que j'ai trouvé M. Mélenchon le plus engageant. Il était le seul du débat à tenir un discours véritablement positif sur le service public en nous disant : "la sécurité sociale, l'hôpital, l'école, les services publiques, tout cela est à vous et vous devez le défendre !" Il s'agit là d'un propos salvateur à un époque où l'on oublie sciemment d'expliquer ce qui nous appartient pour mieux en faire commerce.

En revanche, la question du revenu universel semble n'intéresser que relativement peu de monde (43%), ce qui pose question sur la capacité de Benoît Hamon à mobiliser sur son programme construit autour de cette idée phare. De plus, étant issu de la majorité et même des gouvernements Jean-Marc Ayrault I & II et Manuel Valls I, il ne peut guère mobiliser sur autre chose que les idées là où les autres candidatures se revendiquent davantage de la rupture. Le candidat PS a d'ailleurs a maintes reprises expliqué qu'il était le candidat d'un nouveau projet de société, des idées, du débat citoyen, etc. Pour ma part, si je trouve le concept du revenu de base intéressant, je n'y vois pas un si grand intérêt. De quoi parle-t-on ? D'un revenu inférieur au RSA ou davantage proche du SMIC ? Se fait-il en plus des allocations ou à la place de certaines d'entre elles ? Lesquelles ? Le revenu de base n'est pas un projet en soi, il pourrait être à la fois un premier pas vers la fin du salariat tout comme une entreprise de précarisation massive de la population. Pour résumer je dirais que ce genre d'idées ne peut être défendu que dans un contexte de rapport de force extrêmement favorable aux travailleurs pour qu'il s'agisse d'un progrès social. Or ce n'est pas actuellement le cas, j'en veux pour preuve le passage en force de l'exécutif sur la loi travail qui n'était pas dans le programme du candidat Hollande et ce malgré une opposition massive des syndicats de travailleurs et étudiants et d'une désapprobation de la société civile en général. Il existe aujourd'hui des dizaines de revendications sociales claires portées par les travailleurs : réduction du temps de travail, augmentation des salaires, égalité salariale entre femmes et hommes, lutte contre les discrimiations et violences au travail... Monsieur Hamon, portez par exemple le projet de la semaine des 32 heures. Demandez clairement l'abolition de la loi travail. Avec des revendications comme cela, pas d'entourloupes ! Un projet aussi flou que le revenu universel ne peut qu'inquiéter les électeurs de gauche.


 

Sondage BVA-Salesforce, 25 mars 2017

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.