Très bientôt les élections législatives ?

Le haut relief de François Rude se nomme en réalité « le départ des volontaires de 1792 » ; il représente les révolutionnaires guidés par la victoire. C’est sur son socle que va apparaître le tag « les gilets jaunes triompheront ». Ces révolutionnaires, certains calmes, d’autres agités et exaspérés vont secouer les Champs-Elysées qui ne sont plus le symbole de la gloire jupitérienne du président de la République. Subitement on constate qu’Emmanuel Macron est un président comme les autres ; ses ruptures de la campagne électorale sont comparables à celles de Nicolas Sarkozy vis à vis de Chirac. E.N.A., inspection des finances, ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique, il est un pur produit politique comme la plupart de ses prédécesseurs.

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François Mitterrand avait tout offert en arrivant au pouvoir et rasait gratis. Très rapidement il avait dû mettre en place des mesures de restriction puis perdre les élections. Macron fait le contraire et commence par la rigueur. Personne n’avait écouté ou lu le programme de la campagne électorale et décidait, soit de ne pas aller voter, soit de voter contre le fascisme incarné par son opposante. Macron va donc faire ce qu’il avait dit et rapidement le bât va blesser les plus démunis.

Le prix de l’essence sera une excuse qui va ravir ceux qui étaient contre la limitation de vitesse. Mais il y a plus dangereux : pendant la campagne François Fillon préconisait la hausse de la TVA, Macron celle de la CSG. Si les Français mesurent la TVA sur leur ticket de caisse, ils ne mesurent pas la CSG. Elle va donc toucher douloureusement les plus bas revenus, les retraités, les travailleurs pauvres pour qui dix euros constituent un manque réel. Keynésien avant tout, Macron a écrit un ouvrage « Révolution » où il se présente comme un homme de gauche et surtout un libéral. Il doit donc bien mesurer que s’il a dépassé le clivage droite-gauche, il ne dépasse pas celui de progressistes-conservateurs. C’est cela que reprochent avant tout les gilets jaunes : représenter les élites, alors que l’on peut le qualifier de populiste.

Emmanuel Macron, face aux gilets jaunes, a lâché du lest : 100€ supplémentaire pour le SMIC, réajustement des salaires des policiers, défiscalisation des primes de fin d’année des entreprises. Et ce n’est pas terminé : il va falloir revoir la grille salariale des fonctionnaires et surtout faire face à un pays qui abrite huit millions de pauvres. Le nouvel an va passer et il y a de fortes chances que la contestation continue. Les partis d’opposition ne sont pas en mesure de gouverner, ni les insoumis qui ne réunissent plus grand monde, ni les socialistes répartis façon puzzle. Seul le Rassemblement national (ex Front), malgré la pitoyable prestation de sa présidente aux présidentielles, enthousiasme encore une partie de l’électorat.

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Si les mouvements populaires continuent Emmanuel Macron devra dissoudre l’Assemblée nationale. Son parti, En marche, ne représente quasiment plus rien auprès des électeurs. Une majorité de droite et d‘extrême-droite (Le Pen, Philippot, Dupont-Aignan, Wauquiez, Ciotti) peut gouverner. Les cohabitations en France ont souvent réussi et cela permet au président de le rester et de préparer les prochaines élections présidentielles.

Alors quand ? Tout dépend en fait des gilets jaunes : soit ils continuent leurs actions, soit ils arrêtent. A ce moment-là soit le président attend les européennes le 26 mai 2019, soit il les devance au début du printemps. 

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

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