No habra revolucion sin cancion : Mélanie Brun

« El pueblo unido jamas sera vencido... » qui n'a pas dans sa mémoire ce refrain qui a dû faire le tour du monde en lutte pour sa libération, son émancipation ou le droit à choisir son destin ? Au Chili, la mémoire chante. C'est ce que nous montre Mélanie Brun, documentariste et monteuse de la fresque qu'elle nous propose, avec cette immersion dans l'Histoire contemporaine du Chili.

No Habra Revolucion sin Cancion, un documentaire par Mélanie Brun

Thématique MUSIQUE : ACCORDS ET À CRIS

"El pueblo unido jamas sera vencido..." qui n'a pas dans sa mémoire vive ce refrain qui a dû faire le tour du monde en lutte pour sa libération, son émancipation ou le droit à choisir son destin ? Quand on est Chilien·ne, le choix radical a été facile : ou du côté des artistes et des politiques dans le sillage de Salvador Allende, ou derrière les militaires sous l'aile de la C.I.A.

La chanson était dans les rues, librement, puissamment ; les textes et les musiques sortaient de la terre, des forêts, des rivières, des villes et des villages. Du cœur des gens du peuple. Ce n'est pas la même Histoire en France, avec le Temps de Cerises, ou en Italie, avec Bella Ciao! qui émanent de chansons douces et pastorales de traditions à peine enfouies...
Au Chili, la mémoire chante, les artistes musicien·ne·s, chanteur·euse·s, peintres ou poètes... l'expriment, iels sont la voix démultipliée des héro·ïne·s du quotidien.

C'est ce que nous montre Mélanie Brun, documentariste et monteuse de la fresque qu'elle nous propose, avec cette immersion dans l'Histoire contemporaine du Chili. Son film démarre dans les années 70, il est construit comme un puzzle qui nous trace les lignes marquant l'évolution des combats populaires pour des changements politiques en faveur d'une justice sociale, d'une ouverture démocratique populaire, une expérience violemment surveillée par les hommes de Chicago.

Revenant aux sources de la chanson d'engagement artistique, politique, Mélanie Brun rencontre les artistes chilien·ne·s qui se sont engagé·e·s aux côtés des promoteur·euse·s/prometteur·euses·s d'une vie nouvelle, d'une réappropriation des richesses nationales. Elle sait, avec finesse et pertinence, utiliser des fragments d'archives, des témoignages glanés au fil du temps pour s'ancrer dans l'actualité la plus contemporaine.

Autant nous sommes enthousiastes  des chansons que nous avons souvent reprises en France, dans différents pays européens aussi, autant nous écoutons avec profit les interprètes, critiques lucides d'aujourd'hui, de l'évolution des mœurs et des attentes des nouvelles générations. La nostalgie opère quelque peu avec son "poison" affectif... les autres modes de chants, de rythme, de fermeté dans les propos, nous secouent pour nous rappeler que seul le présent est fertile de progrès.

En laissant longuement la parole aux figures tutélaires de la chanson chilienne d'hier, la réalisatrice les met en regard et écoute avec les nouvelles formes d'expression, en prise forte avec l'actualité qu'une génération nouvelle veut porter. Témoin ce référendum pour une nouvelle constitution du Chili, ce qui nous rappelle que la chanson est politique (et ne sert pas à "passer le temps" !) et que ses formes d'expression ne peuvent être définies que par celles et ceux qui les portent.

Nous assistons à un film nécessaire, tonique, qui met en présence plusieurs générations, et, plus que de les mettre en concurrence ou en opposition, définit les continuités, sans en négliger les ruptures. Toutes les formes d'expression portent un message essentiel et nourrissent les luttes, s'expriment dans le cri, dans l'énergie collective, dans la joie et la détermination à aller plus loin encore ! Ensemble.

C'est un défi à l'oppression, à la mort, l' arbre du chant général refleurira sans cesse. Les mains coupées de Victor Jarra cueillent encore aujourd’hui' les fleurs de la liberté.

Gérard Bérail,

Festival Résistances

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