Dans le sillage de Ken Loach

Festival Résistances (21-29 août 2020) - Zoom Irlande Résumé et bande-annonce disponible sur : http://festival-resistances.fr/2020/rosie-davis/.html

Le collectif du festival Résistances vous propose des critiques des films sélectionnés à la 24ème édition

ROSIE DAVIS, de Paddy Breathnach

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Le Cinéma Irlandais s'est, depuis deux décennies, débarrassé du carcan de son passé et de sa "nécessité" quasi patriotique, de remuer le couteau dans les plaies d'une guerre d'indépendance qui durait depuis plusieurs siècles.
La nouvelle génération de cinéastes en est fort instruite, ne balaie pas cette Histoire douloureuse sous le tapis, elle en porte les stigmates, mais elle est surtout porteuse d'un autre regard, d'un autre appétit à dévorer le monde, à ouvrir les fenêtres encore étroites d'un présent confit dans une atmosphère de religiosité et de morale rétrograde. Le cinéma Irlandais d’aujourd’hui a besoin d'une autre respiration, de brillant-es auteurs se battent pour cela. Et elles/ils le font très bien.
Notamment, Paddy  Breathnach que l'on a apprécié explorant différents genres, aussi à l'aise et créatif dans le thriller, que la comédie ou pour pister un serial killer!...
ROSIE le ramène à un cinéma que l' on pourrait qualifier de "social", au cœur d' un drame dans lequel une famille d'aujourd' hui, à Dublin gentrifiée à l'excès, s'enfonce peu à peu.
Mais ce "peu à peu" précipite les heures, accélère le temps, pour trouver une solution décente à une famille brutalement expulsée de sa location; c'est ce soir qu'ils doivent trouver une solution pour leurs trois enfants et eux-mêmes, un père vaillant au travail attentif et aimant avec ses enfants, une "mère courage" du temps présent, qui ne veut rien lâcher, portée par un amour démesuré.

La voiture est leur bouée de sauvetage provisoire, dans un Dublin filmé entre chien et loup, de cette lumière grise qui envahit les esprits, l'horizon immédiat et ne laisse qu' une faible espérance de lumière au bout de la nuit. Chaque action du quotidien, chaque moment: dormir, se laver, déjeuner, aller à l'école, affronter le regard des voisins, les mesquineries qui font des crocs en jambes au moral... ajouter un nœud affectif entre Rosie et sa mère (dont le réalisateur ne révèle pas la nature, l'essentiel étant dans l'intensité du conflit) tout cela crée une situation d'urgence, de survie qui nous absorbe au plus près de ces personnes.
Des personnes qui ne sont plus des personnages d'une histoire filmée, mais, un peu dans le sillage de Ken Loach "au meilleur de sa forme et de sa force de protestation, sont devenus des gens qui nous sont familiers, ici, ailleurs, dans nos sociétés de libéralisme destructeur, bouffeur de vies.
Pourtant, nous avons ressenti cette force qui animent ces jeunes parents d'aujourd' hui, qui ne se résigne pas à sombrer, qui expriment leur amour mutuel, leur amour pour leurs enfants; surnage alors ce grand souffle de tendresse, teinté d'humour parfois, surtout de respect et de dignité.
Un film qui ne peut nous laisser indifférents tant il ressemble à la vie, à ces luttes sociales que certains mènent avec autant d'ardeur individuellement que s'ils le manifestaient collectivement.
Paddy Breathnach ne donne pas de leçons, ne porte pas de drapeau, il invite à des réflexions croisées. Nous le suivrons sur ses prochains chemins de création sur grand écran.

Ce film sera diffusé dans le cadre du zoom sur le cinéma irlandais à l’occasion du festival Résistances de Foix en Ariège Pyrénées qui aura lieu du 21 au 29 août.

Gérard Bérail

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