Quand on n’a pas de Johnny on fait du Benalla.

Le drame de cet été 2018 est que les tribunaux sont en vacances. Alors les avocats des diverses familles de Johnny Hallyday n’ont rien à dire et qu’il est trop tôt pour entamer la propagande en vue de la vente du prochain disque de feu le chanteur. L’effet coupe du monde de football est passé, les politiques vont partir en vacances et mis à part les marronniers (c’est ainsi que l’on nomme les sujets qui reviennent chaque année dans la presse, comme le prix des fournitures scolaires) il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent. Comment alors faire de l’audimat télévisuel et vendre du papier journal ? 

Coup de bol, un quidam (soit disant Insoumis) a filmé, avec son téléphone portable, une altercation entre des manifestants et un policier lors du défilé du 1er mai. Les manifestants affirment qu’ils allaient boire un coup (il va s’avérer que c’est faux) et le policier n’en n’est pas un, c’est un chargé de mission de l’Elysée. Alexandre Benalla a participé à la campagne pour l’élection présidentielle d’Emmanuel Macron en tant que garde du corps. Macron ayant été élu, il est récompensé comme les autres par un poste professionnel. 

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Mais Alexandre Benalla se la joue… Comme certains de nos concitoyens, on en connaît dans nos entourages, il se fait mousser et se donne un rôle qu’il n’a pas. Il assouvit probablement ses rêves en jouant les barbouzes avec un casque sur la tête, un brassard de policier et sa carte de chargé de mission. Au lieu d’être un simple observateur, il devient le bras armé de la France ! Heureusement on n’est plus au temps du S.A.C. et il n’a tué personne (aux dernières nouvelles). Le problème est que l’affaire Benalla ce n’est pas l’affaire Boulin, ni celle de Ben Barka, ni celle des Katangais. Et puis on ne trouve pas un Pasqua à la tête d’une affaire ou d’une organisation. Alors les médias vont faire avec ce qu’ils ont sous la main.

Mais les politiques d’opposition qui s’ennuyaient ferme à l’Assemblée avec la réforme constitutionnelle trouvent là une superbe occasion pour repousser le débat qui en dérangeait un certain nombre : en effet avec l’adoption de cette réforme 30% d’entre eux allaient disparaître et pis encore ils n’auraient plus droit qu’à trois mandats successifs (va falloir faire comme Poutine). Alors l’affaire Benalla c’est du pain béni pour ne pas tuer la poule aux œufs d’or.

Vite, vite, on crée deux commissions, à l’Assemblée et au Sénat, présidées par les représentants des partis majoritaires (LREM et LR). On donne donc à chaque fois la co-présidence à un opposant. C’est signe de bonne santé de la démocratie ce qui permet d’interroger les acteurs, ou supposés comme tels, de la dite affaire. Au Sénat, ça va, mais pas à l’Assemblée : l’opposition fout le camp et décide de déposer une motion de censure où l’on va retrouver la gauche, l’extrême-gauche, la droite, l’extrême-droite, unis contre la majorité. Motion qui ne va pas aboutir mais permettre à ces politiques de passer à la télé !

Alors, après le Sarko bashing, le Hollande bashing, voici le Macron bashing. On envoie vite ses petites troupes agiter les réseaux sociaux, largement repris par ceux qui râlent contre la politique gouvernementale, comme ils ont râlé pour les gouvernements précédents. On veut la tête à Macron, comme celle de Hollande ou de Sarkozy. On dit que la France est une royauté (un regret peut-être) mais en fait les Français doivent regretter les piques et il serait franchement temps de ressortir la guillotine pour Benalla ou pour Macron. 

Ça fait passer l’été, et vu la chaleur autant faire de la tempête dans des verres d’eau…

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

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