Le confinement heureux.

Nous sommes en 1968, année exceptionnelle, au mois de janvier. Les jeux olympiques d’hiver de Grenoble vont démarrer dans quelques jours, mais en attendant un film, n’ayant aucun rapport avec le sport ou la neige, apparaît sur les écrans : « Alexandre le bienheureux » d’Yves Robert. Alexandre interprété par Philippe Noiret (c’est la première fois qu’il obtient un premier rôle) est un homme bon vivant, cultivateur dans la Beauce, dont la vie est dirigée par une épouse tyrannique et acariâtre qui lui impose tous les jours une liste de travaux démesurés.

Subitement elle meurt, alors Alexandre décide de s’offrir enfin un peu de repos. Il va partager cela avec un sympathique fox-terrier, se couche, suspend jambons et saucissons au dessus de son lit, bref il profite ! Une partie du village s’affole et vient le voir pour qu’il reprenne son travail mais certains estiment que ce confinement semble salutaire et s’apprêtent à en faire autant. Hélas les cuisses de Marlène Jobert vont détruire cette situation idyllique. 

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Il est vrai que lorsque l’on vit à trois dans 30 m2 le confinement est très pénible. Le besoin de sortir, de solitude est indispensable car des difficultés psychologiques aggravent la situation. Maintenant certains ont comme moi la chance de vivre dans une maison entourée d’un beau jardin et tout seul. Confinement difficile ? Loin de là et je partage la même situation avec des amis (apanage de l’âge). Aucun ne déclare être malheureux véritablement et se contente de communication téléphonique pour combler les vides. Le reste du temps on se demande le matin ce que l’on va faire pour le déjeuner et l’après-midi venant on se préoccupe du dîner. Malheureux ? Pas du tout, tout simplement égoïstement heureux comme l’était Alexandre dans le film d’Yves Robert. Et puis on se remémore Huis Clos de Sartre pour se donner bonne conscience : « L’enfer c’est les autres ».

Christian Gallo – © Le Ficanas ®

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