Je n’irai pas voir BHL chez Maeght, ça me gave !

Dans le cinéma, lorsque l’on a un film moyen, voire médiocre, à vendre, on organise une grande campagne de teasing (communication préalable) en envoyant vedettes et metteur en scène chez Drucker, Ruquier, Pujadas, Delahousse ou Claire Chazal. Si on investit en communication autant que le coût du film et que l’on multiplie le nombre de copies, on rentre dans les frais de production du film du mercredi au lundi.

C’est la méthode que vient d’utiliser Bernard-Henri Levy et la fondation Maeght pour vendre son exposition de l’été.

Quand on n’a pas la chance d’être philosophe et de faire un enfant à Carla Bruni, pour gagner une émission hebdomadaire sur Arte, il faut bien faire de la com pour faire connaître ses idées et pouvoir se vendre. A ce titre BHL est le plus communiquant des philosophes français rebondissant sans cesse sur l’actualité pour obtenir la une des médias. Il est vrai que le parcours de BHL est très médiatisé : participation à l’Action internationale contre la faim, partisan de Médecins sans frontières, militant du boycott des jeux olympiques de Moscou, remise de postes de radios aux résistants afghans, suggestion à François Mitterrand d’aller à Sarajevo assiégé, réalisation du film « Bosna ! » présenté à Cannes en 1994, dénonciation de l’attribution de la palme d’or à Emir Kusturica pour « Underground ».

Et également sa mission de reconstruction culturelle d’un Afghanistan libre sous Chirac, son voyage en Géorgie lors de la guerre d’Ossétie du sud, un autre en Israël pendant la guerre de Gaza, son soutien à Roman Polanski lors de l’accusation de ce dernier pour viol sur mineure et ses nombreux voyages en Libye où il déclare « C’est une victoire, car Sarkozy a réalisé en Libye ce que Mitterrand n’avait pas fait en Bosnie ».

Pourquoi ce long préambule ? Tout simplement parce que l’exposition à la fondation Maeght de son musée imaginaire a bénéficié du même traitement de promotion. On a vu BHL partout, sur toutes les télévisions avant même l’ouverture de l’exposition. On a même entendu face à lui des présentateurs qui n’avaient pas vu l’exposition et qui déjà le couvraient de louanges ; beau travail des attachés de presse. Le record fut même cette longue interview à la plus grande émission de télé-achat de France-Télévision « On n’est pas couché ». La semaine suivante ce fut sa femme qui octroya la piqure de rappel dans la même émission. Il faut savoir que le rappel attire plus de monde que l’annonce de base en publicité.

Alors je me suis contenté des réactions des journalistes invités à la sortie du vernissage :« On voit qu’il y a du fric pour en exposer autant », « Après le mythe de la caverne je n’ai plus rien compris », « Que c’est mal accroché, mal présenté », « On dirait la dissertation d’un lycéen », « Après la philosophie il ne reste que l’art. C’est un peu court ! »

Donc je n’irai pas déposer mes 15€ dans l’escarcelle de la fondation pour « Les aventures de la vérité ». Jean Mas a déclaré « Après le BHV, le magasin de l’art ouvre un BHL ». Trait d’humour ou vérité profonde ? A terme me retrouver chez Maeght comme chez Carrefour ou Auchan, mais sans le caddy, n’est pas une perspective qui m’enchante. Mais malgré tout j’attends la suite de BHL, après les livres, le cinéma, la télévision, le show bise permanent, j’attends de le voir dans le premier voyage sur le Virgin Galactic ou la navette Linx, histoire d’apprendre ce qu’est la philosophie en apesanteur.

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

A lire également : L'avis de Simone Dibo-Cohen et celui de Jean Mas.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.