Certains nous séduisaient plus que d’autres, peut-être parce que nous les connaissions, peut-être parce qu’ils défendaient des idées qui nous sont chères, peut-être parce que dans leurs programmes on pouvait voir une évolution de notre société, de notre région.
Là, il ne nous reste que deux bulletins et on se demande si ce ciel bleu et lumineux les mérite. Qu’on fait les habitants de la Provence, des Alpes et de la Côte d’Azur pour en arriver là ? Ils ne sont pas venus dimanche dernier ; il faisait beau. Mais après tout se sont-ils dit à quoi bon bouger pour ces hommes et femmes politiques qui sont des carriéristes d’un système qui donne si peu de résultats.
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En ne venant pas ils ont créé un choix difficile pour ce dimanche, laissant en lice deux candidats qui disent souvent la même chose ; les mots changent mais les idées sont trop souvent semblables. Tout au long de cette campagne on nous a parlé de frontières, de migrants, d’immigrants, d’insécurité, presque de nationalisme, bref de sujets qui ne regardent en rien ceux qui vont être élus. Ils sont surfé sur la vague du racisme latent, de la discrimination, d’un chauvinisme inapproprié ; mais tout cela sans le dire, en le sous-entendant. Ils ne devaient nous parler que d’économie, d’emploi, de transports, d’éducation, de formation.
Dans la Nausée de Jean-Paul Sartre, son héros, un peu autobiographique, trouve que tout est désagréable et cela lui crée une nausée. Cette fois-ci c’est pareil. On se sent floué et écœuré. Il y avait trois gagnants, mais on en a supprimé un. On nous a restreint notre choix. On nous a agité le drapeau du danger du fascisme, peut-être avec raison, mais en forçant le choix des Français. On demande à des électeurs que tout opposait de se désister pour aller voter pour celui qui n’a pas les mêmes idées qu’eux.
Se trahir soi-même, renoncer à ses idées et à ses convictions, tout cela pour permettre à certains de présider une assemblée lointaine et faire des sous. Le système ne fonctionne plus, il n’attire plus les passions sauf celles de militants convaincus. Toute cette campagne électorale est apparue comme un spectacle de café-théâtre qui va durer six années d’ailleurs, car on va voir apparaitre les récompenses du gagnant vis à vis de ceux qui se sont désistés pour lui. On en parle déjà : l’un des vaincus va recevoir des millions pour offrir ses quelques pourcentages de voix obtenus. Mais est-il propriétaire du peuple ?
Allons-nous froisser ces deux morceaux de papier dans la poche ? Allons-nous rebrousser chemin? Allons-nous voter avec une croyance pour l’un ou pour l’autre ? Ou allons-nous faire demi-tour pour aller voir les feuilles mortes qui tombent irradiantes de couleur ou l’écume de cette mer superbe ?
Ou alors, au lieu de voter pour, allons-nous voter contre ? Voulons nous vraiment que cela change ? « Ils pensent à demain, c’est-à-dire, simplement, à un nouvel aujourd’hui ; les villes ne disposent que d’une seule journée qui revient toute pareille à chaque matin » (La Nausée – Jean-Paul Sartre, 1938)
Christian Gallo - © Le Ficanas ®