Nice: l’art dans le bordel !

A Nice on n’aime pas trop l’art : on ferme les galeries municipales les unes après les autres. Tout d’abord les trois galeries du Vieux-Nice, puis la galerie de la Marine au pied du château et enfin la galerie des Ponchettes que l’on songe à détruire. C’est pourtant là qu’a été fondé le musée d’art moderne en 1946 par l’UMAM à la demande de Matisse et de Bonnard.  Mis à part le Mamac il ne reste que les abattoirs perdus le long du Paillon. En revanche, le département  gère le musée des Arts asiatiques et la galerie Lympia, sur le port, dans l’ancien bagne et la tour de l'horloge. Alors quand on voit la Ville ouvrir un espace muséal, on ne peut qu’applaudir, si ce n’est que, bizarrement, le nom surprend : galerie du Babazouk ! Mais d’où vient ce nom bizarre ?

Le Vieux-Nice  est aujourd’hui bien rangé. Les restaurants, les boutiques, un musée, les théâtres s’alignent bien sagement le long des ruelles. Et si certains se plaignent parfois du manque de propreté des lieux, rien n’est comparable à l’état de ce quartier au XIXe siècle. L’endroit était alors d’une saleté redoutable. Un certain Franceschin qui habitait à Alger dans le quartier arabe nommé El Bazoum revint à Nice et installa une buvette dans le cœur de la vieille ville, dans la chapelle Saint-Joseph. Ce quartier était aussi sale et malodorant que celui d’Alger qu’il venait de quitter, et pour plaisanter il le surnomma le Babazoum.

En 1862, les pêcheurs se déguisèrent en arabe pour le corso du carnaval et se nommèrent les babazouks. Le mot vient directement de l’arabe « bab el souk », la porte du souk. 

Mais les niçois préféraient la terminologie Babazouk qui correspondait mieux à la terminologie du souk arabe, le Vieux-Nice ayant toujours été un quartier commerçant. Le mot est resté. Et depuis, tandis que la France entière dit « C’est le bordel », à Nice on dit : « C’est le babazouk ».

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C’est donc dans un bordel que la Ville de Nice inaugure une galerie d’exposition non-commerciale, réservée aux artistes locaux. Signalons quand même que cette galerie fait partie de celles qui furent fermées ; il n’y a pas de génération spontanée. Pour que tout cela fasse bien niçois, c’est Christian Estrosi accompagné de Jean Ferrero qui l’a inaugurée en présentant des œuvres de Guichou. Cette artiste a acquis une certaine célébrité en mâchant du chewing-gum et les avait exposés aux Bains-Douches d’Antibes. Comme le faisait remarquer Art Côte d’Azur, « Mais personne encore avant Guichou n’avait songé à la noblesse du chewing-gum et à en tirer parti de si belle manière. Oui, le chewing-gum mâché devient ici matériaux d’excellence, révèle des qualités plastiques insoupçonnées. » Quelle bonne idée ; après tout ça va nous changer des fameuses boites de Manzoni réservées, elles, au Mamac.

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Mais Guichou est revenue à une expression plus classique et on retrouve avec plaisir les portraits que l’on avait vus sur le port d’Antibes. Souhaitons que la Ville se décide à ré-ouvrir les autres galeries qu’elle avait fermées...

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

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