Mocky, un niçois qui vient de disparaître.

Jean-Paul Mokiejewski est né à Nice le 6 juillet 1929 de parents polonais. Il est chauffeur de taxi et Pierre Fresnay, qui lui trouve une ressemblance avec Gérard Philipe, l’engage au théâtre de la Michodière pour interpréter un rôle dans une version contemporaine de Phèdre. Il va se retrouver au Conservatoire, dans la classe de Louis Jouvet, en même temps que Claude Rich, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Bruno Cremer et Jean-Paul Belmondo.
Sa première apparition sur les écrans se fera dans « Orphée » de Jean Cocteau.
Il s’envole pour Rome et devient l’assistant de Fellini (La Strada) et de Visconti (Senso) avant de continuer sa carrière d’acteur mais toujours dans des navets sans lendemain.

Mais Mocky veut être célèbre, et en 1959, il effectue son premier long-métrage, « Les Dragueurs ». Depuis il réalise, pratiquement, un film par an. Sa production est inégale et a comme seul objectif de dénoncer les scandales. Mocky est l’anarchiste du cinéma français et pour pouvoir l’être librement, il va financer lui-même ses films dans des tournages très rapides et efficaces. Nombreux sont ses spectacles qui vont paraître bâclés. Ils sont plus l’œuvre d’un pamphlétaire que d’un cinéaste. Mais si Mocky dénonce, il ne s’engage pas. Il déclarera : « Moi, mon parti précis, c'est de faire éclater la vérité partout, de foutre les pieds dans le plat ».

Mocky à la une du premier numéro du Ficanas. Mocky à la une du premier numéro du Ficanas.

Les cibles ne sont pas des moindres : l’administration avec « Les Compagnons de la Marguerite », la télévision avec « La Grande Lessive », la spéculation avec « Chut ! », la presse dans « Un linceul n’a pas de poches », le fanatisme avec « A mort l’arbitre ! », le business religieux dans « Le miraculé » et surtout la politique et les politiciens avec « Snobs, », « Solo », « L’albatros », « Le piège à cons » et « Une nuit à l’Assemblée Nationale ».
Tous ses films ont une autre caractéristique, une sexualité bestiale, vulgaire, débridée, qui, souvent, ne manque pas d’humour. Qui aura oublié Jacqueline Maillan habillée en petite fille, et animatrice de téléphone rose dans « Les saisons du plaisir »?

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Ses films privilégient le message au détriment de la qualité de l’image et de la mise en scène. pourtant l’un d’entre eux va regrouper les talents de Mocky «Y a-t-il un français dans la salle ?». C’est un véritable réquisitoire contre des politiciens corrompus, un corps de police gangrené et une presse qui cède au plus offrant. Le politicien de droite tombe amoureux de la fille d’un cheminot communiste et Mocky nous offre un Roméo et Juliette sur fond d’H.LM., où la masse va rétablir l’ordre.
Le film va dépasser 1.7000.000 entrées. Le scénario est en fait une adaptation de Frédéric Dard, alias San Antonio, qui travaillera sur le film.

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Mais Mocky est capable du pire. A la fin des années quatre-vingt dix, ses films deviennent insignifiants. Le pénible « La Candide Madame Duff » qui fait jouer un autre niçois, Dick Rivers, qui vient lui aussi de nous quitter, passera inaperçu. Pourtant ses acteurs fétiches lui seront fidèles, en particulier Michel Serrault, qui, aujourd’hui encore, apparaît dans « Grabuge » où Mocky dénonce les trafics des cartes de séjours.

Ce niçois remuant qui entretient sa légende salace sur les plateaux de télévision, qui se qualifie lui-même de dernier monstre vivant du cinéma français, a su au moins affirmer son indépendance. Quand on gratte bien dans ses films, on y voit pourtant une mélancolie et une poésie, souvent loufoque, mais profondément émouvante.

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

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