Nice : après Pasqua, Médecin !

Regardez bien cette œuvre d’Ernest Pignon-Ernest de 1974. On construisait à l’époque le parking souterrain de la place Masséna à Nice et l’artiste affichera son œuvre sur la palissade du chantier. Elle s’intitule « Contre le jumelage Nice-Le Cap ». Ernest Pignon-Ernest sera mis au ban de sa ville natale pendant de nombreuses années et la moindre de ses œuvres malvenue à Nice.

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Pourquoi cela ? A cette date le maire, Jacques Médecin, provoquait avec des positions racistes. Il déclarera quelques années plus tard  « Aujourd’hui, 99% des thèses du Front National sont les miennes » Mais le 6 mai 1974 Médecin décidait ce jumelage avec Le Cap en pleine période d’apartheid, alors que l’ONU venait de prendre une résolution qualifiant le régime d’apartheid de « crime contre l’humanité ». L’Ecole de Nice de l’époque couvrira les murs de la ville de sérigraphies éphémères au moment de la signature du jumelage.

Pour Jacques Médecin et ses amis Mandela est un terroriste, alors la cérémonie se fera en grande pompe à la villa Masséna. Médecin déclare alors aux sud-africains (tous blancs) présents : « nous avons beaucoup à apprendre de vous. Il n'y pas dans votre pays une ségrégation correspondant à de l'esclavage, mais un développement parallèle de deux populations. La vie en Afrique-du-Sud mériterait d'être mieux comprise, mieux expliquée. »

Aujourd’hui, après avoir baptisé du nom de Charles Pasqua une allée à la Libération, Christian Estrosi décide de changer le nom de la rue de l’Opéra en Jacques-Médecin. Estrosi avait fait voté le choix de baptiser le passage du nom de Charles Pasqua à la quasi unanimité du conseil municipal (moins le groupe Radical et divers gauche), mais pour Médecin c’est un vote à l’unanimité ! On nous explique que le père et le fils ne seront séparés que par la place Masséna (le mec qui a massacré les barbets).

Il y a un réel problème : on sait que nombreux sont les Niçois qui étaient attachés à Jacques Médecin ; c’était un homme affable et à l’écoute de ses concitoyens. Mais c’était également un homme politique malhonnête et condamné. Comme Charles Pasqua d’ailleurs ! Donc pour avoir une rue portant son nom à Nice il faut être passé sous les fourches caudines de la justice, avoir été assujetti à de la prison (même virtuelle), et s’être abreuvé avec l’argent des contribuables. 

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

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