Inondations de la Côte : qui est responsable ?

Il est clair que le réchauffement climatique est responsable de cette catastrophe. Ce réchauffement est dû à l’activité humaine, pas seulement la nôtre, mais à celle de la totalité des nations dans le monde. Le sommet de novembre à Paris est réellement la dernière chance à ce sujet. Mais si cela est moins évoqué localement car il y a d’autres causes qui ont entrainé une vingtaine de morts et des millions de dégâts.

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Dans le Parisien, Frédéric Vézard pense que le phénomène que nous avons subi est dû à deux causes : d’une part « le réchauffement climatique qui affole la météo » et d’autre part « la frénésie immobilière qui a privé le littoral azuréen de ses protections naturelles contre l'eau ». Et l’on retrouve cet argument dans toute la presse en France. Dans Le Républicain Lorrain, Pierre Frehel écrit « Faute d'avoir été suffisamment protégés de la rapacité des promoteurs et des bétonneurs, des pans entiers du littoral français sont devenus des zones à risques majeurs. » ; Dans Paris-Normandie, Stéphane Siret dit « À force d’urbaniser à tout prix, de tout bétonner et de tirer des kilomètres d’asphalte, les Hommes ont perdu le Nord. »

Ce ne sont là que quelques exemples de ce que l’on peut lire dans la presse aujourd’hui.

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Une telle avalanche d’eau est un phénomène météorologique exceptionnel, mais pas inhabituel ; il s’est déjà produit à plusieurs reprises dans le Sud-Est. On se souvient de Draguignan en 2010 où il y avait eu 25 victimes dans une zone inondable que l’on avait laissé construire. On se souvient de la déclaration de Nicolas Sarkozy « Quel est le problème ? C’est la réglementation. Il faut libérer l’offre. Pour le coup, il faut déréglementer. [...] Il faut rendre constructible les zones inondables ». Tout le problème est là. On constate aujourd’hui que les décès ont eu lieu dans des endroits bétonnés : parkings souterrains à Mandelieu, tunnel à Vallauris, maison de retraite à Biot… Le camping du Pylône à Antibes était lui dans une zone inondable le long de la Brague. Mais la Brague est comme le Paillon, le Var, le Malvan, un cours d’eau de type oued qui n’hésite pas à déborder en cas de forte pluie. Mais où déborder quand on a bétonné les berges ?

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Nous avons individuellement une part de responsabilité : lorsque l’on goudronne une route ou un chemin dans son jardin, lorsque l’on bétonne une terrasse, on favorise l’écoulement des eaux en empêchant la terre de l’absorber. Quand on regarde sur trente années les collines niçoises on constate que là où il y avait des cultures florales, il y a maintenant foison d’immeubles et de villas. Pour y accéder on a construit des routes en asphalte et l’eau dévale les collines, ne pouvant plus être absorbée. On n’a pas besoin d’avoir des cours d’eau pour constater les inondations : la gare de Cannes a été dévastée par l’eau qui ruisselait sur le boulevard d’Alsace.

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On bétonne la Côte d’Azur depuis la fin des années soixante : il y a deux excuses à cela, d’une part le manque de logements et d’autre part le fait que cela crée de l’emploi. Mais on a oublié, du fait du prix élevé du foncier, de prévoir des espaces entre les bâtiments. Les écologistes proposent d’implanter un mètre carré de verdure pour un mètre carré de béton. C’est possible sous condition que les pouvoirs publics, les maires en particulier, arrêtent de délivrer des permis de construire à tout va. Pis encore, comment excuser le bétonnage de la plaine du Var (dite Eco-vallée) à Nice ou celle du Malvan à Cagnes-sur-Mer (Polygone Riviera). Car les constructions que l’on y implante s’assortissent de routes et de parkings. On nous dit alors « mais on va replanter des arbres ». Mais ce sont surtout des espaces de terre vierge dont on a besoin plutôt que d’arbres !

Nous sommes responsables, c’est certain, mais nos élus ne le sont-ils pas plus que nous ?

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

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