Exils Adolescents, un documentaire par Antoine Dubos

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Exils adolescents, un film d'Antoine Dubos - Thématique ADOS CHERCHENT FUTUR

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Le cinéma documentaire a ceci de précieux, entre autres qualités, c'est qu'il est un cinéma de témoignage, de l'urgence aussi et, comme dans le film d'Antoine Dubos, un cinéma de l'alerte et de la solidarité à l'œuvre. Il ne fait pas de doute que le réalisateur a choisi son sujet, à tous les sens du terme, dans le prolongement d'un travail qu'il a initié dès son premier document.  Les motivations, le parcours et le franchissement des portes de l'enfer que connaissent des milliers et des milliers de jeunes migrants venus de pays de l'Afrique sub-saharienne, tout cela il connaît, Antoine Dubos, il les a accompagné-es avec une certaine empathie pour mettre en lumière ce que les informations du quotidien "oublient" de nous expliquer...

Son propos, à travers les témoignages qu'il a enregistrés dans la région lyonnaise, est de cueillir une parole réfléchie, lucide,  de Yakouba, Banthiéni et Fanny; même si nous avons le sentiment de voir et d'entendre des propos, des situations maintes fois répétées, la proximité de la caméra, jamais intrusive, actualise des situations que notre temps agité ferait disparaître sous le tapis de l'histoire immédiate.

Yakouba, en particulier, a cette capacité à dire les choses précisément, et tout en ayant conscience d'avoir "perdu sa jeunesse", il sait que le combat pour garder sa dignité, rester debout et avancer, au risque de tomber et de se relever, c'est la seule porte entrouverte sur un avenir à conquérir.

Pour cela, nous comprenons que les instances officielles, les procédures administratives et kafkaïennes imposées, sont autant d'obstacles qui ne peuvent être franchis sans le recours à des associations d' accueil dont les bénévoles restent fidèles aux valeurs fondatrices de la République Française. Une République dont les gouvernements successifs se targuent d' être le pays des droits de l'homme alors qu'ils ne sont plus que les gestionnaires d'un pays signataire de Conventions; mais il y a loin des textes à leur application ! Et les temps sont davantage à la surenchère sécuritaire pour plaire à un électorat assoupi et peureux plutôt qu' à une organisation sociale pacifiée, ouverte à tout un chacun-e.

Yacouba, BanthieniI et Fanny, dont nous cernons mieux la personnalité et les aspirations, nous sont plus proches, ils ne mettent pas en avant une dénonciation d'un système inutilement persécuteur (tests osseux pourtant périmés, harcèlement physique, confiscation des papiers, mise à la rue pour mieux les expulser...), ils veulent trouver une terre d'accueil qu'ils ont cru longtemps savoir où elle se trouvait. Heureusement que parmi les aides concrètes, ils ont trouvé des jeunes comme eux au sein de la Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne (F.I.D.L.), joyeux et actifs, preuve que les jeunes ne sont pas toutes et tous engloutis dans les écrans numériques de l'anesthésie sociale et politique !

Il faut souligner que ce documentaire ne cherche pas à souligner d'un double trait les situations tragiques, les difficultés insurmontables pour beaucoup, ni les menaces permanentes d' expulsion, qu' ils vivent au quotidien ; les choses sont dites, les visages ne sont pas explorés dans une quête doloriste, la dignité et l'aspiration à vivre sa vie dans une société apaisée est bien illustrée.

Si le cinéma documentaire ne sert pas, comme l'écrit Jean-Louis Commoli "à changer le monde, il tend de plus en plus à le remplacer", par fragments, par la force collective. Antoine Dubos, par son témoignage, participe à nourrir ces changements potentiels. 

Gérard Bérail.

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