Ficanas
Editorialiste
Abonné·e de Mediapart

1400 Billets

0 Édition

Billet de blog 17 oct. 2015

Sarkozy est-il un handicap pour Estrosi ?

Ficanas
Editorialiste
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le dimanche 26 août 2012, Nice-Matin titrait « Nice, capitale de la Sarkozye » ; ce n’est pas si vieux que cela en fait. Nicolas Sarkozy qui avait déclaré devant des millions de spectateurs le 8 mai précédent «Une page se tourne pour moi, a-t-il confié. Je ne serai pas candidat aux législatives, ni aux élections à venir.» La capitale de la Sarkozye se trouvait orpheline, car même le Figaro titrait «Nicolas Sarkozy abandonne définitivement la politique».

Ca, c’était en mars. Mais en août, ses fidèles lieutenants dont Jean-François Copé et Christian Estrosi lançaient de Nice cet appel au retour. On connaît la suite, l’ex-président ne va pas se faire prier longtemps.

Mais le retour, en apparence triomphant, puisqu’il change le nom du parti qui passe de UMP à LR, puisqu’il promet monts et merveilles à ses militants, est en réalité moins convaincant que prévu. Son image personnelle est entachée par les nombreuses affaires qui le cernent et les non-lieux ne convainquent plus personne. Bygmalion, dont il feint devant les caméras de France 2 de ne pas connaître le nom, l’affaire Bismuth, bien niçoise celle-là, et les autres laissent une trace indélébile que ses talents de hâbleur ne suffisent pas à effacer.

C’est d’ailleurs dans une communication très surprenante que se plonge l’ancien président. Un mélange de vocifération et de stand up, beaucoup plus typique d’une scène de théâtre que d’un plateau de télévision ou d’un meeting. Après avoir dit du mal du Front national, puis de François Hollande, il n’y a pas de véritable message si ce n’est celui qui satisfait l’auditoire du moment ; qui a oublié son fameux «si ça vous fait plaisir», concernant l’abrogation du mariage pour tous, alors qu’avant il y était favorable ?

Christian Estrosi a été à la même école ; c’est un spécialiste des effets d’annonce pour satisfaire son électorat. Tandis que son ami Sarkozy voit des  «millions et des millions» de migrants envahir l’Europe, lui il y trouve carrément la fameuse cinquième colonne. Mais il se rend compte que nombreux sont les cadres du parti qui s’éloignent de l’ancien président ; ne parlons pas de ceux qui sont mis en examen (on ne les compte plus), mais des lieutenants fidèles comme Nadine Morano ou bien Jérôme Lavrilleux et même paraît-il de la vice-présidente de Les républicains, Nathalie Kosciusko-Morizet. En juillet dernier, le Figaro écrivait même que Christian Estrosi «aurait affirmé n’avoir pas besoin de Nicolas Sarkozy, moins populaire que lui en PACA.»

C’est pourtant Nicolas Sarkozy qui l’a nommé, sans vote des instances du parti, comme tête de liste dans la région. En plus le discours de président-député-maire de Nice s’est radicalisé tout au long de la campagne, comme celui de l’ex-président. Ce dernier fait cela car son carré de fidèles qui hurlent «Nicolas !» à qui mieux mieux est situé très à droite chez les LR. Mais pour Christian Estrosi c’est différent ; il est convaincu que la majorité est au FN et qu’il doit la ratiboiser. D’autant plus que Jean-Marie Le Pen vient de déclarer son soutien à sa petite fille pour sa candidature à l’Assemblée régionale.

Mais l’image de Sarkozy devient un véritable handicap au point où l’on dit beaucoup au sein de l’ex-UMP qu’il ne serait même pas candidat aux primaires de la droite. L’autre matin sur Europe 1 Estrosi a été très embarrassé par le sort de Nadine Morano, d’autant plus que le président de la commission d’investiture a été chargé de son exclusion à la tête de la liste régionale le lendemain.

Mais depuis qu’il s’est fait siffler sur la promenade des Anglais l’été dernier, Christian Estrosi évite les grands meetings publics et préfère des réunions plus intimistes où l’on peut maîtriser l’auditoire. La dernière visite de l’ancien président dans les Alpes-Maritimes, devant quelques chefs d’entreprises fut très intime.

Aujourd’hui c’est Nicolas Sarkozy qui a besoin de Christian Estrosi car l’implantation du parti dans les Alpes-Maritimes est pourvoyeuse de fonds pour une campagne présidentielle. Mais les liens entre les deux amis deviennent un handicap pour accéder à la présidence de la région PACA. De plus en plus de membres de l’ex-UMP quittent le parti, car les deux amis semblent oublier que dans le nom Les républicains, il y a le terme républicain.

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus
Journal — Nouvelle-Calédonie: débats autour du colonialisme français
Recommandés par nos abonné·es

À la Une de Mediapart

Journal — France
Des militants à l’assaut de l’oppression « validiste »
Ils et elles se battent contre les clichés sur le handicap, pour la fermeture des institutions spécialisées et pour démontrer que, loin de la charité et du médical, le handicap est une question politique. Rencontre avec ces nouvelles militantes et militants.
par Caroline Boudet
Journal — France
« La droite républicaine a oublié qu’elle pouvait porter des combats sociaux »
« À l’air libre » reçoit Aurélien Pradié, député du Lot et secrétaire général du parti Les Républicains, pour parler de la primaire. Un scrutin où les candidats et l’unique candidate rivalisent de propositions pour marquer leur territoire entre Emmanuel Macron et l’extrême droite.
par à l’air libre
Journal — France
Les macronistes s’offrent un rassemblement de façade
Divisée avant d’être officiellement unie, la majorité présidentielle s’est retrouvée, lundi soir, pour prendre une photo de famille, tresser des louanges à Emmanuel Macron et taper sur ses adversaires. Un exercice poussif qui ne risque pas de « marquer l’histoire de la politique française », contrairement à ce que pensent ses participants.
par Ellen Salvi
Journal — France
La FFF est accusée de discriminer des femmes
Neuf femmes accusent la Fédération française de football de les avoir licenciées en raison de leur sexe ou de leur orientation sexuelle. Mediapart a recueilli de nombreux témoignages mettant en cause le management de la FFF. Son président Noël Le Graët jure qu’il « n’y a pas d’atmosphère sexiste à la FFF ».
par Lénaïg Bredoux, Ilyes Ramdani et Antton Rouget

La sélection du Club

Billet de blog
Penser la gauche : l'ubérisation des militant·e·s
Les mouvements politiques portent l’ambition de réenchanter la politique. Pour les premier·e·s concerné·e·s, les militant·e·s, l’affaire est moins évidente. S’ils/elles fournissent une main d’oeuvre indispensable au travail de terrain, la désorganisation organisée par les cadres politiques tendent à une véritable ubérisation de leurs pratiques.
par Nicolas Séné
Billet de blog
Un jour dans ma vie militante : l’Etat réprime impunément des familles à la rue
[Rediffusion] Jeudi 28 octobre, soutenues par Utopia 56, plus de 200 personnes exilées à la rue réclamant l’accès à un hébergement pour passer l’hiver au chaud ont été froidement réprimées. L’Etat via son organe répressif policier est en roue libre. Bénévole au sein de l’association, j’ai été témoin direct de scènes très alarmantes. Il y a urgence. Voici le témoignage détaillé de cette journée.
par Emile Rabreau
Billet de blog
Militer pour survivre
Quand Metoo à commencé j’étais déjà féministe, parce qu’on m’a expliqué en grandissant que les gens étaient tous égaux, et que le sexisme c’était pas gentil. Ce qu’on ne m’avait pas expliqué c’est à quel point le sexisme est partout, en nous, autour de nous. Comment il forge la moindre de nos pensées. Comment toute la société est régie par des rapports de forces, des privilèges, des oppressions, des classes sociales.
par blaise.c
Billet de blog
Faire militance ou faire communauté ?
Plus j'évolue dans le milieu du militantisme virtuel et de terrain, plus il en ressort une chose : l’impression d’impuissance, l’épuisement face à un éternel retour. Il survient une crise, on la dénonce à coups de critiques et d’indignation sur les réseaux, parfois on se mobilise, on tente tant bien que mal d’aider de manière concrète.
par Douce DIBONDO