Trop d’élections tuent les élections.

Depuis que nous sommes passés du septennat au quinquennat, les français ont l’impression qu’ils passent leur temps à aller voter, et de ce fait, ils y vont de moins en moins. Quand on consulte le calendrier électoral on est impressionné :

Présidentielle tous les 5 ans – 2 tours.

Législatives tous les 5 ans (plus si on dissout l’Assemblée) – 2 tours.

Régionales tous les 6 ans – 2 tours.

Départementales (ex cantonales) tous les 6 ans – 2 tours.

Municipales tous les 6 ans – 2 tours.

Européennes tous les 5 ans – 1 tour.

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Le cumul.

Sur une période de six ans, le citoyen est amené à aller voter onze fois (sauf si le candidat est élu au premier tour). Il faut rajouter à cela des élections auxquelles il ne participe pas directement comme les Sénatoriales (grands électeurs) et les Métropolitaines (élus par les conseillers métropolitains choisis par les maires).

Il y a donc huit assemblées pour régir la vie politique des Français et dans ces assemblées, le cumul des mandats fait que l’on retrouve parfois les mêmes personnes. Certains ne vont même pas siéger où alors se contentent de passer pour percevoir des indemnités.

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La participation.

Si on excepte les européennes dont les dates sont fixées par l’Union européenne pour tous les pays membres, il reste une dizaine de scrutins nationaux. Mis à part les présidentielles et les législatives, qui y sont accolées quelques semaines plus tard, ainsi que les municipales, la participation est très faible ; les abstentionnistes sont devenus le premier parti de France.

Européennes 2014 : 56,5 %

Présidentielles 2012 : 20,52 % (au premier tour)

Législatives 2012 : 44,59 % (au second tour)

Régionales 2010 : 53,64 % (au premier tour)

Départementales 2015 : 50,02 % (au premier tour)

Municipales 2014 : 39 % (au second tour)

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Le clientélisme.

On constate alors que les diverses assemblées ne sont plus représentatives de la population. Les modes de scrutin (en particulier le système uninominal à deux tours) entraînent une situation telle que l’élu ne satisfait que ses partisans et de fait déçoit ses opposants qui ne se retrouvent pas représentés. Du fait de cette faible participation, les candidats ont intérêt à pratiquer le clientélisme, en distribuant des avantages, avec les fonds publics, pour fidéliser un électorat partisan, plutôt que de compter sur l’opinion publique. La promesse ne suffit plus, car l’électeur est convaincu qu’elles ne seront pas tenues, et de ce fait il s’abstiendra. L’élu ne sera donc plus représentatif du peuple, mais uniquement de son parti ou de son mouvement.

De ce fait l’électeur se détourne des urnes et considère que le sort en est jeté avant même le scrutin. Lorsqu’il se déplace, c’est alors pour exprimer un vote contre et non pas pour. François Hollande le reconnaît dans un interview à RMC : « En 2012, si j'ai gagné, ce n'est pas parce que j'avais un programme étincelant, c'est sans doute parce que mon prédécesseur avait échoué, c'est parce que les Français savaient bien quelle était l'ampleur de la crise. »

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La crise économique et la crise électorale.

On prédit pour les prochaines élections régionales un succès du Front national, en particulier en PACA et Nord-Pas-de-Calais-Picardie où candidatent deux membres de la famille Le Pen. Mais on se rend compte également que les candidats des listes du parti en question sont souvent inconnus du public. Ils synthétisent en fait le vote « contre » au même titre que les abstentionnistes ; même s’ils ne présentent pas de programme (qui paradoxalement pourrait être un handicap) ils vont marquer cette opposition aux autres partis qui eux ont échoué dans la gestion de la crise. Ils vont donc ramasser des votes de ceux qui ne se seraient pas déplacés.

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Une solution institutionnelle ?

Onze fois aux urnes en six ans, c’est trop ! Mis à part les élections pour le parlement européen, tout pourrait être rassemblé sur deux jours de scrutin. Présidentielle, législative, régionale, départementale et municipale pourraient avoir lieu le même jour dans un même bureau de vote. Cela procurerait déjà une économie à l’Etat : les municipales coutent 130 millions d’euro, 228 pour une présidentielle. Mais en outre, le fait de tout rassembler le même jour faciliterait le non-cumul des mandats, car il deviendrait très visible.

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Deuxième avantage : on ne serait plus en période électorale médiatique permanente et l’on pourrait parler d’autre chose, d’envisager des solutions qui ne seraient pas tenues à une situation électorale permanente.

Le regroupement serait la panacée ? Peut-être. Les professeurs en droits constitutionnels devraient s’y pencher ; les instituts de sondage également.

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

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