La carrière du président de la République s’est déroulée essentiellement au sein du parti socialiste. Tout au long des années il a négocié entre les tendances des membres du parti pour en créer l’unité. C’est une habitude de François Hollande, et on ne peut pas la lui reprocher, car il y a là une approche de la démocratie qui a pour but d’éviter les conflits et de trouver des solutions consensuelles.
Cette négociation il l’applique à sa gouvernance depuis qu’il est président de la République. Mais il oublie, semble-t-il, qu’il a hérité d’un système voulu par son prédécesseur, de l’hyper présidentialisation qui lui donne tous les pouvoirs et que de ce fait il ne peut pas les partager. En effet la réforme du 23 juillet 2008 (adoptée grâce à Jack Lang !) fait de lui un homme qui détient toutes les décisions avec un premier ministre complètement inutile. C’est un système qui manque totalement de démocratie, alors soit il le réforme soit il l’applique.
Photographie Le Monde
François Hollande a décidé, comme l’avait fait en son temps François Mitterrand qui condamnait le coup d’Etat permanent, mais il s’en est contenté lorsqu’il fut au pouvoir, de l’appliquer. Elu du peuple, avec une majorité à l’Assemblée, il est décideur de tout, mais responsable de tout. L’affaire kosovar est l’exemple typique de l’échec dû à sa négociation.
Le fait d’arrêter la petite Leonarda dans un bus scolaire est malheureux et mérite tout au plus une remontrance à adresser au préfet responsable de cette décision. Mais de là à convoquer le premier ministre, le ministre de l’intérieur, celui de l’éducation, en catimini, pour ensuite faire une apparition à la télévision, on croit rêver ! Et en outre mépriser la loi c’est beaucoup.
On peut ne pas être d’accord avec la loi sur les expulsions, à ce moment-là on la réforme ; mais on la respecte puisqu’elle est la loi. Cependant on apprend que ce résultat surprenant, consistant à rapatrier la jeune fille de quinze ans sans sa famille, est le fruit d’une discussion où François Hollande s’est érigé en arbitre : Manuel Valls démissionne si les kosovars reviennent, Vincent Peillon redoute des mouvements de lycéens, et Jean-Marc Ayrault la boucle.
François Hollande a-t-il oublié qu’il est le garant des lois de la République ? Il n’a pas à les modifier comme cela ; sinon ce n’est plus de la démocratie mais de la dictature ! Si ses ministres rechignent, soit ils rentrent dans le rang, soit il les vire. Quand on voit cette négociation sur cette affaire futile, on imagine ce que peuvent être celles qui se déroulent à l’Union Européenne face à Angela Merkel ou aux britanniques. Monsieur le Président, personne ne vous demande de devenir un autocrate, mais tout simplement d’être un décisionnaire responsable.
Christian Gallo - © Le Ficanas ®