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À eux deux, MM. Hamon et Mélenchon passeraient devant tous les autres candidats. Une alliance est-elle crédible ?

Après la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la "Belle Alliance Populaire", plusieurs sympathisants de gauche ont appelé à leur union pour battre les trois droites que représentent MM. Macron et Fillon et Mme Le Pen. Quelques pétitions ont d'ailleurs tourné sur internet à ce sujet, la plus importante recueillant aujourd'hui plus de 80.000 soutiens. Ceci dit, cette stratégie qui semble séduire beaucoup de sympathisants de gauche est beaucoup moins bien accueillie par les militants des campagnes de Benoît Hamon et de Jean-Luc Mélenchon. Et pour cause, une partie de l'identité politique des candidats est bâtie sur l'opposition à cette autre gauche qu'ils ne sauraient réconnaitre comme légitime. À mon avis ce ne sont pas tant les divergences idéologiques des candidats qui sont insurmontables mais plutôt le fait qu'il n'existe pas de scénario de résolution du conflit qui oppose les deux camps et qui permette aux candidats de se retirer de la course la tête haute. Pourtant, le rapprochement des deux camps aurait pu davantage être opéré :

  • La proposition a été faite à Jean-Luc Mélenchon de participer à la primaire du PS et de ses alliés, proposition que le candidat de la France Insoumise, parti très tôt en campagne, a systématiquement décliné. La primaire n'était pas véritablement ouverte puisque plusieurs représentants de petits partis de gauche n'ont pas pu y participer (Sébastien Nadot, Bastien Faudot et Pierre Larrouturou). Elle n'était pas non plus véritablement une alliance puisqu'au vu des deffections massives des cadres du PS et des ex-candidats à la primaire qui refusent aujourd'hui de soutenir Benoît Hamon, on ne peut que douter de ce qu'aurait été leur soutien à la candidature d'un Jean-Luc Mélenchon victorieux. Il apparait aujourd'hui que la majeure partie des cadres du Parti Socialiste n'a jamais eu comme volonté d'élargir sincèrement leurs options de victoires à un candidat hors du parti.
  • Quand Yannick Jadot a annoncé le retrait de sa candidature avant de se ralier à Benoît Hamon. S'il a été dit qu'il avait également discuté avec Jean-Luc Mélenchon à ce moment-là, toutes les tractations se sont faites secrètement. M. Jadot aurait pu conditionner son désistement à une candidature commune de la gauche et oeuvrer au rapprochement entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon sans se prononcer ouvertement en faveur de l'un d'entre eux. Plusieurs idées ont circulé à ce moment dont celle d'une candidature commune derrière une quatrième personne, par exemple Charlotte Marchandise, vainqueur de la Primaire Citoyenne.

Aujourd'hui je crois qu'il est trop tard, qu'un programme commun ne se décrète de toute manière pas mais se construit bien en amont de l'élection. Aucun des deux candidats restant ne peut se permettre de courir le risque de tendre la main à l'autre. Benoît Hamon serait accusé d'avoir été le fossoyeur du PS, quand bien même l'identité de ce dernier est plus mise à mal par les politiques publiques mises en oeuvre par François Hollande et Manuel Valls que par le candidat de l'aile gauche du parti portant des idées très modérées par rapport au Parti Socialiste d'il y a quelques années. Jean-Luc Mélenchon serait quant à lui désavoué par ses militants, lui qui construit sa candidature comme une opposition radicale aux politiques du quinquenat mais aussi au PS désigné comme un parti dérivant toujours plus vers la droite, ce qui est la réalité. Je ne veux blâmer aucun des deux, ils ont chacun trop à perdre à se rapprocher.

Mais si l'on regardait après la probable défait de la gauche à l'élection présidentielle ? Vers les législatives. Il serait plus facile d'organiser un rapprochement en organisant des candidatures uniques pour chaque canton, avec alternativement des listes PS, FI et EELV, et bien sûr des listes mixtes. Cela sera peut-être utile pour limiter la casse d'un énième gouvernement de droite en ayant une opposition forte ; pour opérer un rapprochement entre les différentes forces de gauches et éventuellement pour préparer une candidature unique en 2022 ; et éventuellement pour empêcher le clan Valls de remettre la main sur un parti sans élus.

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